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Le français, langue internationale?

Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, a... (PHOTO : JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE)

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Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, a prononcé un discours lors de l'ouverture du Forum mondial de la langue française, lundi à Québec.

PHOTO : JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La Presse

À l'occasion du Forum mondial de la langue française, qui se déroule à Québec cette semaine, des délégués venant d'une centaine de pays discutent de l'avenir du français dans le monde. À votre avis, au cours des prochaines décennies, le français demeurera-t-il une des grandes langues internationales ? Quels moyens peuvent être pris pour s'assurer que le français reste parlé dans le monde des affaires, dans celui de la recherche, dans la technologie ? LES COMMENTAIRES DOIVENT ÊTRE SIGNÉS.

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Louis Bernard

Louis Bernard

Consultant

L'AIMER DAVANTAGE

Le caractère international d'une langue tient essentiellement au nombre de ses locuteurs et à l'influence politique du ou des pays qui l'ont développée ou adoptée. Dans le cas du français, son caractère international est dû au rôle qu'a joué la France en Europe et dans le monde: comme ce rôle a perdu de son importance relative, l'avenir international du français dépendra surtout, pour l'avenir, du nombre de ses locuteurs et de celui des pays qui l'auront adopté. Ce qui veut dire que c'est en Afrique que se jouera, à terme, la place que tiendra la langue française dans les affaires du monde. À cet égard, le rôle de la francophonie est crucial. L'est également l'aide que la France et le Québec décideront d'apporter aux pays de l'Afrique francophone, non seulement en matière d'éducation, de culture et de communications, mais également dans le domaine économique. De plus - et c'est l'autre aspect de la question - ceux qui parlent actuellement le français se doivent d'approfondir l'amour de leur langue et de la culture qui s'y rattache, d'avoir le souci de toujours mieux la parler et se faire un devoir de l'utiliser dans les forums et les publications de la scène internationale. Le français, en raison de son histoire, de sa qualité intrinsèque, de sa capacité d'exprimer avec nuance et précision les moindres subtilités de la pensée humaine et de sa présence dans un grand nombre de pays sur tous les continents, mérite de conserver et de développer son statut international. À nous d'y contribuer dans toute la mesure de nos moyens.

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Jocelyn Coulon

Jocelyn Coulon

Directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM.

INVESTIR MASSIVEMENT

L'avenir du français passerait par la jeunesse, entend-on à Québec ces jours-ci. Voilà un truisme un peu gênant, car, faut-il le rappeler, l'avenir de toute activité sur cette planète passe par les jeunes. Donc, l'important n'est pas là. Ce qu'il faut dire, c'est que le français peut demeurer une des grandes langues à condition d'investir massivement dans sa promotion auprès de toutes les couches de la population. L'effort doit être soutenu, partout dans le monde et dans tous les domaines. Après tout, lorsque la Chine installe des usines et des centres culturels en Afrique et en Amérique latine, ce ne sont pas seulement les jeunes qui apprennent le chinois. Sur le plan géographique, l'avenir du français se joue en Afrique et particulièrement en Afrique subsaharienne. Parmi les 54 États du continent africain, 25 ont le français comme langue officielle ou d'usage. C'est beaucoup, mais la situation varie d'une région à une autre. Dans une seule région, celle qui regroupe les dix membres de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (avec plus de 100 millions d'habitants), le français est dominant et en constante progression. En Afrique de l'Ouest, sur les 15 États membres de la CEDEAO, huit sont francophones, mais ils font face à l'influence déterminante de deux géants anglophones que sont le Nigeria et le Ghana. Au Maghreb, le français est en régression par rapport à l'arabe. Le champ est là, il faut rapidement y semer.

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Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue

LE PARLER FIÈREMENT

Tant que l'on utilisera le français avec fierté et en toutes circonstances, celui-ci demeurera une langue importante. Pour favoriser le français, il convient de bien l'enseigner et de bien le parler, d'éviter les raccourcis anglophones si fréquents: shows, chums, fun, stage, etc. J'ai même entendu à la radio un Français (de France) appeler les adolescents teenagers! Il ne sert à rien de se désoler de la prédominance de l'anglais dans les communications mondiales. Les rudiments de l'anglais sont relativement faciles à acquérir, contrairement au français, qu'il faut avoir étudié. Croyez-moi, j'ai appris les deux langues! Lorsque l'on déplore l'utilisation de plus en plus fréquente de l'anglais à Montréal, on ne tient pas compte que cet anglais-là, très appauvri, permet aux commerçants, dont ce n'est pas la langue maternelle, de communiquer un tant soit peu avec leurs clients. Essayez d'engager une conversation un peu élaborée: vous verrez que leur anglais se limite souvent aux considérations marchandes et utilitaires. Arrêtons de nous inquiéter: les statistiques démontrent que le nombre de personnes utilisant le français augmente dans le monde et avoisine 300 millions de locuteurs sur les cinq continents. Suffisamment pour communiquer dans la langue d'Anne Hébert!

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Raymond Gravel

Raymond Gravel

Prêtre - diocèse de Joliette

LE FRANÇAIS : UNE LANGUE INTERNATIONALE

Depuis plusieurs décennies, le français recule un peu partout dans le monde. Et dire que c'était la langue de la diplomatie! Je me souviens, au début des années 60, lorsque le pape Paul VI était allé aux Nations unies pour faire un discours. C'est en français qu'il s'est adressé à l'assemblée des nations réunies. Jean-Paul II y est allé lui aussi, et c'est en anglais qu'il a fait son discours. Comment faire pour redonner au français la place qui lui revient? Il faut d'abord l'apprendre, le bien parler et l'écrire correctement. Dans nos sociétés francophones, nous sommes tellement influencés par l'anglais que nous adoptons des termes et des expressions sans faire l'effort de les traduire dans notre langue. Aussi, il faudrait que nous exigions partout au Québec de nous faire servir dans notre langue. On aurait intérêt à lire les paroles de la chanson d'Yves Duteil, La langue de chez nous. C'est une langue belle à qui sait la défendre... Elle est littéraire, musicale et poétique.

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Richard Vigneault

Richard Vigneault

Consultant en communication et membre de L'Idée fédérale

VOLONTÉ ET RESPONSABILITÉ

Bien que la loi 101 a été, est et restera essentielle pour la promotion et la défense du français dans l'enclave nord-américaine qu'est le Québec, la vitalité du français dans le monde dépend surtout de la loi du nombre et de phénomènes qu'aucun pays n'est à lui seul en mesure de contrôler. Cela relève aussi de l'importance que chaque individu accorde à son patrimoine linguistique. Sans la volonté individuelle d'être fier de bien parler sa langue, de la faire vivre par la lecture, l'écriture, la culture et la valorisation de son histoire, les lois ne peuvent pas faire grand-chose. Combien de personnes s'en préoccupent? L'anglais est moins l'ennemi que nous-mêmes. L'empire britannique et l'influente puissance américaine de l'après-guerre ont largement contribué à répandre l'usage de l'anglais partout dans le monde. La mondialisation des économies, l'évolution rapide des moyens de communication et des nouvelles technologies sont des facteurs qui ont donné à l'anglais un statut de langage universel servant à faciliter la communication et le commerce. La plupart des pays et des grandes organisations internationales trouveront, sans le reconnaître, plus pratiques de recourir à l'anglais qu'au mandarin, au russe, au coréen, au norvégien ou au suédois pour ne mentionner que ces langues dans leurs échanges internationaux. L'effet pervers c'est que plus l'anglais est utilisé, plus les autres langues sont marginalisées. La volonté et la responsabilité de chacun seront plus utiles que l'indignation, n'en déplaise à Abdou Diouf, dans le dessein de préserver la langue française.

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Mélanie Dugré

Mélanie Dugré

Avocate

LA LANGUE DE NOTRE COEUR

L'internet, les médias sociaux, l'affichage commercial; tous nous confirment que le français se blesse sur les murs des gratte-ciel et contre les tours d'argent. Pourtant, elle est si belle, cette langue au refrain malhabile qui court dans les rues de la ville et la réponse ne devrait souffrir d'aucune hésitation : le français doit demeurer une des grandes langues internationales et il nous appartient, personnellement et collectivement, d'en faire notre cheval de bataille. Nos outils? Favoriser l'immigration en provenance de pays francophones et faire aimer notre langue à ces gens de partout venus trouver chez nous un goût de liberté. Une Charte de la langue française qui a du mordant s'impose: le gouvernement s'emploie depuis peu à donner à l'OLF le sérieux et la crédibilité qu'il mérite en augmentant le nombre d'inspecteurs et en durcissant la sévérité des sanctions. Mais toutes les actions législatives du monde ne pourront remplacer notre volonté personnelle et nos efforts concrets pour protéger notre langue française. Il faut pour la défendre, la parler et l'écrire de notre mieux et transmettre à nos enfants le désir de faire de même et l'engagement de ne jamais laisser mourir cette magnifique langue de France aux accents d'Amérique.

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François Bonnardel

François Bonnardel

Député de Shefford

SOYONS VIGILANTS

Si la situation du français s'améliore à l'échelle mondiale, elle est fort différente d'un continent à l'autre. En effet, le poids relatif de la langue française recule lentement en Europe et en Amérique depuis quelques décennies. Dans un monde où les échanges entre les peuples augmentent sans cesse et où la langue d'usage s'uniformise, il est normal que cela soit inquiétant. C'est pourquoi il nous faut à la fois défendre et promouvoir le fait français, tant par des lois solides que par une culture forte et vivante. Les gouvernements francophones à travers le monde ont tous un devoir de leadership afin de préserver leur identité linguistique, et d'en étendre les frontières. Au Québec, il nous faut montrer l'exemple : devant l'anglicisation de Montréal, l'Office québécois de la langue française doit se montrer très ferme et faire respecter la loi, surtout face aux commerces qui ne la respectent pas. L'ouverture sur le monde doit permettre aux différentes cultures de s'épanouir, tout comme la protection des langues ne doit pas mener à un repli sur soi. Le français demeurera sans contredit une des grandes langues internationales au cours des prochaines années, mais son lent déclin nous guette toujours si nous abaissons notre garde. Il nous appartient donc de tout mettre en oeuvre pour en assurer la vitalité.

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Commentaires (6)
    • Je suis américain et j'apprend le français comme langue seconde. De mon point de vue, je ne comprends pas l'idée que les gens doivent parler parfaitement une lange pour la protéger. Beaucoup de gens autour du monde parlent un anglais imparfait, mais ils le parlent quand même. Oui, c'est bon de parler correctement et personnellement je veux améliorer mon français. Mais c'est plus important que beaucoup de gens peuvent s'exprimer dans une langue qu'ils la parlent parfaitement.
      Pour protéger le français ici et dans le monde entier, il n'est pas nécessaire de faire une guerre contre l'anglais ou corriger tous les défauts de langage parlé parmi les francophones. Il faut inviter les non francophones à apprendre cette belle langue, même avec des erreurs.
      Mark Schafer
      Boston, USA

    • Faire la promotion du colonialisme français en Afrique pour contrer le colonialisme anglais en Amérique? Quelle ironie.
      Mike Bison

    • Je pense, avec beaucoup de tristesse, qu'à l'heure actuelle la langue de Baudelaire, Rimbaud et Proust est évanescente. Il faudrait beaucoup d'efforts et de volonté pour susciter et «allumer» un redressement draconien.
      Si nous les Québécois, nous voulons faire notre modeste part dans une éventuelle entreprise de redressement, il va falloir que notre défense de la langue de Flaubert (et de notre «jargon») soit quantitative et qualitative. Même remarque pour nos «cousins» français.
      Il faudrait que de plus en plus d'humains parlent la langue française. Mais il faudrait aussi que le «parler français» s'améliore qualitativement, du moins dans certains pays.
      En somme il faut que la langue de Voltaire et du camembert rayonne mondialement et soit appréciée et dégustée à cause de sa beauté, de son idiosyncrasie, du souffle, du feu et de «l'âme» qui l'habitent.
      Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias

    • La langue française devrait faire partie de nos moeurs, de notre culture. Nous devrions la défendre sur toutes les tribunes et se plaindre lorsque des animateurs télé et radio utilisent l'anglais à qui meiux-mieux. Je parle et j'écris cette langue de façon autodidacte. Certes je fais plusieurs fautes mais je tente et je m'éfforce d'en faire le moins possible. Il est impératif que nos politiciens, entre autres réalisent à quel point la langue de Molière est mal utilisée. Pourquoi un interlocuteur invité à l'ONU ne pourrait-il pas faire son discours en français? Ce serait là un premier pas dans la bonne direction.
      Jean Bottari

    • Je trouve pour ma part que cet argument fait un peut artificiel! La langue anglaise est devenue importante dans le monde par la force des choses. Le phénomène est apparut lentement dans le monde, par la compétition, la démographie, le hazard, l'économie, la culture, la simplicité et l'efficacité, pas nécéssairement dans cet ordre. L'important devrait être la liberté de choisir ce qui convient le mieux pour chacun. Si quelq'un désire utiliser exclusivement le Français, bien qu'il le fasse, mais j'aimerais qu'il me laisse la joie de parler et lire l'Anglais et apprendre ardument l'Espagnol, et qu'il ne me considère pas un traitre parce que je le fais!
      Robert Georges

    • Le Français une langue africaine ? J'habite en Afrique depuis 25 ans. Avec la généralisation de l'utilisation des transports motorisés le rayon d'action s'accroit et avec lui le besoin de communiquer avec un plus grand nombre de personnes ayant souvent une autre langue maternelle. Dans chaque pays une ou deux langues prennent le dessus, généralement des langues africaines. Les langues européennes qui servaient de mode presque exclusif de communication entre les élites au moment des indépendances cèdent progressivement la place aux nouvelles langues dominantes africaines. Sauf dans certain pays ou l'ancienne langue coloniale devient la langue commune de communication. Les conversations entre locuteurs africains ayant une langue maternelle différente et maitrisant bien le français se font de plus en plus dans la langue africaine dominante dans la région.
      Les langues africaines ont l'inconvénient de faire l'objet de très peu de publications et d'être généralement inconnues à l'extérieur de leurs régions d'origine. Il devient alors nécessaire pour toutes les personnes désirant lire ou communiquer avec l'extérieur de maîtriser une langue européenne. L'anglais offrant des perspectives intéressantes pour communiquer avec le reste du monde, fait progressivement sont apparition dans les pays francophones. Réussira t-elle à supplanter le français comme au Rwanda ? Difficile à dire, il faudra suivre l'évolution de l'intégration africaine et voir entre autre comment le Nigeria assumera son rôle en Afrique de l'Ouest. Il ne faut pas oublier le Mandarin qui fait timidement ses premiers pas...
      Michel Marceau

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