Le nouvel étapisme

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André Pratte
Cyberpresse

Le député péquiste de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, a expliqué la semaine dernière au Globe and Mail la stratégie de son parti pour mousser l'appui à la souveraineté au cours des prochains mois et années.

D'abord, en cette année qui marque le 20e anniversaire de l'Accord du lac Meech, le PQ et le Bloc rappelleront cet échec aux Québécois (et l'enseigneront aux plus jeunes). Ils oublieront commodément que l'Accord avait obtenu l'appui du gouvernement du Canada et de huit provinces et raconteront plutôt que «le Canada a rejeté le Québec». Les fédéralistes québécois se tairont, embarrassés ou trop occupés à autre chose.

Avant de poursuivre, ouvrons une parenthèse sur le renouvellement des forces au sein du mouvement indépendantiste. Certains estiment que l'indépendance est une idée dépassée qui n'intéresse plus les jeunes. On a dit que les départs de François Legault et de Camil Bouchard étaient des coups durs pour la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Peu des gens ont remarqué que le PQ est en train de s'enrichir d'une relève très forte. M. Cloutier, par exemple, a 32 ans et est bardé de diplômes en droit constitutionnel. Le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, 39 ans, a lui aussi un bagage académique et professionnel impressionnant en économie et en placement. La candidate en vue de l'élection complémentaire dans Vachon, Martine Ouellet, 40 ans, est ingénieure à Hydro-Québec et militante écologiste. Où trouve-t-on l'équivalent au PLQ, au PLC, au PC? Fin de la parenthèse.

Outre le rappel du passé douloureux de Meech, le Parti québécois réclamera, s'il est porté au pouvoir dans quatre ans (ce qui est probable), le rapatriement de toutes les compétences fédérales en matière de culture, de langue et d'environnement. Si Ottawa plie à ces exigences, il se rendra encore plus absent de la vie des Québécois qu'il ne l'est déjà, ce qui fera évidemment l'affaire des indépendantistes. Lisons à nouveau Alexandre Cloutier: «Chaque pouvoir que le Québec obtient nous fait faire un pas vers la souveraineté.» Et si Ottawa tient son bout? «Ils devront expliquer pourquoi. Et quand nous jugerons que nous avons toute l'énergie nécessaire pour faire une bataille pour la souveraineté complète, nous allons la faire.» Autrement dit, le fédéral acquiesce et ça aide l'indépendance, ou le fédéral refuse et ça aide l'indépendance. Pas bête...

***

Autre élément de la stratégie indépendantiste, dont M. Cloutier n'a pas parlé, mais qui transparaît des discours et décisions des leaders du mouvement: associer l'indépendance à la cause de l'heure, celle qui fait consensus au Québec, celle qui intéresse les jeunes: l'environnement. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, en a parlé longuement la semaine dernière lors d'un discours à l'Université d'Ottawa. Le choix de l'écologiste Martine Ouellet, annoncé jeudi dernier, s'inscrit aussi dans cette stratégie. «La souveraineté, il faut toujours démontrer les sujets où ça fait une différence, a expliqué Mme Ouellet en conférence de presse. Au sujet des gaz à effet de serre, j'ai honte d'être représentée par le gouvernement fédéral. En plus, ce sont les entreprises manufacturières du Québec qui vont payer la note de la politique fédérale en matière de climat.»

Pourtant, rien n'empêche le gouvernement du Québec, au sein de la fédération canadienne, de réduire davantage ses émissions de gaz à effet de serre qu'il ne le fait présentement. M. Duceppe rêve d'un Québec qui serait «la nation phare du transport électrique en Amérique du Nord»; qu'attend le gouvernement Charest? Un éventuel gouvernement Marois s'attellera-t-il à la tâche ou blâmera-t-il Ottawa?

Bien sûr, il y a le lourd bilan environnemental de l'industrie pétrolière de l'Ouest et l'entêtement du gouvernement Harper dans le dossier des changements climatiques. Imaginons que le Québec soit indépendant aujourd'hui. Son influence sur le gouvernement Harper serait nulle, sur le gouvernement albertain moins que nulle. Cela étant, en quoi l'indépendance contribuerait-elle à la lutte aux changements climatiques?

Quoi qu'il en soit du fond du dossier on voit que, comme ils l'ont toujours fait, les souverainistes bougent. Ils bougent de façon convaincue, intelligente et habile, ils bougent avec l'aide d'une relève impressionnante. Et pendant ce temps, que font les Québécois qui croient au Canada? Les politiciens disent la même chose que leurs adversaires souverainistes. Les autres, confortés par les sondages, vaquent à leurs occupations professionnelles. Ils vivent dans l'illusion que le scénario de 1995 ne peut pas se reproduire. Grave erreur.




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