Un fou

Deux jeunes femmes déposent des fleurs à l'île... (Photo: Reuters)

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Deux jeunes femmes déposent des fleurs à l'île d'Utoeya où une fusillade a fait au moins 85 morts.

Photo: Reuters

André Pratte
La Presse

Qu'est-ce qui a pu pousser Anders Behring Breivik à assassiner plus de 90 personnes à Oslo et sur l'île d'Utoya? À mesure que les médias esquissent le portrait de l'homme de 32 ans, on échafaude une théorie. Breivik était sympathique aux idées d'extrême droite, notamment à son hostilité à l'endroit de l'immigration musulmane. Les autorités policières n'auraient pas suffisamment porté attention aux groupuscules de droite, s'inquiétant davantage des islamistes.

Cela est sans doute vrai. Toutefois, ce n'est pas une idéologie qui est à l'origine du massacre. C'est la folie. Contrairement aux commandos suicide d'Al-Qaïda, Breivik n'était pas au service d'une guerre organisée. Tout indique qu'il a agi seul, sous la pulsion d'une colère irrépressible contre le gouvernement travailliste, accusé de favoriser l'immigration arabe.

À plusieurs égards, Breivik ressemble à d'autres déséquilibrés qui ont exprimé leur frustration en fauchant des innocents. On pense à Marc Lépine (Polytechnique), à Timothy McVeigh (Oklahoma City), à Denis Lortie (Assemblée nationale), à Harris et Klebold (Columbine High School), à Kimveer Gill (Collège Dawson). Tous étaient jeunes (moins de 35 ans). La plupart étaient solitaires et se sentaient rejetés. Pendant des années, ils ont ruminé leur frustration contre les responsables imaginaires de leurs malheurs. Ils ont expliqué leur geste dans des écrits. Ils s'intéressaient aux armes à feu. Ils espéraient que, leur horrible plan exécuté, la société s'intéresserait enfin à eux. «On dira de moi que je suis le plus grand monstre nazi depuis la Seconde Guerre mondiale», a écrit Breivik dans son «manifeste» de 1500 pages.

Parce que ces crimes sont l'oeuvre de fous plutôt que d'organisations terroristes, il est particulièrement difficile pour la police de les prévenir. La Norvège envisagera sûrement de resserrer le contrôle des armes à feu (un tiers des Norvégiens possèdent une telle arme). La police reverra ses méthodes d'intervention, plusieurs soutenant qu'elle fut trop lente à réagir. Mais il ne faut pas se faire d'illusions: comment prévoir qu'un jeune homme, terré dans le sous-sol de la maison familiale, en sortira un jour pour tuer?

Il n'y a pas de causes de fond expliquant cette tragédie. La Norvège est un pays privilégié, riche et paisible. S'il est vrai que la droite populiste y a pris du galon au cours des dernières années, ce courant ne prône pas la violence.

La société norvégienne apprendra à être plus vigilante. Toutefois, comme l'a souligné le premier ministre, Jens Stoltenberg, les Norvégiens devront éviter de sacrifier ce qui fait la beauté de leur nation: «Nous devons montrer que notre société ouverte peut relever ce défi. La réponse qu'il faut donner à la violence, c'est plus de démocratie. Plus d'humanité, mais jamais la naïveté.»

apratte@lapresse.ca




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