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Doit-on accorder le droit de grève aux étudiants?

Le droit de grève permettrait légalement aux étudiants... (Photo: Sylvain Mayer)

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Le droit de grève permettrait légalement aux étudiants d'empêcher leurs confrères d'assister à leurs cours.

Photo: Sylvain Mayer

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La Presse

Le ministre Pierre Duchesne songe à accorder le droit de grève aux étudiants, ce qui leur permettrait légalement d'empêcher leurs confrères d'assister à leurs cours. Êtes-vous d'accord?

Marc Simard

Professeur d'histoire au cégep Garneau à Québec.

ENCADRER LA DÉMOCRATIE ÉTUDIANTE

Le ministre Duchesne propose qu'on accorde le droit de grève aux associations étudiantes.  Malgré son parti pris avoué pour les grévistes du «printemps érable», on ne peut que l'appuyer s'il ne vise pas seulement à donner à quelques agitateurs une arme de plus dans leur lutte contre la société libérale et l'État de droit. Le mouvement des carrés rouges a fait ressortir des caractéristiques intolérables de la «démocratie» étudiante au Québec : la prise de contrôle de plusieurs exécutifs étudiants par des militants ayant des agendas cachés, des assemblées «paquetées» tenues dans des salles trop petites, l'intimidation des opposants à la grève, des accrocs flagrants aux procédures et des décomptes de votes douteux pour ne pas dire frauduleux. Il est donc souhaitable de leur accorder le droit de grève (et même de piquetage) à condition qu'il soit assorti d'autres mesures visant à garantir que les décisions prises pas leurs assemblées soient réellement démocratiques. Le gouvernement devra donc imposer aux assemblées étudiante de tenir un scrutin électronique, assorti d'un quorum (50% des membres?), pour tout vote de grève et de reconsidérer obligatoirement ce vote tous les 7 à 10 jours. Aucune de ces conditions n'empêche les étudiants qui le veulent de tenir un débat de vive voix. Elles assureront toutefois que leurs décisions sont légales, ce qui empêchera la «judiciarisation» du conflit, et rendront la tâche plus difficile aux anarchistes et aux séditieux de tout acabit.

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Michel Kelly-Gagnon

Michel Kelly-Gagnon

PDG de l'Institut économique de Montréal. Il s'exprime à titre personnel.

DE LA FOLIE FURIEUSE!

Cette idée relève du délire pur et simple. Déjà que les étudiants québécois sérieux et studieux ont été pris en otages le printemps dernier par le système actuel; et voilà qu'on se propose de rendre leur vie encore plus infernale et de mettre à risque leurs études, voire même leur avenir. Une grève, selon le Petit Larousse, est la «cessation collective et concertée du travail décidée par des salariés». Or, les étudiants ne sont pas des salariés. Point à la ligne. Qui plus est, même dans un contexte de travail, de plus en plus de juridictions en Amérique du Nord applique le principe de la liberté de choix par laquelle chaque travailleur peut prendre la décision individuelle de refuser de cesser ou non sa prestation de travail. Je m'exprime ici non pas en tant que président de quoi que ce soit, mais simplement en tant que citoyen profondément indigné de voir à l'oeuvre cette clique de politiciens qui méprisent (ou ignorent totalement) les principes de la liberté et le bon sens le plus élémentaire.

Guy Ferland

Professeur de philosophie au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse.

PAS DES ENFANTS

Le mot enfant provient du mot infans, « celui qui ne parle pas ». En refusant le droit de grève aux étudiants, on veut les rabaisser à leur rôle d'enfants d'école. Pourtant, dans les faits, le droit de grève des étudiants québécois a toujours été reconnu, sauf lors du dernier conflit opposant les associations étudiantes au gouvernement libéral. Ce dernier a utilisé le mot boycottage pour enlever implicitement le droit de grève aux associations étudiantes. Dorénavant, voter une grève à majorité en assemblée étudiante équivaudrait à vouloir bloquer les portes d'une institution d'enseignement aux étudiants qui veulent continuer d'assister à leurs cours. Ultimement, c'est la reconnaissance des votes majoritaires des assemblées étudiantes qui est remise en cause par le simple mot boycottage. On associe ainsi une grève, c'est-à-dire un « arrêt volontaire d'une activité par une personne, un groupe qui veut attirer l'attention sur une situation, sur ses revendications », à un boycottage, autrement dit à un « refus de prendre part à quelque chose. » On voit, d'après la définition même des termes, qu'il y a eu un détournement de sens de la part du gouvernement libéral dans ce conflit. Le PQ veut simplement rétablir la justice en reconnaissant ce droit qui permet aux étudiants d'avoir leurs mots à dire en éducation.

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Paul-Daniel Muller

Paul Daniel Muller

Économiste.

DES TRAVAILLEURS INTELLECTUELS?

L'idée de reconnaître légalement un droit de grève aux étudiants procède d'une conception de l'étudiant qui le définit comme un « jeune travailleur intellectuel », au service futur de la société. Ainsi, une grève étudiante priverait la société du fruit du labeur intellectuel des étudiants grévistes. Mais quelle est la valeur de ce labeur? Nous avons vu, à l'occasion du conflit étudiant du printemps dernier, que les départements et facultés universitaires qui ont voté pour la grève ne sont pas ceux dont les diplômés trouvent le plus facilement du travail dans leur discipline et gagnent les meilleurs revenus une fois diplômés. Les étudiants dans ces disciplines-là ont généralement rejeté la grève. Par leurs choix, ils commenceront leur carrière un peu plus vite que les étudiants grévistes; ils contribueront aussi un peu plus, par leurs taxes et impôts, à financer les services publics. Par leur vote pour ou contre la grève, les étudiants ont ainsi eux-mêmes révélé la véritable valeur qu'ils accordaient à leur propre éducation eu égard à son coût. Si l'on devait transposer au monde de l'éducation la logique du monde du travail, il faudrait alors davantage moduler l'offre de programmes selon la demande exprimée sur le marché du travail. Parions que les porteurs du carré rouge, pas plus que les profs qui les ont appuyés, ne sont pas prêts à assumer cette logique.

Pierre Simard

Professeur à l'ENAP, à Québec.

LE CITOYEN SE MEURT...

Les carrés rouges sont au pouvoir. Le temps presse, les gouvernements minoritaires sont fragiles. Vite! Changeons la loi pour accorder aux associations étudiantes le droit de grève. Légiférons pour empêcher les ignobles étudiants qui veulent étudier d'assister à leurs cours. Mais comment faire lorsque le port du carré rouge nous a enlevé toute forme de crédibilité? Faisons un grand sommet sur l'éducation! Les sommets socio-économiques ont toujours bien servi les visées collectivistes du PQ. Rien de mieux qu'une bonne discussion sous l'égide des syndicats et des associations étudiantes pour reprendre le contrôle de nos universités et annihiler les velléités individualistes des étudiants. Consolidons le monopole des groupes de pression sur le bien public. Réhabilitons la tyrannie des droits collectifs. Soyons progressistes. Ouste la Constitution, la Charte des droits et libertés et l'État qui protège vos droits individuels. Mettons fin aux injonctions de la cour et aux tristes condamnations pour outrage au tribunal de nos icônes de la pensée collectiviste. Le Québécois n'aurait jamais dû exister individuellement, c'est une dérive néolibérale. Le citoyen se meurt... vive les carrés rouges.

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Nestor Turcotte

Nestor Turcotte

Retraité de l'enseignement collégial

UN MINISTRE IRRESPONSABLE

Donner le droit de grève aux étudiants est absurde. C'est comme donner le droit à quelqu'un de dilapider l'argent que tu lui donnes pour régler une affaire importante. Si le ministre donne le droit de grève aux étudiants, il doit, du même coup, leur enlever les bourses et les prêts que la société leur donne. Celle-ci, fort généreuse, et pas encore assez selon l'ASSE, doit cesser d'aider des gens qui se permettraient d'utiliser les fonds publics qu'ils reçoivent, à d'autres fins pour lesquelles elles sont versées. Il y des limites à détourner l'argent des impôts d'une société. Car, la grève est un moyen barbare de régler un conflit. Elle est catastrophique. Elle l'est pour ceux qui la font et pour ceux qui la subissent. Au moyen âge, une grève des transports était sans conséquence. Ils étaient pratiquement inexistants. De nos jours, une grève dans le transport en commun paralyse toute une société. Une grève des éboueurs au 13e siècle était sans conséquence. Quelques pourceaux de plus dans les rues. Une grève des éboueurs de nos jours, c'est la santé publique qui est mise en danger. Par quoi remplacer la grève? Par l'arbitrage obligatoire. Chaque partie pourrait défendre sa cause, non pas avec des pancartes, des bris de vitrines, des slogans haineux, mais par des arguments. Par la raison et non par la force.

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Adrien Pouliot

Adrien Pouliot

Président et chef de direction de Draco Capital.

UNE FICTION

Les étudiants vont clamer que leur droit de grève étudiante découle directement du droit de liberté d'expression et du mandat de représentation qu'octroie la loi aux associations étudiantes québécoises et non pas d'une disposition législative du code du travail.  Je suis d'accord avec eux!  Ils devraient avoir le droit de ne pas assister à leurs cours!  Mais je m'objecte à ce qu'ils obtiennent le « droit collectif » d'empêcher d'autres étudiants de franchir leur « ligne de piquetage ».  Leur plaidoyer sera de la musique aux oreilles des socialistes québécois qui n'hésitent pas à bafouer les droits individuels au nom des « droits collectifs ».  Or, ces « droits collectifs» sont une fiction.  Tout droit est un droit individuel.  Les collectivités ne peuvent pas posséder plus de droits que ceux des individus qui les composent.  Pour obtenir ce « droit collectif » de bloquer les cours, les carrés rouges veulent nécessairement le droit de nier aux étudiants leur droit individuel d'acquérir et de recevoir les services éducatifs auprès des établissements.  Ils justifieront ce « droit collectif » en invoquant les dispositions « anti-scabs » québécoises.  Si les syndicats ont ce droit collectif d'empêcher des travailleurs de travailler, pourquoi les syndicats étudiants n'auraient pas le droit collectif d'empêcher des étudiants d'étudier?

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires.

ET QUOI ENCORE?

Lors du dernier conflit opposant les étudiants au gouvernement Charest, j'ai appuyé sans réserve les grévistes. Bien qu'ils n'avaient pas le droit reconnu par la loi de faire la grève, les étudiants et leurs associations respectives ont mobilisé comme jamais leurs troupes, mais aussi et surtout, ils ont réussi à rallier à leur cause l'opinion publique. Le droit de grève tel que nous le connaissons s'applique aux travailleurs comme prévu par le Code du travail du Québec. Le ministre Duchesne semble vouloir étendre ce droit aux étudiants du Québec. Bien que je considère ce droit comme étant digne d'une société civilisée et défenderesse de la liberté d'expression et d'association, je ne suis pas d'accord avec le ministre. Comme ils l'ont démontré durant des mois, les étudiants peuvent sans doute user d'imagination afin de faire pression sur tout gouvernement qui ne daigne pas les écouter. D'autant plus que leur cause attire la sympathie du public en général et bien évidemment des partis d'opposition et des grandes - et non moins influentes - centrales syndicales.

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Jean Gouin

Jean Gouin

Directeur général de la Fédération des médecins résidents du Québec.

UNE IDÉE SAUGRENUE

Donner le droit de grève aux étudiants pour que ceux-ci puissent empêcher leurs collègues et amis de poursuivre leurs études est l'idée la plus saugrenue qui soit. Les étudiants paient pour étudier et s'ils veulent faire connaître leur point de vue en manifestant, cette décision leur appartient et ils n'ont pas besoin du droit de grève pour s'exécuter. Ils devront, par ailleurs, assumer pleinement les conséquences de leurs gestes. Il est à se demander pourquoi le gouvernement jongle avec une telle idée, si ce n'est pour mieux encadrer le mouvement étudiant, pour éviter les débordements tumultueux  que nous avons connus lors de notre printemps érable. Il est évident que la dernière crise estudiantine a souffert d'un manque flagrant de contrôle de la part du gouvernement  libéral d'alors qui a dû, pour contrôler la situation, adopter le projet de loi 78. La suite des évènements fera sans doute partie de notre folklore. Je suis surpris que le gouvernement de Mme Marois puisse même songer  à légiférer pour accorder le droit de grève aux étudiants. Dans l'éventualité où il donnerait suite à cette idée loufoque, il est à espérer qu'il obligera également les étudiants à respecter les services essentiels. Ainsi, la boucle sera bouclée.




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