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Devrait-on accepter les enfants des immigrants illégaux à l'école?

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Yolande Cohen

Yolande Cohen

Historienne à l'UQAM

UN REFUS CHOQUANT

L'immigration illégale est une réalité avec laquelle le pays d'immigration que nous sommes doit compter. Les règles et les procédures administratives qui permettent de régulariser la présence d'illégaux au Canada sont tatillonnes et malgré les grands discours humanitaires dont on se réclame, il vaut mieux avoir des papiers en règle quand on est immigrant, ici comme ailleurs. C'est un des paradoxes de l'ouverture affichée par les États providence que d'avoir créé des catégories de sans-papiers, dont le sort est le plus souvent fixé par une décision administrative et anonyme. On retrouve partout dans le monde occidental ces catégories de sans-droits, qui ne comptent que sur les regroupements caritatifs pour faire entendre leur cause; car vivant cachés, ils ne peuvent le faire. Au Québec, où ils sont en petit nombre à cause de lois d'immigration sévères, leur présence suscite malgré tout émotion et indignation. Certes, tous les immigrants doivent se soumettre aux lois du pays où ils se trouvent. Mais l'on sait aussi que les considérations économiques sont devenues déterminantes dans le fait de quitter son pays d'origine. En particulier, l'amélioration du sort des enfants est considérée par les parents migrants comme une des raisons de leur départ. Peut-être serait-il temps de prendre en considération ces motivations pour sélectionner nos immigrants? C'est pourquoi, le fait d'apprendre que près d'un millier d'enfants sans-papiers ne puisse avoir accès à nos écoles est tellement choquant. N'ont-ils pas droit aux protections garanties par des conventions internationales, dont nous sommes signataires? L'effritement des politiques publiques depuis plusieurs décennies est le contexte dans lequel ce droit leur est actuellement dénié. Il est urgent de réparer cette « erreur administrative » en leur donnant accès à nos écoles, en attendant de trouver le juste milieu entre une ouverture tout azimut et une immigration sélective selon des critères peut-être devenus désuets.

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ÉNAP, à Québec

NE PAS AVANTAGER LES CLANDESTINS

J'aimerais bien faire étalage de compassion et m'apitoyer sur le sort des immigrants illégaux, mais ma réponse est NON! Ce n'est pas que je sois contre l'immigration, au contraire. C'est seulement que je suis un partisan de l'insertion totale des immigrants; de ceux qui viennent chez nous avec l'idée de respecter nos lois et d'y travailler pour se tailler une place au soleil. Or, un pays comme le Canada ou une province comme le Québec n'ont pas à récompenser les nouveaux arrivants qui font fi des procédures d'immigration. C'est vrai que nos immigrants doivent parfois faire face à de longues périodes d'attente : il faudrait sans doute s'y attaquer. Toutefois, dans la mesure où le nombre d'immigrants qu'on accueille est limité, accepter les immigrants illégaux et leur reconnaître le droit à l'éducation équivaut à privilégier les clandestins au détriment de ceux qui respectent nos règles du jeu. Autoriser aujourd'hui les illégaux à fréquenter l'école, c'est les autoriser demain à bénéficier de l'aide sociale, des services de santé gratuits, des garderies subventionnées; des services payés par des contribuables qui, eux, respectent la loi. Avant d'ouvrir nos frontières aux immigrants illégaux, il faudrait peut-être se rappeler qu'un pays sans frontières et sans loi, ce n'est pas un pays.

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Jana Havrankova

Photo fournie par Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue

RECETTE POUR LA DÉLINQUANCE

Exclure de l'école les enfants dont les parents ne possèdent pas de statut légal au Québec s'avère nocif non seulement pour ces enfants, mais aussi pour la société québécoise.  Quoi de plus propice à l'éclosion de la délinquance que de priver un jeune de l'école! En plus de gaspiller des années importantes pour l'apprentissage scolaire et social, l'enfant dispose du temps, de trop de temps, pour songer à son avenir bouché par manque de formation. Le développement de sa personnalité sera perturbé par l'insuffisance de contact avec ses pairs, d'autant plus qu'il se trouve dans une famille elle-même au bord de l'exclusion. Il se repliera naturellement vers sa communauté contribuant à la création des ghettos. Après quelques années vécues ainsi, bonne chance de l'intégrer à l'ensemble de la société! Vous objectez que ses parents se sont installés au Québec illégalement? Oui, certains sont de « faux réfugiés »; ils cherchaient une meilleure vie pour eux-mêmes et pour leur progéniture. On peut comprendre cela. Et non, le Canada ne peut pas absorber toute la misère du monde. Alors, que les autorités d'immigration procèdent rapidement pour expulser les « illégaux »! Les enfants ne devraient pas souffrir des agissements de leurs parents. Ils devraient être obligés d'aller à l'école.

Francine Laplante

Femme d'affaires

UN DROIT ET UN DEVOIR

Peut-on une fois pour toutes mettre les enfants au coeur de nos préoccupations? Peut-on se concentrer simplement sur le bien-être des enfants en favorisant le plus possible leur intégration et en minimisant tous les effets secondaires que peut engendrer le simple fait d'être un immigrant illégal? Derrière chacune des décisions administratives, il y a un être humain, et dans ce cas-ci, des enfants. Comment peut-on douter de l'urgence de régulariser cette problématique? Que fait-on des droits fondamentaux des enfants? Pensez-vous que ces parents ont décidé d'immigrer ici par pur plaisir? Leur situation n'est-elle pas suffisamment dramatique, sans en ajouter encore et encore? À mon avis, encore une fois on ne cible pas la bonne question. Combien y a-t-il de criminels immigrés qui croupissent dans nos prisons, qui profitent de nos systèmes et que nous tolérons malgré tout même s'ils coutent une fortune à l'État? Un enfant, peu importe sa couleur, sa nationalité ou son statut social, a le droit à l'éducation, c'est même de notre devoir de lui offrir ce qu'il y a de mieux. Mais que vaut un enfant dans notre société aujourd'hui? Décidément, pas grand-chose!

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

DÉLAIS TROP LONGS

Si on se questionne sur la possibilité, pour les enfants d'immigrants illégaux, de fréquenter une école que ses parents n'ont pas contribué à financer, on doit aussi s'interroger sur leur droit d'être traité par les intervenants de la santé lorsqu'ils sont malades. On doit se demander s'ils peuvent circuler sur nos routes et s'ils ont droit d'être protégés par la DPJ. Ces services, il faut s'en rappeler, les Québécois se les payent collectivement. Ceci étant dit, bien qu'il soit relativement facile de verser dans un certain isolationnisme (par les Québécois, pour les Québécois... ), il ne faut pas non plus être bonasse. On sait que le système « tout inclus » du Québec est attrayant et que l'absence de contrôle représente souvent une porte grande ouverte pour bien des gens mal pris venant d'ailleurs. Toutefois, le réel problème, c'est la longueur des délais pour les demandes d'immigration ou de statut de réfugiés. Si on traitait les demandes dans des délais raisonnables, disons une semaine, on éviterait d'avoir à faire face à une question tendancieuse du genre de celle qui est posée aujourd'hui. Doit-on laisser un enfant végéter seul dans un appartement pendant que ses parents travaillent ou devrions-nous l'envoyer dans une école où il n'a pas le droit d'aller ? On ne devrait pas avoir à se poser cette question. « Madame, monsieur, les enfants, bienvenue au Canada. Voici un logement provisoire. Veuillez vous y installer temporairement. D'ici une semaine, vous saurez si vous pouvez rester ou si vous devez repartir. Merci. Au prochain ... »

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

UN PEU PLUS D'HUMANISME

Avant même de condamner notre réseau scolaire et son fonctionnement en ce qui concerne les enfants d'immigrants illégaux, nous devrions nous interroger en tant que société. Si un père et une mère de famille choisissent de fuir par tous les moyens leur pays d'origine, n'est-il pas raisonnable de croire que leur vie et celle de leurs enfants puissent être en danger? Une fois cette réflexion faite et les exilés installés au Québec, la société démocratique et civilisée que nos avons bâtie devrait s'assurer que ces enfants «sans papiers» aient les mêmes droits que ceux nés au Québec. De plus, Immigration Canada devrait tenir compte des nombreux sacrifices que font ces immigrants pour ne pas retourner dans ce pays qui, selon eux, les persécute et menace leur vie et celle de leurs enfants. Un peu plus d'humanisme serait le bienvenu dans nos nombreux tribunaux administratifs.

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Jean Baillargeon

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Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux

Priorité à l'intégration civique et culturelle

Je suis favorable à l'accueil dans nos écoles des enfants d'immigrants illégaux, car cela favorisera leur intégration dans la société québécoise. Quant à leurs parents, je suis partisan pour qu'on leur accorde un statut particulier temporaire, afin qu'ils suivent des cours de français et s'intègrent au marché du travail. On pourrait dans une période transitoire leur imposer un service civil obligatoire pour régulariser leur statut de citoyens à part entière. Cela leur éviterait la crainte de l'expulsion automatique, crainte qui les dissuade à  envoyer leurs enfants à l'école. En ayant un statut légal temporaire, ces enfants pourront ainsi commencer à avoir une vie normale et se faire des amis à l'école. Ils leurs seront plus facile de connaître la culture québécoise et les règles de fonctionnement de notre société. Sinon, nous serons complices comme société, de l'exploitation et de la marginalisation d'enfants et d'adultes sans droits ni responsabilité. Il se développera alors une culture de vie au noir, et tout le monde y perdra, en premier lieu l'État qui ne pourra percevoir ses impôts et surtout le manque de main-d'oeuvre dans certains secteurs d'activité. La priorité absolue doit être l'intégration civique et culturelle des enfants et de leurs parents.




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