La plus chaude? Peut-être.

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La probabilité que 2014 ait été l'année la plus chaude des temps modernes est de 48%.

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André Pratte
La Presse

«Dans la réception et la diffusion d'information, nous devons demeurer sceptiques.»
- Scott W. Nixon, océanographe (1943-2012)

Les médias du monde entier ont repris la nouvelle annoncée la semaine dernière par la NASA et par la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA): «2014 a été l'année la plus chaude depuis 1880.» Une donnée importante était toutefois absente du communiqué de presse conjoint de la NASA et de la NOAA: la marge d'erreur. Or, si on tient compte de cette marge, la température moyenne enregistrée en 2014 n'est pas significativement plus élevée que celles des années 2005 et 2010. En fait, selon la NOAA elle-même, la probabilité que 2014 ait été l'année la plus chaude des temps modernes est de 48%.

Devant un tel niveau d'incertitude, comment expliquer le ton catégorique du communiqué de presse? C'est peut-être que, comme beaucoup de scientifiques travaillant sur le climat, ceux de la NASA et de la NOAA veulent avant tout faire mentir leurs détracteurs et pousser les gouvernants à agir. Les nuances font des manchettes moins efficaces.

Pourtant, de plus en plus de chercheurs invitent leurs collègues à davantage de circonspection. Il ne s'agit pas de nier la tendance vers le réchauffement du climat: les données sont incontestables. Cependant, la science doit rester distincte du militantisme. Mesurer les températures à l'échelle de la planète et, surtout, prévoir leur évolution future sont des exercices d'une immense complexité. Les chercheurs ne devraient pas taire les incertitudes propres à leurs travaux.

Des experts ont vu dans cette «année record» la fin de la fameuse «pause» dans la hausse des températures mondiales depuis 2000, pause qui a fait les délices des «climato-sceptiques». «Clairement, la pause est terminée!» a lancé Philip Mote, de l'Oregon State University.

Il est trop tôt pour faire une telle affirmation. Comme l'ont démontré les travaux de chercheurs canadiens et américains, le climat se réchauffe moins rapidement depuis 15 ans que ce qu'avaient prévu les modèles utilisés par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Il n'est pas «scientifiquement justifiable» de minimiser ce fait, ont souligné ces climatologues dans la revue Nature Geoscience.

Tout cela ne change rien au devoir des gouvernements d'adopter des politiques visant à réduire l'utilisation des énergies fossiles. Le climat change bel et bien et les conséquences de ce phénomène pourraient être graves.

Cependant, les chercheurs doivent délaisser le mode guerrier et réhabiliter le scepticisme, qui est au coeur de la démarche scientifique. Ceux qui nient l'existence des changements climatiques ne sont pas des sceptiques, mais des négationnistes. Le scepticisme en matière de climat, comme pour toute question complexe, doit être vu comme une vertu, non une tare.

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