Les nombrils d'or

La première ministre du Québec, Pauline Marois, et... (Photo Mathieu Bélanger, archives Reuters)

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La première ministre du Québec, Pauline Marois, et le premier ministre du Canada, Stephen Harper.

Photo Mathieu Bélanger, archives Reuters

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André Pratte
La Presse

Peu de temps après que le couple Virtue-Moir a décroché la médaille d'argent en danse sur glace, hier à Sotchi, le bureau du premier ministre Harper a émis un communiqué félicitant les patineurs. «Les Canadiens sont fiers de la performance de Tessa Virtue et de Scott Moir, a déclaré M. Harper. Tessa et Scott continuent d'être une source d'inspiration et de montrer au monde entier que les athlètes canadiens figurent parmi les meilleurs.»

Ce communiqué était le huitième publié par le bureau du premier ministre depuis le début des Jeux. À l'issue de chaque journée où des athlètes canadiens ont gagné une place sur le podium, M. Harper a exprimé sa fierté et loué leur performance «remarquable», «extraordinaire», «spectaculaire», «incomparable»...

M. Harper n'est évidemment pas le seul dirigeant à vouloir se frotter aux succès des athlètes. Comme le rapportait notre collègue Éric-Pierre Champagne dans La Presse+, hier, un grand nombre d'élus le font, au Canada comme ailleurs. Cependant, la plupart se contentent d'un simple tweet. Notre pays étant ce qu'il est, on assiste depuis quelques jours à une sorte de combat des communiqués entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec.

Ottawa et Québec attribuent au Canada (ou au Québec) une part dans le succès des médaillés. Par exemple, au sujet des deux médailles du patineur Denny Morrison, à qui un coéquipier a cédé sa place aux Jeux, M. Harper a écrit: «Ce sont des témoignages d'esprit d'équipe et de camaraderie comme celui-là qui font la fierté de notre pays.» Comme si le Canada avait l'exclusivité de l'esprit d'équipe!

Craignant peut-être que les Jeux de Sotchi ne provoquent une poussée de fierté canadienne au Québec, la première ministre provinciale, Pauline Marois, ne manque pas une occasion de vanter les performances des athlètes québécois. Avant même le début des Jeux, Mme Marois a souhaité bonne chance aux Québécois partis pour Sotchi, déclarant que «pour le Québec, ils sont tous des ambassadeurs et des ambassadrices en or». Ah! n'arborent-ils pas les couleurs du Canada?

Parlant de la médaille d'argent remportée en surf des neiges par Dominique Maltais, la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a soutenu que la skieuse représentait «les valeurs qui sont au coeur de notre future politique nationale du sport, du loisir et de l'activité physique.» Médaille d'or pour cette spectaculaire récupération!

Il est dommage qu'à tous les deux ans, politiciens et médias nous poussent vers le nombrilisme national plutôt que vers l'ouverture au monde. Ne devrions-nous pas saisir cette occasion unique de découvrir les athlètes d'autres pays, qui eux aussi ont fait preuve de «courage» et de «persévérance» ? Qui eux aussi ont des parents qui les soutiennent depuis leurs débuts?

Il n'y a rien de spécifiquement national dans la performance des différents athlètes. Ce n'est pas parce qu'il est Canadien et Québécois qu'Alexandre Bilodeau est un skieur exceptionnel. C'est parce qu'il est Alexandre Bilodeau.




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