Où étais-tu, BIG?

L'inspecteur général de la Ville de Montréal, Denis Gallant.... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE )

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L'inspecteur général de la Ville de Montréal, Denis Gallant.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE 

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Yves Boisvert
La Presse

Hier, plusieurs se réjouissaient de voir le maire Denis Coderre blâmé par sa propre créature, le Bureau de l'inspecteur général (BIG).

Une belle manifestation d'indépendance de Denis Gallant, Monsieur BIG.

Désolé de casser le party, mais je ne suis pas du tout impressionné. Le BIG a été créé pour faire de la prévention, pas des autopsies. Ce rapport, impeccable sur le fond, arrive deux ans trop tard. Tout le monde et sa soeur sait depuis deux ans que la mairie tirait les ficelles de «Montréal c'est électrique». C'est en 2016, en 2017 que le BIG devait intervenir, pas six mois après les élections et neuf mois après la course devant des fantômes.

C'est un job de vérificateur général que vient de faire le BIG. Il a beau s'en défendre et dire qu'il n'empiète pas sur son terrain, il a beau le rédiger autrement, son rapport aurait parfaitement pu s'intégrer dans le travail de la vérificatrice générale, qui sortira le sien sur le même sujet.

En fait, sous des dehors de sévérité, le rapport du BIG est un exemple de complaisance institutionnelle. 

Tout ce qu'il détaille était évident depuis le début : l'empressement frénétique de Denis Coderre; l'imposition d'evenko comme promoteur; le fait que c'était non rentable, qu'à Paris, c'était gratuit et qu'à Montréal, il fallait payer; la création d'un organisme «à but non lucratif» pour rendre le tout non transparent, non vérifiable par les journalistes; la mairie qui tirait les ficelles...

C'était écrit sur les murs de la ville, dans le ciel, dans les journaux... Allo, BIG, où étais-tu? Où étiez-vous au temps chaud?

***

Le BIG, il est vrai, a enquêté à la suite de plaintes en 2016 sur des contrats entourant la Formule E : contrats d'asphaltage et d'acquisition de murets de béton, contrat de montage-démontage. Conclusion : ces contrats ont été donnés en respectant toutes les règles.

Mais c'est de son propre chef qu'il a enquêté sur le noeud du dossier : la gestion et la promotion de l'événement. Sauf qu'il l'a fait quand tout était fini. Or, l'essence même du BIG, c'est la prévention des dérapages. C'est d'empêcher que ces choses-là arrivent. Parce que, pour nous examiner un cadavre de mauvaise gestion et exposer les causes du décès d'un budget, on a déjà la vérificatrice générale. Pas besoin d'un dédoublement de rapports, même en prétendant rester campé sur des angles d'analyse différents. À la fin, c'est toujours bien juste une histoire d'OBNL créé sous la dictée du maire. On n'a pas affaire au mystère des pyramides.

***

Du premier jour il y avait lieu d'aller se mettre le nez là-dedans. Depuis des dizaines d'années, les municipalités utilisent le même maudit vieux truc cheap : on crée un organisme indépendant de la Ville, opaque, qui n'est en fait qu'une fiction juridique, et qui répond aux visées de la municipalité.

Tu es le BIG, tu vois ça arriver, tu dis : excusez-moi, je voudrais voir deux, trois trucs... D'autant qu'il avait enquêté sur les contrats périphériques. D'autant que le BIG a de très larges pouvoirs et une sorte d'aura. Imaginez quelques questions du BIG en 2016. Imaginez qu'il n'obtienne pas de réponse... imaginez une conférence de presse du BIG en 2016 qui s'inquiète de l'opacité du processus?

C'est à ce moment-là qu'il fallait montrer sa pertinence, son indépendance, son utilité. L'échec de la Formule E, c'est aussi un peu l'échec du BIG.

***

Pour ce qui est du contenu, il est difficilement contestable. Il donne des détails sur ce qu'on savait déjà. Denis Coderre a foncé dans ce projet-là pour être dans la ligue des grandes villes. Sauf qu'à Paris, Londres ou New York, c'est la Formule E qui demandait la permission. À Montréal, c'est la ville qui payait sa place dans le circuit.

Pour faire arriver les choses beaucoup trop rapidement, le maire a contourné les règles et imposé evenko. Un excellent organisateur d'événement, mais qui n'a pas eu à se soumettre à un appel d'offres. Il n'y avait pas d'argent à faire là comme promoteur, alors evenko a facturé le très gros prix pour organiser la FE. Et Montréal, en effet, s'est fait organiser...

Tassez-vous de là! Au diable la loi, on fonce!

Il n'y a dans le rapport aucun indice de malversation, malgré le contournement des règles. Sans doute Denis Coderre croyait-il faire oeuvre de pionnier en implantant cette nouvelle course, sans doute espérait-il une illusoire retombée internationale, la gloire qui vient avec. Et conséquemment, il a tourné chaque coin qu'il a trouvé le plus rondement possible, dans une sorte de précipitation chaotique. Il a joué, il a perdu, et il a essayé de le cacher.

Les Montréalais lui auraient peut-être pardonné un peu mieux d'avoir englouti ces millions s'il l'avait fait visière levée, en expliquant qu'il s'agissait d'un investissement, etc.

Il a prétendu que c'était déjà un succès, alors que tout le monde voyait que c'était un échec qui en annonçait d'autres.

On aurait juste voulu que le BIG se déniaise quand c'était le temps.




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