La Ville de Montréal est-elle ingérable?

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La Presse

La Ville de Montréal est-elle devenue une métropole ingérable? Depuis 2001, neuf personnes se sont succédé à la direction générale. Le dernier en lice, Guy Hébert, a dû remettre sa démission hier. Selon vous, quelle est la cause de cette instabilité dans la haute fonction publique de la Ville?

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ENAP, à Québec

SANS LEADER FORT

Vu de Québec, Montréal c'est l'anarchie. Une ville administrée par un gouvernement de coalition où chacun prépare ses élections. Une ville dotée d'une fonction publique gangrénée par la corruption. Une ville où le service de police est mené par une fraternité de policiers qui, tel un tribunal, réclame un jour la démission du maire et le lendemain celle du plus haut fonctionnaire de la ville. En réalité, on a l'impression d'assister à une « chicane de famille » où chacun cherche à s'emparer du piètre héritage légué par Gérald Tremblay. Une guerre de tranchées où chacun se sent légitimé de détruire l'autre pour augmenter ses pouvoirs. Une ville où tout le monde pense d'abord à son intérêt en oubliant qu'il y a un citoyen et un contribuable qui paient pour cette lutte fratricide. Montréal n'est pas une ville ingérable, elle n'est tout simplement pas gérée. Elle a besoin d'un leader fort : quelqu'un qui saura assurer la cohésion de tout un chacun pour le meilleur intérêt des citoyens. Vous voulez une proposition? Je vous échange Régis contre le Canadien.

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

MAUVAISE CULTURE D'ENTREPRISE

Un tel roulement de personnel à la direction générale concorde bien avec les révélations faites à la commission Charbonneau. La culture d'entreprise semble être extrêmement mauvaise dans cette administration et elle est probablement le fruit d'un laisser-aller de la haute direction pendant une longue période. Elle reflète sûrement un manque important de leadership des hauts dirigeants. On ne peut attribuer une telle situation aux structures politiques qui sont loin d'être optimales et à une mauvaise distribution des rôles et des tâches à l'intérieur de cette administration. Changer tout cela va prendre du temps et nécessiter l'arrivée d'un leader très fort et très déterminé. Je pense qu'il sera presque impossible de faire ce ménage sans un mise en tutelle pour quelques années ou sans que le gouvernement ne donne plus de pouvoir et un support exceptionnel à un tel leader.

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

TROP DE DÉCIDEURS

La Ville de Montréal est un monstre ingérable, c'est le moins que l'on puisse dire. Afin de clarifier pourquoi il en est ainsi, je distingue quatre problèmes.

1. Les élus sont trop nombreux. À Toronto, pour 2,6 millions d'habitants, on compte 44 élus (17 élus / million). À New York, 51 élus pour 8,5 M habitants (6 élus / million). À Montréal, avec 1,65 M d'habitants, on pourrait très bien rediviser le territoire afin de ramener le nombre d'élus à 10 par million d'électeurs pour un total de 16 au lieu de ... 103 (62,4 / million) ! Il y a trop de décideurs, ce qui fait que la gestion est chaotique.

2. Les routes, ponts, immeubles et conduites souterraines sont en piteux état puisque la Ville a trop longtemps négligé de maintenir ses actifs en santé. Or, les sommes nécessaires à la remise à niveau des équipements sont colossales et, dans le contexte actuel, une hausse des taxes accélérerait l'exode vers les banlieues, ce qui mettrait de l'huile sur le feu.

3. La corruption et la collusion ont gangréné le processus démocratique, notamment au niveau de l'attribution des contrats. La crédibilité des élus est minée et ils doivent administrer sous surveillance, ce qui freine tout.

4. Le capharnaüm créé par les villes fusionnées de force puis défusionnées (merci, Mme Harel...) empêchent les gestionnaires municipaux d'avoir une vue d'ensemble pour la totalité des citoyens et du territoire. Les administrations se dédoublent, les économies d'échelle deviennent moins importantes et chacun tire la couverture de son bord. C'est un foutoir ingouvernable.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

PLUS D'ÉLUS QUE NEW YORK

Les nombreux problèmes de gestion à la Ville de Montréal sont dus en grande partie à l'improvisation de l'administration Tremblay. Combien de fois avons-nous entendu l'ex-maire Gérald Tremblay nous dire qu'il ne savait pas ce qui se passait dans sa propre administration? Les démissions successives de directeurs généraux font la preuve que la métropole du Québec n'est plus ce qu'elle a déjà été sous la gouverne du défunt Jean Drapeau. Autoritaire, mais aussi compétent et bien informé de ce qui se tramait entre les quatre murs de son hôtel de ville, Jean Drapeau savait. Il connaissait les personnes qu'il avait lui-même choisies et était fier de faire progresser sa ville. De plus, Montréal est devenue, sous Gérald Tremblay, une multitude de petites villes, chacune dotée d'un maire et d'un directeur général, de conseillers d'arrondissements et d'une quantité de cadres qui n'en finit plus. Chaque arrondissement fonctionne donc comme une ville à l'intérieur de la ville, ce qui fait d'elle une municipalité ingérable qui évolue à pas de tortue. Montréal compte plus d'élus que la ville de New York, ce n'est pas rien!

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