L'Écosse adopte le plan Marois

André Pratte
Cyberpresse

La ressemblance entre la démarche des indépendantistes écossais et celle du Parti québécois est fascinante. Le gouvernement écossais, formé par le Scottish National Party (SNP), a publié il y a 10 jours son livre blanc sur les étapes devant mener à la séparation de l'Écosse du Royaume-Uni. Les arguments employés en faveur de l'indépendance y sont les mêmes que ceux mis de l'avant par les péquistes. Indépendante, l'Écosse serait «plus riche», «plus juste», «plus verte», «en meilleure santé», etc.

De plus, la stratégie envisagée pour obtenir l'appui d'une majorité d'Écossais fait inévitablement penser au «plan Marois» endossé par le PQ.

Petit rappel: le SNP a été porté au pouvoir il y a trois ans en prenant l'engagement de tenir un référendum sur l'indépendance en 2010. Toutefois, le gouvernement dirigé par Alex Salmond est minoritaire et aucun des autres partis écossais n'est favorable à la séparation.

À cette difficulté s'en ajoute une autre: les sondages indiquent que le vent n'est pas favorable à l'option indépendantiste. Selon la plus récente enquête d'opinion, seulement 27% des Écossais auraient voté OUI à la question envisagée jusqu'à récemment par le gouvernement Salmond. Cette question portait sur un mandat de «négocier un accord avec le Royaume-Uni afin de faire de l'Écosse un État indépendant» (ça ne vous rappelle pas quelque chose?).

Face à l'impopularité actuelle de son projet, le gouvernement propose dans son livre blanc une démarche encore plus «soft». Le référendum comprendrait deux questions distinctes. La première demanderait aux électeurs s'ils sont favorables à ce que le parlement écossais obtienne plus de pouvoirs. C'est là qu'on reconnaît le plan Marois: incapable d'avoir l'appui d'une majorité populaire pour la séparation, un gouvernement indépendantiste exigera que l'État central abandonne des compétences au profit du gouvernement régional. Si Ottawa (ou Londres) refuse, la crise politique en résultant favorisera la cause indépendantiste. Si Ottawa (ou Londres) accepte, le gouvernement central deviendra de plus en plus impotent, ce qui aidera l'indépendance.

La seconde question envisagée par le SNP est plus confuse. Elle demanderait aux Écossais s'ils sont d'accord pour que leur parlement obtienne plus de pouvoirs «afin de permettre la réalisation de l'indépendance».

Plusieurs commentateurs ont vu dans ce livre blanc une manoeuvre désespérée d'Alex Salmond. Au départ, le gouvernement devait présenter un projet de loi. Or, ce projet de loi ne sera déposé que plus tard au printemps, ce qui laissera bien peu de temps pour l'adopter et, le cas échéant, pour mettre en place la mécanique nécessaire à la tenue d'une consultation populaire. En effet, les élections en Écosse sont tenues à date fixe, et le prochain scrutin est prévu pour le 5 mai 2011.

Les indépendantistes écossais s'accrochent à l'espoir que les élections pour le parlement du Royaume-Uni, attendues en mai prochain, produiront un gouvernement minoritaire qui aura besoin de l'appui des députés du SNP. Si cela arrivait, le parti tenterait d'échanger ce soutien contre celui des travaillistes ou des conservateurs à la tenue d'un référendum en Écosse.

Si ce scénario de rêve ne se produit pas, le gouvernement Salmond pourra toujours espérer être réélu en 2011 (sa cote de popularité est plutôt bonne). Il disposerait alors de quatre autres années pour diriger l'Écosse «en gouvernement souverainiste» et, ainsi, mousser l'appui à son option. Toutefois, comme le montre l'expérience du PQ, le pouvoir ne permet pas nécessairement de convaincre beaucoup de citoyens du bien-fondé des thèses indépendantistes.




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