La sagesse de Gérard Bouchard

Gérard Bouchard et André Pratte... (Photo François Roy, La Presse)

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Gérard Bouchard et André Pratte

Photo François Roy, La Presse

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André Pratte
La Presse

La question des accommodements raisonnables a refait surface à la faveur de l'actualité des dernières semaines. Le dernier ouvrage de Gérard Bouchard, L'Interculturalisme - Un point de vue québécois (Boréal) - tombe donc à point.

Comme il l'a fait à titre de coprésident de la commission portant son nom et celui de Charles Taylor, M. Bouchard défend ici un point de vue réfléchi et nuancé. La majorité québécoise, dit-il, doit accueillir avec ouverture la diversité culturelle et religieuse, tout en défendant ses valeurs fondamentales. L'équilibre est possible.

L'auteur déplore qu'un grand nombre de Québécois continuent de s'opposer aux accommodements raisonnables. Il explique cette résistance, entre autres facteurs, par quelques mauvaises décisions prises au nom des accommodements raisonnables. Si les principes qui les sous-tendent sont respectés, les accommodements permettent d'être justes à l'égard des membres de minorités et ainsi facilitent leur intégration à la culture majoritaire.

Gérard Bouchard contredit l'opinion voulant qu'en admettant certaines pratiques (le port du voile) la société québécoise ouvre la voie au recul de ses acquis sociaux (l'égalité des sexes). M. Bouchard rappelle que les musulmans sont et seront très minoritaires au Québec et qu'au sein de cette minorité les femmes portant le voile sont elles-mêmes minoritaires: «Comment concevoir qu'un scénario aussi noir [NDLR: la destruction de nos valeurs] puisse se réaliser sans une passivité invraisemblable et un consentement encore plus improbable de l'ensemble de la société québécoise?»

Les propos du sociologue rejoignent ceux du journaliste Doug Saunders, du Globe and Mail, qui a publié l'été dernier un essai important, The Myth of the Muslim Tide, dont notre collègue Rima Elkouri a récemment fait l'éloge, à juste titre. Dans un chapitre fascinant, Saunders rappelle que toutes les craintes exprimées aujourd'hui relativement aux musulmans l'ont été autrefois au sujet d'autres communautés immigrantes: les Irlandais, les Italiens, les catholiques, les Juifs... «Nous devrions avoir foi en nos institutions communes, écrit Saunders. Celles-ci ont été capables d'absorber des groupes d'immigrants beaucoup plus importants et différents que ne le sont les musulmans.»

C'est peut-être cette confiance qui manque aux Québécois. Si la confiance nous habitait, notre réponse à cette question de M. Bouchard ne ferait aucun doute: «Si l'intégration repose sur le respect mutuel, sur une adhésion aux valeurs fondamentales du Québec, sur une volonté de participer à la vie citoyenne et sur le goût de se mobiliser autour d'idéaux et de projets communs, quel est le meilleur moyen d'y parvenir: en restreignant la liberté de certains citoyens ou en leur permettant d'exprimer leurs différences?»

Souhaitons que la voix de Gérard Bouchard soit entendue. Cette fois-ci.




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