L'Europe en colère

Les électeurs (taux de participation : 43 %)... (Photo Matthias Hiekel, Associated Press)

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Les électeurs (taux de participation : 43 %) semblent avoir sanctionné les partis au pouvoir davantage que l'Europe.

Photo Matthias Hiekel, Associated Press

André Pratte
La Presse

Les élections au Parlement européen ont donné lieu à des percées spectaculaires de partis anti-immigration et anti-Europe, en particulier en France et au Royaume-Uni. Le Front national et le United Kingdom Independence Party ont tous les deux devancé les partis traditionnels pour terminer au premier rang.

Le triomphe de ces partis extrémistes a eu l'effet d'une bombe politique à Paris et à Londres. Cependant, il est difficile de prévoir quel impact auront ces résultats sur les débats au parlement de Strasbourg et sur l'évolution de l'intégration européenne.

La montée des eurosceptiques ne s'est pas produite partout. On l'a vue en Autriche et au Danemark, mais pas en Espagne et en Grèce (où des partis de gauche favorables à l'Europe ont obtenu de bons scores) ni en Italie (résultat décevant pour les eurosceptiques du Mouvement 5 Étoiles). Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (extrême droite) a subi un recul. En définitive, les partis modérés conservent une forte majorité au Parlement européen.

Les électeurs (taux de participation : 43 %) semblent avoir sanctionné les partis au pouvoir davantage que l'Europe. D'ailleurs, un vaste sondage réalisé quelques semaines avant le vote a révélé l'existence d'une colère vive et répandue à l'endroit des gouvernements nationaux.

Ainsi, 71 % des Européens interrogés ont dit ne pas faire confiance au gouvernement de leur pays.

Le mécontentement est particulièrement grand dans les pays où l'État a dû imposer un programme d'austérité agressif : en Grèce, 90 % des citoyens ont perdu confiance dans leur gouvernement. En Espagne, ce pourcentage atteint 87 %. Cependant, même en Allemagne, où l'économie roule pourtant à plein régime, une majorité d'électeurs se méfient du gouvernement d'Angela Merkel.

Il n'y a donc pas qu'au Canada que les citoyens sont désabusés. C'est le cas dans toute l'Europe, que le gouvernement soit de droite ou de gauche, peu importe la personnalité et le style du premier ministre ou du président. Jusqu'où ira cette grogne ? Annonce-t-elle un élargissement de la percée des extrémistes ?

Et le rêve européen ? L'échec de la constitution européenne (2005) et la crise économique ont fait mal à l'Union européenne, on le sait. Néanmoins, dans presque tous les pays membres, les citoyens continuent d'appuyer le principe de l'Union. Par exemple, 75 % des personnes interrogées sont d'accord pour dire qu'« on a besoin d'une Europe unie dans le monde d'aujourd'hui ».

Reste que, en pratique, les institutions européennes ne sont pas plus populaires que les gouvernements nationaux. Ceux qui gouvernent, qu'ils soient à Bruxelles ou dans les capitales nationales, sont universellement détestés. Le malaise européen cacherait-il une crise plus profonde, menaçant la démocratie libérale elle-même ? L'avenir de l'Occident est peut-être plus sombre qu'on ne le croit.




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