La tyrannie de la majorité

«Le communisme, c'est l'ennemi public numéro un. Le temps n'est pas... (Photo: Reuters)

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«Le communisme, c'est l'ennemi public numéro un. Le temps n'est pas aux compromissions. Il faut se dresser debout et combattre.»

- Maurice Duplessis (1937)

Au cours des derniers jours, les ministres Bernard Drainville et Jean-François Lisée ont justifié le bien-fondé de la future «charte des valeurs québécoises» en soulignant qu'une majorité de Québécois y est favorable. Un sondage publié hier par les médias de Québecor confirme que 57% des Québécois approuvent l'adoption d'une telle charte et que plus de 60% applaudissent l'interdiction du port de signes religieux par les employés de l'État.

Pourtant, en matière de droits fondamentaux, l'appui de la majorité est l'argument le moins convaincant et le plus dangereux de tous. Les lois protégeant les droits de la personne existent précisément parce que la majorité et le gouvernement qui la représente tendent à brimer les groupes minoritaires.

Lorsque Maurice Duplessis pourchassait les communistes et les Témoins de Jéhovah, il avait l'appui de la majorité. Comme la première ministre aujourd'hui, Duplessis disait qu'il faut «se tenir debout». Il avait tort et c'est la Cour suprême du Canada, ce tribunal honni par les souverainistes, qui a freiné ces abus d'autorité.

Le gouvernement Marois dit vouloir mettre un terme à la crise des accommodements raisonnables. Quelle crise? Les choses se sont beaucoup calmées depuis les travaux de la commission Bouchard-Taylor, entre autres parce que tous ont appris à mieux gérer les demandes d'accommodement religieux. Si la crise revient nous hanter, c'est parce que le gouvernement Marois l'appelle de ses voeux.

Dans la mesure où les accommodements religieux continuent à causer des difficultés, ce n'est certainement pas dans la fonction publique provinciale, massivement Québécoise de souche. Combien de personnes se sont plaintes d'avoir été servies par un fonctionnaire arborant un signe religieux?

Notre malaise est d'autant plus grand que la popularité de l'interdiction annoncée vient de la réprobation généralisée du voile islamique. Cette réprobation est attisée par les médias qui illustrent la problématique par des images de femmes emprisonnées sous une burka ou derrière un nikab, pratique rarissime au Québec. Les personnes fournissant les services publics doivent évidemment avoir le visage découvert. Faut-il aller jusqu'à proscrire le port d'un simple foulard, d'une kippa ou d'un crucifix?

Venant d'une culture qui s'est longtemps définie par sa religion autant que par sa langue, d'une société où les prêtres et les religieuses (voilées!) ont joué un rôle fondamental (et quoi qu'on en dise, généralement positif), d'une majorité qui refuse que la laïcisation touche SON «patrimoine religieux», une mesure aussi extrême sent l'intolérance à plein nez.

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