La tyrannie de la minorité

André Pratte
La Presse

La CLASSE a rejeté hier du revers des mains levées la «solution globale» proposée vendredi par le gouvernement Charest dans l'espoir de mettre fin à la grève étudiante. Les deux autres regroupements, la FEUQ et la FECQ, annonceront aujourd'hui le fruit de leurs délibérations, mais leurs porte-parole ont déjà qualifié la proposition gouvernementale d'«insultante» et de «pied de nez». L'intransigeance des militants étudiants devient chaque jour plus évidente. Il est temps de mettre fin à cette comédie: le gouvernement n'a pas à négocier avec un mouvement qui, bien qu'il compte 175 000 participants, est minoritaire.

Plusieurs accusent le gouvernement libéral de mépriser «notre jeunesse». Or, rappelons-le puisque personne ne semble vouloir en tenir compte, les grévistes ne représentent que 35% des étudiants du niveau post-secondaire. Dans les universités, moins d'un étudiant sur trois boycotte ses cours. Enfin, le Québec comptant un million de personnes âgées de 16 à 25 ans, les grévistes constituent moins de 20% de la jeunesse québécoise. Pourquoi cette minorité devrait-elle dicter les décisions de l'État?

Alors que Québec a fait plusieurs propositions substantielles depuis le début du conflit, le mouvement étudiant est jusqu'ici resté sur ses positions. Des observateurs ont prié le gouvernement d'étaler la hausse des droits de scolarité; c'est ce qu'il a accepté de faire vendredi. On a demandé au gouvernement d'accroître la portée des bourses, pas seulement celle des prêts; c'est ce qu'il a annoncé.

Grâce à l'étalement de la hausse sur sept ans, un jeune qui entreprend l'an prochain ses études de baccalauréat verra ses dépenses de scolarité augmenter d'un total de 1524$ sur trois ans par rapport au niveau actuel, 426$ de moins que sous l'ancien scénario. C'est sans compter l'impact de l'amélioration des bourses. Selon les calculs du fiscaliste Luc Godbout, de l'Université de Sherbrooke, un grand nombre d'étudiants seront gagnants. Ainsi, en 2018-2019, un étudiant dont les parents gagnent 60 000$ obtiendra 484$ par an de plus qu'à l'heure actuelle, l'augmentation de sa bourse faisant plus que compenser la hausse des droits. C'est ça, l'offre «insultante» dont parlent les leaders étudiants?

Si le gouvernement devait négocier avec les contribuables chaque fois qu'une partie de ceux-ci est mécontente d'une hausse de taxe ou de tarif, l'État serait sans-le-sou. Pourquoi faudrait-il que Québec se plie aux volontés des étudiants d'université, groupe privilégié de la société s'il en est? Parce qu'ils ont le temps de manifester chaque jour? Parce qu'ils ont l'appui des artistes et des intellos?

À l'heure qu'il est, les directions des universités et des cégeps s'arrachent les cheveux pour trouver des façons de sauver la session d'hiver. Pourquoi? C'est aux étudiants qui boycottent leurs cours d'assumer les conséquences de leur décision. Dans les établissements où le réaménagement de la session est devenu trop complexe et trop coûteux, la direction devrait annoncer qu'à compter de telle date - disons le 4 mai -, tous les cours qui n'ont pas repris seront marqués aux bulletins comme des échecs, sauf pour les étudiants qui auront choisi d'abandonner. Il ne s'agirait pas d'une annulation de la session, mais de la conséquence normale d'une absence de longue durée. Aux étudiants de se débrouiller pour reprendre les cours abandonnés et échoués, selon les disponibilités lors des sessions suivantes.

Au cours des prochains jours, certains presseront le gouvernement de faire de nouveaux compromis. Le Parti québécois suggère un moratoire. On sait ce que ça veut dire: le retour au gel. D'autres parlent de la nomination d'un médiateur. Ce serait une perte de temps, dans la mesure où les leaders étudiants n'ont montré jusqu'à maintenant aucune volonté d'arriver à un compromis raisonnable.

Ayant déjà assoupli sa position, le gouvernement Charest doit maintenant tenir bon face à cette minorité militante, aussi bruyante soit-elle. Dans ce dossier, faire preuve de fermeté, ce n'est pas de l'entêtement, c'est tout simplement... gouverner.

apratte@lapresse.ca

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