La chute

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Le cas d'Alison Redford est particulier parce que les comportements condamnables ont commencé dès son arrivée au pouvoir.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

André Pratte
La Presse

Mercredi dernier, l'ancienne première ministre de l'Alberta, Alison Redford, a démissionné de son poste de député de Calgary-Elbow. Ce départ met un terme à la carrière politique éclair de Mme Redford. Une carrière qui semblait pourtant la destiner à un rôle important non seulement dans sa province, mais à l'échelle du pays.

Avocate, Mme Redford a consacré plusieurs années à conseiller des organisations internationales sur des problèmes juridiques et constitutionnels auxquels font face les pays en développement. Elle ne s'est lancée en politique albertaine qu'en 2008, à 42 ans. Sa montée a été fulgurante. Lors du congrès à la direction du Parti progressiste conservateur de la province, en 2011, elle a devancé le favori. Puis elle a fait mentir les sondages en gagnant les élections du 23 avril 2012.

Suivant de deux ans l'élection du musulman Naheed Nenshi à la mairie de Calgary, la victoire de Mme Redford a été perçue, dans l'est du pays, comme la confirmation d'un tournant historique pour la province. L'ère des populistes à la Ralph Klein venait de prendre fin.

La première ministre a frappé l'imagination de plusieurs en lançant l'idée d'une Stratégie nationale de l'énergie, une façon d'associer les Canadiens des autres provinces à l'exploitation des sables bitumineux. Elle a même conclu une entente avec son homologue québécoise, Pauline Marois, ouvrant la voie au transport du pétrole albertain jusqu'au Québec.

Certains se mirent à rêver qu'Alison Redford, ouverte au monde, progressiste et bilingue, fasse un jour le saut sur la scène fédérale. C'était avant que la première ministre se rende en Afrique du Sud pour assister aux funérailles de Nelson Mandela, en décembre 2013. Dans les semaines qui ont suivi, les Albertains ont appris que ce voyage avait coûté la rondelette somme de 45 000$.

Au fil de l'hiver, les révélations au sujet de l'abus des fonds publics par la première ministre et son entourage se sont multipliées: utilisation injustifiée de l'avion gouvernemental, construction d'une suite privée dans un édifice du gouvernement (baptisée Sky Palace par les médias), etc. Confrontée à une révolte de son caucus, Mme Redford a démissionné de la direction du parti et de la province le 19 mars. Jeudi dernier, le Vérificateur général de l'Alberta a confirmé les faits rapportés par les médias.

Comment expliquer ce dérapage éthique? Il est bien connu que le pouvoir corrompt. Cela arrive habituellement quand un parti est au pouvoir depuis de nombreuses années; l'arrogance s'installe, les élus en viennent à confondre leurs intérêts personnels et partisans et l'intérêt public. Le cas d'Alison Redford est particulier parce que les comportements condamnables ont commencé dès son arrivée au pouvoir.

Les conservateurs se choisiront un nouveau chef (qui deviendra du coup premier ministre) le mois prochain. Le favori est l'ancien ministre fédéral Jim Prentice. L'une de ses principales tâches sera de réussir là où Alison Redford et le gouvernement Harper ont échoué, soit de réconcilier l'exploitation des sables bitumineux avec la nécessité de circonscrire les changements climatiques.




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