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Le Québec doit-il exploiter ses ressources pour dépendre moins de la péréquation?

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L'ex-ministre libéral Clément Gignac.

Photos Le Soleil, Erick Labbé

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Selon l'économiste en chef et ancien ministre libéral Clément Gignac, le Québec ne pourra indéfiniment percevoir de la péréquation (grâce aux provinces de l'Ouest) sans exploiter lui-même ses propres richesses naturelles (mines et hydrocarbures) pour maintenir son niveau de vie. Êtes-vous d'accord avec lui?

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Karel Mayrand

Karel Mayrand

Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki

ARGUMENT SIMPLISTE

L'argument de M. Gignac est simpliste et crée une diversion des vraies problématiques. Le Québec exploite déjà ses ressources naturelles, dont l'hydroélectricité qui rapporte au-delà de 1 milliard par année au trésor public. L'exploitation des forêts coûtera cette année 389 millions de plus qu'elle ne rapporte au trésor public. Une fois déduites les subventions et investissements gouvernementaux, les revenus miniers nets sont de moins de 500 millions par année. Au prix actuel, les redevances d'une éventuelle exploitation gazière seraient très faibles. Quant au pétrole, l'exploitation commerciale demeure incertaine et les quantités inconnues. En outre, le pétrole et le gaz sont faibles créateurs d'emplois et ne génèreraient que peu de revenus indirects. Sur un budget de près de 73 milliards, les revenus directs tirés de l'exploitation des ressources naturelles rapportent moins de 3% des revenus gouvernementaux.  Même si ces revenus doublaient, le problème des finances publiques demeurerait entier. La richesse du Québec provient traditionnellement d'une économie diversifiée qui est présentement mise à mal par la hausse de 40% du dollar canadien en quelques années causée par le boom pétrolier. La péréquation reçue de l'Alberta permet de compenser en partie cette problématique.

Michel Kelly-Gagnon

PDG de l'Institut économique de Montréal, il s'exprime à titre personnel

SOLUTION GAGNANT-GAGNANT

Le Québec est un bénéficiaire de la péréquation depuis la mise sur pied du programme en 1957. M. Gignac exprime le bon sens même en soulignant qu'on ne peut pas se complaire dans cette situation éternellement. Le Québec ne peut pas lever le nez sur l'exploitation des ressources naturelles d'un côté tout en empochant de l'autre côté l'argent venu des autres provinces qui font le choix inverse. Une embûche toutefois : la formule actuelle de la péréquation n'incite pas le Québec à développer ses ressources autant qu'elle le pourrait à cause de la « récupération fiscale » (clawbacks) qui intervient. À l'Institut économique de Montréal, nous avons d'ailleurs proposé le 29 mai 2012 une solution concrète, réaliste et « gagnant-gagnant » à ce sujet. En termes simples, il s'agirait de compenser durant quelques années le gouvernement du Québec pour la perte de revenus de péréquation si les ressources naturelles sont davantage exploitées. Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse ont d'ailleurs déjà conclu des ententes similaires dans le passé. Pour le Québec, il s'agirait d'une amélioration claire par rapport à la formule actuelle, c'est-à-dire une occasion d'augmenter ses revenus sans perte de péréquation. Pour les provinces qui paient de la péréquation, c'est un investissement rentable puisqu'il s'agit d'inciter le Québec à se développer de manière plus autonome, et ce sans par ailleurs augmenter d'un seul dollar leur niveau actuel de contribution.

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Louis Bernard

Louis Bernard

Consultant et ancien haut fonctionnaire au gouvernement du Québec

RÉDUIRE LA CONSOMMATION ET AUGMENTER LA PRODUCTION

Il ne faut pas confondre la consommation et la production des hydrocarbures. Autant il est désirable d'en réduire la consommation, autant il est souhaitable d'en augmenter la production sur place. Et cela, aussi bien du point de vue de la protection de l'environnement que de celui des bénéfices économiques. Le pétrole et le gaz naturel resteront pour longtemps encore une nécessité de notre mode de vie. Ils sont actuellement produits à l'extérieur et importés, et il est évident que nous aurions de grands avantages à les produire chez nous. Nous épargnerions ainsi les coûts et la pollution engendrés par le transport, tout en améliorant notre balance des paiements. Nous pourrions également mieux règlementer les conditions de production en en limitant les dommages à l'environnement. Le Québec, qui est bien doté par la nature, a toujours été favorable à la mise en valeur de ses richesses naturelles: on n'a qu'à se rappeler la création de SOQUEM et de SOQUIP par René Lévesque. Qu'il doive le faire en respectant des critères stricts de protection de l'environnement, cela va de soi. Mais il serait dommage qu'un débat nécessaire vienne ternir la réputation du Québec comme une terre d'accueil pour les investissements dans les ressources, voire même le représenter comme réfractaire au développement. Ce n'est d'ailleurs pas le cas si on analyse de près les déclarations et les gestes du gouvernement Marois. En ce sens, la déclaration de l'ancien ministre Gignac est inutilement alarmiste et tirée par les cheveux. La situation qu'il évoque est peu susceptible de se produire.

Gaëtan Lafrance 

Professeur honoraire à l'INRS-EMT

LA TÊTE HAUTE

À terme, le développement accéléré de nos richesses naturelles ne permettra pas d'éliminer le transfert de péréquation venant des provinces riches. La part relative des secteurs minier et des hydrocarbures dans l'économie québécoise est de l'ordre de 1%. Rien à voir avec l'Alberta ou Terre-Neuve. Cela dit, il n'y a pas de mauvais emplois et le secteur primaire reste un symbole du développement du Québec moderne. Sans faire de miracles, l'exploitation des secteurs minier et des hydrocarbures permettra de réduire notre balance des paiements, diversifiera l'emploi principalement en région et sera un incubateur pour ceux qui préfèrent le manuel à l'intellectuel. Peu de régions dans le monde ont la chance d'avoir un sous-sol aussi riche. On peut comprendre la frustration des autres devant notre hésitation à ne pas l'exploiter.  Que l'on appelle ça une question d'éthique nationale et planétaire, ou un simple respect de la différence des aspirations en matière d'emplois, ce secteur des ressources ne doit pas être négligé. Et pour ceux qui rêvent de s'affranchir du pouvoir d'Ottawa, dites-vous qu'il vaut mieux être premier de classe qu'être celui qui quémande. À tout le moins, une attitude positive envers le développement de nos ressources est un signal non négligeable de la volonté d'être parmi l'élite. Une question d'orgueil et de fierté plutôt qu'économique.

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Jana Havrankova

Photo fournie par Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue

UNE FORME DE DÉPENDANCE

La péréquation, une idée généreuse à la base visant à redistribuer les revenus entre les provinces canadiennes pour permettre à tous les Canadiens de recevoir les services similaires, devient une source de malaise.  Elle pose des problèmes aussi bien pour ceux qui la perçoivent que pour ceux qui en fournissent les fonds. Si le Québec ne touchait pas la péréquation, évaluée à quelque 7 milliards par année, sans doute s'efforcerait-il à combler ce manque à gagner. Le Québec pourrait investir non seulement dans le domaine de l'exploitation des ressources naturelles, mais aussi dans les technologies, l'innovation, le tourisme, la culture, etc. Je crois que l'absence de péréquation aurait un effet de coup de fouet sur la créativité des Québécois. Pour leur part, les provinces qui fournissent les sous pour la péréquation, notamment l'Alberta, se plaignent que les Québécois se paient avec leur argent beaucoup de services dont elles-mêmes se passent. On omet de dire que si les Albertains ne bénéficient pas de garderies à 7 $ ou de généreux congés parentaux, il s'agit d'une décision idéologique, pas parce que le Québec prive la province des revenus.  Oui, il faudrait s'engager dans tous les chemins vers l'indépendance de la péréquation.

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Adrien Pouliot

Photo d'archives

Adrien Pouliot

Président et chef de direction de Draco Capital 

DES QUESTIONS DE L'ALBERTA

Danielle Smith, chef du parti albertain Wildrose, expliquait en visite à Montréal que les citoyens de sa province n'étaient pas nécessairement contre le concept de la péréquation.  L'Alberta a elle-même bénéficié de l'aide des provinces canadiennes riches quand elle s'est jointe au reste du Canada au tournant du siècle dernier.  Mais l'objection que soulève Mme Smith au nom de ses électeurs est qu'au Québec du moins, ces sommes servent à payer pour des services que les Albertains ne se paient même pas : droits de scolarité dérisoires, congés parentaux très généreux, garderies étatisées, tarifs d'électricité artificiellement bas, etc.  À un certain point, « he who pays the piper calls the tune » et la musique risque d'arrêter quand les provinces riches demanderont plus d'imputabilité et de responsabilisation de la part des provinces « pauvres ».  Elles questionneront aussi le laxisme à exploiter les ressources naturelles par crainte de se faire « couper » la péréquation. Tout comme l'aide sociale ne doit pas encourager les bénéficiaires aptes au travail à ne pas se trouver un emploi de crainte de se faire couper leurs prestations, il faudra probablement modifier le programme de péréquation pour qu'il encourage les provinces pauvres à se sortir de leur état de dépendance, notamment en exploitant leurs ressources naturelles.

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

PLANIFIER À LONG TERME

Pour maintenir le niveau de vie de ses citoyens et les services qu'il offre à ceux-ci, le gouvernement du Québec doit faciliter et encadrer le développement des richesses naturelles de son territoire.  Cependant cela doit être fait dans une perspective de développement durable. Il faut choisir le moment de lancer différents projets, la façon d'exploiter cette richesse et le rythme de production des divers projets.  Il faut aussi penser à maximiser la valeur ajoutée provenant de la transformation de nos richesses naturelles.  Par contre, il n'est pas question faire une course avec d'autres provinces ou d'autres pays pour maximiser le taux de croissance de son PIB ou de sa consommation.  Dans le cas des ressources non renouvelables, il faut penser à créer des fonds de réserve venant des revenus de leur exploitation pour payer à plus long terme des services futurs pour l'ensemble de la population.  Il faut aussi cesser d'avoir peur du changement; il faudra accepter de prendre certains risques, tout en éliminant des solutions trop risquées. Quand nos gouvernements auront-ils le leadership pour planifier de façon relativement globale sur un horizon plus long que quelques années ou que le présent cycle budgétaire?

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

FUIR LE MODÈLE ALBERTAIN

Le débat dont parle M. Gignac peut être ramené à une question fondamentale : jusqu'où sommes-nous prêts à détruire notre environnement pour faire de l'argent ? Vaut-il mieux briser un peu et gagner un peu ou tout saccager dans l'espoir de ramasser le gros lot ? Je vis dans un petit village patrimonial et le débat dont parle M. Gignac, notre municipalité doit y faire face. Les investisseurs reluquent chaque vieille maison dans l'espoir de la raser afin de construire des condos. Ces mêmes « développeurs » voient chaque terre agricole comme un espace n'ayant pas encore trouvé sa vocation (industrielle, commerciale ou résidentielle ?). Au niveau provincial, c'est le même problème. Les compagnies minières achètent des claims et revendiquent notre toundra comme si c'était un terrain de jeu inexploité. Les minières, quant à elles, se divisent notre sous-sol et prévoient forer le plus possible en espérant verser le moins possible de redevances. Quand ces compagnies auront fait la preuve qu'elles peuvent oeuvrer sans provoquer des gâchis immondes, peut-être seront elles mieux positionnées pour que l'opinion publique leur soit favorable. Toutefois, les minières qui pillent et qui s'en vont, tout autant que les pétrolières qui provoquent d'infâmes catastrophes, ne font rien pour calmer la grogne dans la population. Par ailleurs, puisque certaines provinces sont vraisemblablement tannées de verser de la péréquation, M. Gignac ne semble envisager qu'une solution : selon lui, notre « évolution » devrait aller dans le même sens que celle de l'Alberta. Pourquoi ne pas prendre le modèle québécois et l'exporter en Alberta ? S'il a peur pour l'avenir de ses enfants, c'est le modèle albertain qu'il faut craindre, pas celui du Québec.

Marc Simard

Professeur d'histoire au cégep Garneau, à Québec

BIENVENUE AU GRATISTAN

Les produits miniers et les hydrocarbures, c'est sale et polluant. C'est tiré du sous-sol, le domaine d'Héphaïstos, le dieu boiteux des métaux et de la métallurgie, rejeté par sa mère. C'est aussi là que se trouve le royaume d'Hadès, le dieu des morts, qui est forcé d'enlever Perséphone pour avoir une compagne dans cet univers sombre. C'est enfin l'endroit où les juifs et les chrétiens situent la géhenne, cet enfer où les damnés brûleront éternellement. Les Québécois, c'est bien connu, sont progressistes et écologistes. Ils refusent de corrompre leur eau avec l'exploitation des gaz de schistes et du pétrole, et ne veulent surtout pas que ces activités lucratives troublent leur tranquillité et maculent leur belle nature vierge. De plus, ils raffolent des gels, des moratoires et de la gratuité. Ils sont donc prêts à renoncer aux avantages de la société industrielle et à la qualité de la vie liée à celle-ci au nom de leurs principes. C'est pourquoi ils ne veulent rien avoir à faire avec des paiements de péréquation entachés par les sables bitumineux. Ils feront l'indépendance non seulement politique, mais totale, ne mangeant que des fruits et légumes bios et se chauffant à la biomasse ou grâce à leur éolienne personnelle, et profiteront de tarifs publics gelés à jamais. Leur pays de cocagne, nommé Gratistan, sera le paradis de la simplicité volontaire.

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François Bonnardel

François Bonnardel

Député de Granby

PROSPÉRITÉ ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

Le Québec ne peut passer à côté du développement de ses ressources naturelles, mines, pétrole, gaz, etc. sans s'appauvrir considérablement alors que les autres provinces canadiennes font le choix de ce développement et s'enrichissent. L'incertitude politique actuelle quant à l'orientation voulue pour ce développement paralyse les investissements, nuit à la croissance et mine la crédibilité du Québec. Le message envoyé par le gouvernement péquiste est ambigu et fait fuir. De nos jours, les investisseurs sont bien au fait de la nécessité de l'acceptabilité sociale de leurs projets. Ils ont besoin d'un cadre réglementaire clair, précis et stable ainsi que  d'un régime de redevances,  un environnement fiscal concurrentiel afin de mener à bien les projets de développement. Car on peut faire du développement durable et être prospère, çà ne s'oppose pas. L'insécurité environnementale peut et doit être surmontée. La Coalition avenir Québec favorise le développement de nos ressources naturelles. Elle est prête à prendre  des participations, soutenir le risque mais aussi  à accompagner pour faire du développement durable. Soyons audacieux, relevons ces défis et donnons-nous les moyens de ce développement, notre avenir économique en dépens.

Jean Bottari 

Préposé aux bénéficiaires

NATIONALISATION

L'idéal pour le Québec serait en effet de percevoir plus de redevances sur ses richesses naturelles. Loin de moi l'idée de me qualifier d'expert en la matière, mais je crois que l'État québécois devrait nationaliser une partie importante de l'exploration minière et des hydrocarbures. Nous avons l'exemple parfait du fonctionnement et des redevances plus qu'importantes avec Hydro-Québec qui bon an mal an rapporte gros à l'État. Sans créer un tel monopole, le Québec pourrait étatiser une partie des industries privées créant ainsi une saine concurrence entre elle et les compagnie privées tout en maintenant des milliers d'emplois de qualité. La nationalisation demeure pour moi la meilleure façon de retirer le maximum de profits pour le Québec. Des sommes d'argent pouvant servir notamment en santé et en éducation où les besoins sont criants.




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