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Français dans les restos: des inspecteurs trop zélés?

Massimo Lecas, le propriétaire du Buonanotte à qui l'OQLF... (Photo Graham Hughes, La Presse Canadienne)

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Massimo Lecas, le propriétaire du Buonanotte à qui l'OQLF a reproché l'utilisation du mot «pasta» dans son menu.

Photo Graham Hughes, La Presse Canadienne

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Le zèle d'inspecteurs de l'Office québécois de la langue française dans des restaurants a été dénoncé ces derniers jours. Le Mouvement Québec français estime qu'il s'agit d'une cabale pour discréditer la loi 101, au moment où une commission parlementaire s'apprête à étudier le projet de loi 14, qui vise à renforcer le statut du français au Québec. Qu'en pensez-vous?

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

LES BONNES CIBLES

On envisage une modification de la législation sur la langue parce qu'on sent que le français est menacé. En effet, le phénomène est particulièrement évident sur l'île de Montréal où plus de la moitié des résidants n'utilise plus le français comme langue de base.  Puisque le français représente un pan majeur de notre culture, il est normal qu'on cherche à le mettre à l'abri de menaces. Toutefois, je ne crois pas que le fait de lire le mot lasagna au lieu de lasagne sur le menu d'un restaurant italien puisse représenter un quelconque danger pour notre langue. De la même façon, un shish taouk chez le libanais ou une slush au dépanneur, ça ne constitue en rien des sources de discrédit pour notre langue ni pour notre culture, pas plus que pour notre identité par ailleurs. J'aimerais bien savoir si un seul Québécois pure laine tressée serrée s'est déjà senti opprimé linguistiquement après avoir vu un t-shirt en solde chez Sports Experts ou après avoir reçu un ticket de vitesse sur l'autoroute. Il faut protéger le français, mais il faut s'attaquer aux bonnes cibles. Si on s'acharne sur ceux qui ne représentent aucun risque, c'est soit par manque de clairvoyance, soit par manque de courage d'attaquer les vrais problèmes.

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Raymond Gravel

Raymond Gravel 

Prêtre dans le diocèse de Joliette

LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE PROTÉGÉ

Un ami turc a déjà déposé une plainte à l'Office de la langue française pour dénoncer une publicité qui comportait une multitude de fautes d'orthographe et de syntaxe, pour se faire répondre que l'OQLF ne pouvait rien faire pour changer la situation. Alors, qu'il y ait des inspecteurs un peu trop zélés dans des situations particulières, c'est possible; le bon jugement n'est pas concédé à tout le monde. Par ailleurs, qu'on se serve de quelques malheureux incidents pour discréditer la loi 101 et le projet de loi 14 qui veut renforcer la protection de la langue française est tout à fait inacceptable. La langue française au Québec sera toujours menacée et fragilisée par cette mer anglophone qui l'entoure. Que les anglophones du Québec essaient de nous faire croire qu'ils sont victimes de discrimination est une farce monumentale. S'il existe une minorité linguistique qui est protégée, c'est bien celle-là. Après l'émission Tout le monde en parle, dimanche dernier, à la Première Chaîne de Radio-Canada, avec Isabelle Craig, on pouvait entendre des propos d'une aberration sans nom de la part d'auditeurs, qui réagissent comme des colonisés. « Il faut apprendre l'anglais! », disaient-ils... Nous sommes tous d'accord avec ça, et personne n'interdit à quelqu'un d'apprendre l'anglais comme langue seconde. Cependant, le Québec, pour demeurer français, doit imposer à tous ceux qui l'habitent la langue de Molière et il n'a pas à afficher dans une autre langue que le français. Le bilinguisme institutionnel au Québec est dangereux et pernicieux. Comme le français est très minoritaire dans toute l'Amérique, il ne peut rivaliser avec l'anglais. Que tous les francophones du Québec apprennent l'anglais comme deuxième langue est un plus pour la société. Par ailleurs, les institutions et les commerces ne doivent surtout pas afficher dans les deux langues, car la langue officielle du Québec est le français; elle fait partie de notre identité et de notre culture. Toutes les lois qui veulent protéger cette réalité sont les bienvenues.

Michel Kelly-Gagnon

PDG de l'Institut économique de Montréal, il s'exprime à titre personnel.

LA RISÉE DE L'OCCIDENT

On a fait grand cas du zèle de certains inspecteurs de l'Office québécois de la langue française (OQLF) en mettant l'accent sur leur jugement, bon ou mauvais selon la situation. Le ridicule consommé des interventions dans les restaurants devrait nous pousser à nous interroger sur le rôle de l'État. Peut-on sérieusement affirmer que le salut de la langue française passe par un État qui doit inspecter jusqu'aux menus des restaurants ou encore mesurer avec précision la grandeur des lettres sur les affiches commerciales? C'est plutôt en s'assurant du dynamisme, de l'entreprenariat et de la créativité des Canadiens français que nous pourrons assurer la vitalité et l'avenir de notre langue en Amérique. Les interventions étatiques qui multiplient les mesures tatillonnes et liberticides ne contribuent qu'à faire de nous la risée du monde occidental lorsqu'on en fait la narration dans les grands journaux internationaux.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

TROP ZÉLÉS

Je suis d'origine italienne et je m'efforce de bien parler et défendre autant que faire se peut la langue de Molière, que je n'ai d'ailleurs jamais apprise sur les bancs d'école.  Par contre, je me demande en quoi le fait d'écrire dans un menu de restaurant le mot «pasta» menace notre belle langue. Visiblement, certains inspecteurs de l'OQLF semblent tout à coup souffrir d'un excès de zèle. Les restaurateurs agissent ainsi depuis toujours. Les plats sont identifiés à la fois en italien ainsi qu'en français. Cela est pour moi, ainsi que pour la plupart des consommateurs, tout à fait normal. Nous pouvons ainsi connaitre les termes utilisés par des dizaines de milliers d'italo-québécois, tout en appréciant ces plats savoureux. Si on applique à la lettre la loi sur l'affichage, faudra-t-il aussi traduire des centaines de noms de mets tels que pizza, tiramisu, farfalle, rigatoni et tortellini?  Ce qui m'intrigue le plus dans ce soudain intérêt pour la francisation, c'est que les inspecteurs de l'OQLF ne font aucun cas des noms de certains établissements affichés en grosses lettres qui sont très loin de ressembler à la langue française. Est-il possible que cet excès de zèle vise à ridiculiser et discréditer le projet de loi 14? En politique, plus rien ne me surprend. Mais plutôt qu'en arriver là, ne vaudrait-il pas mieux faire valoir tous les points de vue dans un débat sain et démocratique?

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

LE GROS BON SENS 

Dans de très nombreux domaines qui affectent le bien-être des populations, il y a beaucoup des décisions à prendre pour bien définir l'environnement social et économique dans lequel les gens évoluent.  Souvent, ce n'est pas clair quelles décisions il faut prendre entre diverses solutions, sur la vitesse de leur mises en place et sur l'imposition de règles qui les accompagneront.  Il faut donc que les décideurs et promoteurs de changements utilisent une bonne dose de jugement.  Souvent, un trop grand zèle à le même effet que de trop mettre trop d'épices dans la préparation d'un mets. Souvent, trop de zèle nous éloigne du gros bon sens et des objectifs que l'on veut atteindre.  Il ne faut donc pas s'étonner que ceux qui ont des vues différentes sur les solutions à apporter profitent de tels excès de zèle pour réduire la crédibilité de leurs adversaires et pour mousser leurs solutions. Plus votre excès de zèle est grand, plus vous fournissez des munitions à vos adversaires.  Dans de telles circonstances, la meilleure stratégie n'est pas de crier «au meurtre» ou «à la cabale», mais de faire en sorte qu'il ait dans l'avenir moins d'excès de zèle et un plus grand usage du gros bon sens.

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Joelle Dupont

Joëlle Dupont

Étudiante en sciences humaines au cégep de Lanaudière

CESSONS DE BROUILLER LE DÉBAT

La campagne de discrédit dont l'Office québécois de la langue française fait présentement les frais est digne des pires enfantillages et relève d'une grossière bassesse politique! Pour chaque inspection trop zélée de l'Office, combien furent tout à fait justes? Combien furent même trop laxistes? Franchement, les quelques exemples qu'on sort des boules à mites ces derniers temps pour accuser l'Office témoignent d'un ridicule navrant. Mais il est tout aussi ridicule de ne pas savoir relativiser et différencier quelques rares inspecteurs fautifs de l'organisme qu'ils représentent, et de l'objectif de celui-ci. Plus ridicule encore est le choix du moment pour le faire! Des zélés, il y en a dans toutes les professions, publiques ou pas, et les lois gouvernementales n'y changeront rien et ne peuvent en aucun cas en être tenues responsables. Cessons de brouiller le débat concernant la loi 14 et attardons-nous seulement aux faits qui importent réellement, bon sens!

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Jean Baillargeon

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Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux

POUR UNE PAIX LINGUISTIQUE

J'ai toujours cru qu'il fallait faire preuve de respect et de tolérance face aux langues. Cela implique un minimum de diplomatie et de clarté dans les objectifs poursuivis de la part du gouvernement dans ses lois et règlements. Au Québec, tout propriétaire d'entreprise doit faire une place dominante au français dans ses communications internes ou externes, et ce, par respect des 90% des citoyens qui vivent ou comprennent minimalement la langue française. Pour ce qui est des autres langues, je suis favorable à la paix linguistique, à savoir qu'elles peuvent être publicisées, surtout lorsqu'il s'agit de l'identité culturelle d'un commerce ou d'une entreprise. Pour l'accueil des immigrants et la langue de travail, nous devons en tant que société francophone qui se respecte, investir dans la formation auprès des personnes qui ne parlent pas le français afin que celles-ci puissent s'intégrer plus facilement à la culture québécoise. Enfin, nous rendrions un fier service à tous les Québécois, si nous mettions en priorité l'apprentissage d'une seconde langue comme condition d'obtention d'un diplôme de niveau secondaire, collégial ou universitaire. À ce titre, la langue anglaise est devenue la langue de communication au niveau international et le bilinguisme, voire dans certains cas le multilinguisme, devrait être la norme dans notre système scolaire québécois.

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Adrien Pouliot

Photo d'archives

Adrien Pouliot

Président et chef de direction de Draco Capital 

PAS DES EXCEPTIONS

Les récents exemples cités dans les journaux ne sont pas des exceptions. Des centaines d'entreprises font l'objet des tracasseries des inspecteurs de l'OQLF. Si les inspecteurs de l'OQLF sont taxés de zèle, c'est que la loi qu'ils tentent d'appliquer leur donne une discrétion arbitraire ou encore que cette loi contient des dispositions qui leur permettent justement de « picosser » les entreprises sur des niaiseries qui nous étonnent maintenant qu'on les met à jour dans les médias. La plupart des Québécois reconnaissent l'importance du visage français du Québec et une paix sociale s'était installée au Québec au sujet de la langue jusqu'à ce que le gouvernement Marois ne vienne ranimer les tensions sociales avec son projet de loi 14, une solution en quête d'un problème et une autre atteinte liberticide à nos droits et libertés. Mais, paradoxalement, cette loi profitera aux anglophones : on les encouragera à maîtriser une langue seconde pendant qu'au même moment, nos enfants francophones sont confinés dans un enclos linguistique élevé par nos écoles publiques qui produisent des illettrés fonctionnels incapables d'écrire leur français décemment. C'est ce qu'on veut, restreindre leur avenir aux frontières de cette province en leur coupant les ponts avec le reste de l'Amérique parce qu'ils ne peuvent pas communiquer dans la langue de nos voisins?




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