Pas la faute de Harper

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André Pratte
La Presse

Dans les nombreux commentaires suscités par les attentats de cette semaine, une opinion est revenue fréquemment : « Le Canada récolte ce que Harper a semé ». Si le groupe État islamique a invité ses sympathisants à s'en prendre au Canada, si deux citoyens radicalisés sont passés aux actes, ce serait en réaction à la politique étrangère des conservateurs, farouchement pro-Israël et militariste.

Nous avons souvent critiqué la politique extérieure du gouvernement Harper (voir par exemple nos textes des 21 janvier, 12 septembre et 30 septembre de cette année). Cependant, les faits démontrent que même si les conservateurs avaient mis de l'avant une diplomatie plus prudente et équilibrée, conforme à la tradition de notre pays, les islamistes, leurs apôtres et divers atomes libres s'en seraient pris à nous.

Le Canada a été menacé par Oussama ben Laden dès 2002, quatre ans avant que les troupes de Stephen Harper ne remplacent les libéraux à la tête du pays. Le complot déjoué en juin 2006 par les forces de l'ordre, comprenant des projets d'attaquer des édifices publics et de décapiter des politiciens, avait pris naissance en 2005, alors que Paul Martin était premier ministre.

Ceux qui propagent l'idéologie djihadiste, par la force, par l'entraînement ou par l'endoctrinement web, n'ont que faire des nuances politiques. À leurs yeux, tous ceux qui ne partagent pas leurs convictions intégristes, y compris un très grand nombre de musulmans, sont des cibles légitimes. Pour eux, l'Islam livre une guerre sans merci à l'Occident, coupable de matérialisme, de féminisme, de tolérance sexuelle et d'arts délinquants.

En Irak et en Syrie, le groupe État islamique se livre à « un nettoyage ethnique d'envergure historique ». Des centaines de personnes ont été tuées, de nombreuses femmes ont été agressées, prises comme esclaves ou mariées de force, des dizaines de milliers de personnes ont dû quitter leur demeure et vivent dans des conditions indignes d'êtres humains. Ces faits ne sont pas inventés par Stephen Harper mais rapportés par des organisations telles Human Rights Watch et Amnistie internationale.

Si Justin Trudeau ou Thomas Mulcair dirigeait aujourd'hui le Canada, les esprits perturbés de Martin Couture-Rouleau et de Michael Zehab-Bibeau auraient tout de même été séduits par la caricature djihadiste. Celle-ci leur a dévoilé les responsables de leurs malheurs, leur a donné une raison de vivre... et surtout de mourir.

Face à ce terrorisme déstructuré et fuyant, le défi du gouvernement fédéral resterait le même s'il était libéral ou néo-démocrate : comment mieux protéger les Canadiens sans sacrifier les droits et libertés qui sont au coeur de notre mode de vie et qu'exècrent les terroristes ?

Dans les prochaines semaines, le premier ministre Harper devra trouver l'étroite voie de passage entre ces deux exigences. Il y aura inévitablement des désaccords entre le gouvernement et les partis d'opposition à ce sujet. Souhaitons tout de même que, tout au long des débats, il restera quelque chose de la solidarité et de la chaleur humaine qui ont marqué hier la reprise des travaux à la Chambre des communes.

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