Ceci n'est pas de l'austérité

Ayant trop mangé pendant les Fêtes, bien des Québécois ont résolu d'être plus... (Infographie La Presse)

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André Pratte
La Presse

Ayant trop mangé pendant les Fêtes, bien des Québécois ont résolu d'être plus raisonnables en ce début d'année, question de perdre quelques kilos. On appelle ça une diète, pas un jeûne, encore moins la famine.

Il en est de même pour les finances publiques. Après plusieurs années d'augmentation rapide de ses dépenses, le gouvernement du Québec a décidé de mettre la pédale douce. Pas de «couper» les dépenses, mais d'en ralentir la croissance pour deux ans. C'est de la saine gestion, pas de l'austérité, encore moins le «démantèlement du modèle québécois».

Depuis 2003-2004, les dépenses consolidées du gouvernement du Québec ont augmenté en moyenne de 4,6% par année. C'est plus de deux fois le rythme de l'inflation. Inutile de dire que, pour la plupart des années, les revenus n'ont pas crû aussi vite. Résultat, 7 années de déficit sur 11, les déficits étant beaucoup plus importants que les rares surplus enregistrés. Juste l'an dernier (2013-2014), les dépenses de Québec ont augmenté de 4,4 milliards. A-t-on entendu les syndicats applaudir?

Pourquoi une croissance si forte? Pour une foule de bonnes et mauvaises raisons: programmes généreux dont les coûts ont été sous-estimés; amélioration de la rémunération des employés du secteur public, notamment des médecins; augmentation du nombre de médecins, d'infirmières et d'enseignants; investissements massifs en infrastructures; un gouvernement Charest soucieux de faire mentir sa réputation d'ennemi du modèle québécois.

Ceux qui parlent de «démantèlement» ignorent, ou font semblant de ne pas savoir, que l'État provincial a pris beaucoup de poids au cours de la dernière décennie. En 2013-2014, les dépenses gouvernementales ont atteint 23% de la richesse collective (du produit intérieur brut, PIB). Pendant les gouvernements Parizeau, Bouchard et Landry (1995-1996 à 2002-2003), cette proportion se situait autour de 20%. Est-ce à dire que les péquistes de l'époque avaient démantelé le modèle québécois et que ce sont les libéraux de Jean Charest qui l'ont rebâti? On voit par l'absurde qu'en réduisant ou en augmentant le rythme de croissance des dépenses gouvernementales, on ne change rien au fait que l'État occupe une place centrale dans la société québécoise.

Les deux années les plus difficiles du redressement budgétaire s'en viennent. En 2015-2016, le gouvernement haussera ses dépenses de programmes de 437 millions. Pas diminuera, haussera. En 2016-2017, l'augmentation sera de 1,5 milliard.

Bien sûr, ces hausses sont beaucoup moins importantes que celles de la dernière décennie. Et comme le gouvernement veut autant que possible épargner le secteur de la santé, d'autres ministères écopent. Certains voient bel et bien leur budget diminué, ce qui signifie des services amputés et des postes éliminés. C'est douloureux pour plusieurs. Mais ce n'est ni la hache ni la tronçonneuse. Surtout, c'est essentiel pour empêcher que le fardeau de la dette ne s'alourdisse.

Pourquoi ne pas reporter d'une année ou deux le retour au déficit zéro, comme le suggèrent plusieurs? Parce que c'est ce que les gouvernements libéraux et péquistes font depuis la fin de la dernière récession. En effet, depuis 2010, les ministres des Finances Raymond Bachand, Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau ont promis l'équilibre budgétaire dans quatre budgets consécutifs. Au départ, cela devait se faire en 2013-14. Fin 2013, M. Marceau a repoussé l'échéance de deux ans. C'est la cible retenue par son successeur, Carlos Leitao.

Au cours des six dernières années, la dette nette de la province a augmenté de 30 milliards. Si on repoussait encore une fois l'échéance, on ajouterait d'autres milliards à ce boulet... jusqu'à ce qu'arrive la prochaine récession, alors qu'il ne sera évidemment pas question d'équilibrer les finances publiques.

«La dette, la dette, le Québec n'est quand même pas la Grèce!» La question n'est pas là. Il s'agit de savoir combien nous voulons payer chaque année pour financer cette dette. Cette année seulement, le gouvernement consacrera 10,6 milliards au service de la dette, soit l'équivalent du budget du ministère de l'Éducation. Ce, à une époque où les taux d'intérêt sont au plancher.

Un autre argument fréquemment entendu: «L'austérité a eu des conséquences catastrophiques en Europe.» Nous verrons demain que l'austérité subie de l'autre côté de l'Atlantique est considérablement plus costaude que le plan du gouvernement Couillard. De plus, le bilan est loin d'être aussi sombre qu'on le dit.

*À lire samedi dans La Presse+, «Quand l'austérité marche»

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