Comme Le Pen

Cette fois-ci, c'est le fait que certains abattoirs... (Photo: Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Cette fois-ci, c'est le fait que certains abattoirs tuent les animaux de boucherie en respectant les normes des religions musulmane (halal) et juive (kascher) qui a soulevé l'indignation.

Photo: Ivanoh Demers, Archives La Presse

André Pratte
La Presse

Des médias et des politiciens n'ont pu s'empêcher de relancer le débat sur les accommodements raisonnables, avec tout ce qu'il comporte d'informations tronquées et de populisme. Il faut dire que le sujet a toujours été politiquement et médiatiquement payant.

Cette fois-ci, c'est le fait que certains abattoirs tuent les animaux de boucherie en respectant les normes des religions musulmane (halal) et juive (kascher) qui a soulevé l'indignation. Selon le député péquiste André Simard, cette façon de faire va à l'encontre des «valeurs québécoises». La Coalition avenir Québec et le premier ministre, Jean Charest, croient que la viande halal et kascher devrait être identifiée comme telle sur l'emballage (une compétence fédérale).

Ces déclarations rappellent celles de la chef du Front national, Marine Le Pen, qui a soutenu, erronément, que toute la viande consommée dans la région de Paris est halal. Elle a aussi parlé, à tort, de «souffrance animale généralisée». Les policiens québécois auraient dû tourner leur langue sept fois avant de suivre les traces de cette dame.

Réglons d'abord la question des «valeurs québécoises». Le Québec est, de loin, le champion de l'abandon des chiens et des chats au Canada, dont des dizaines de milliers doivent être euthanasiés chaque année. Les Québécois de souche n'ont donc pas de leçon à donner à leurs compatriotes de religion musulmane ou juive qui sont tout aussi sensibles à la souffrance animale que les catholiques et les athées.

Au Canada, la loi exige que les animaux destinés à l'alimentation humaine soit insensibilisés avant d'être saignés. Toutefois, ici comme dans la plupart des pays, une exception est prévue pour l'abattage conformément aux lois judaïques et islamiques. Dans ces cas, le règlement impose que l'animal soit abattu «par le sectionnement rapide, complet et simultané des jugulaires et des carotides, de façon qu'il perde conscience immédiatement». Dans certains abattoirs certifiés halal, on insensibilise néanmoins les bêtes avant la saignée.

Quelle que soit la méthode, des inspecteurs du ministère de l'Agriculture du Québec ou de l'Agence canadienne d'inspection des aliments sont sur place et s'assurent que les normes sont respectées, notamment que les bêtes sont tuées «sans cruauté».

La plupart des gens se préoccupent fort peu de ce qui se passe dans les abattoirs. S'ils y songent au moment d'acheter leur viande, ils font confiance aux gouvernements pour s'assurer que l'abattage se fait correctement. Pourquoi cette confiance disparaît-elle dès qu'il s'agit d'un abattage halal ou kascher alors que celui-ci est supervisé par les mêmes inspecteurs?

La réalité, c'est que le sujet soulève tout à coup la controverse parce qu'il est question des musulmans et des juifs. Quoi qu'en disent les politiciens et les commentateurs qui exploitent savamment les préjugés, cette attitude relève de l'intolérance pure et simple.

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