On attend les preuves...

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«Dans Le Journal de Montréal d'hier, on nous apprenait que le président du syndicat des policiers de Montréal, Yves Francoeur, "vise" deux anciens ministres libéraux : Raymond Bachand et Jean-Marc Fournier», rappelle Yves Boisvert.

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Yves Boisvert
La Presse

Sans doute, le Parti libéral du Québec a couru après. Il paie pour ses anciens péchés. Sa politique de financement largement illégale des années Charest-Bibeau le rattrape. Demander à chaque ministre de collecter 100 000 $ de dons annuellement a mené à des fréquentations douteuses et divers dérapages.

OK.

Mais avant d'insinuer que des élus ont commis des crimes de corruption, me semble qu'un minimum de faits un peu prouvés est requis, non?

Je suis vieux jeu, je sais.

Parce que c'est de ça qu'il s'agit ici : de corruption au plus haut niveau de l'État.

Dans Le Journal de Montréal d'hier, on nous apprenait que le président du syndicat des policiers de Montréal, Yves Francoeur, «vise» deux anciens ministres libéraux : Raymond Bachand et Jean-Marc Fournier.

Rien de nouveau sur le fond parce que M. Francoeur, ce printemps, dans une entrevue avec Paul Arcand au 98,5 FM, avait parlé d'une prétendue enquête sur deux ministres libéraux non identifiés. Une enquête mystérieusement stoppée par une supposée intervention politique.

Sommé d'agir, vu qu'il semblait «savoir» des choses, le syndicaliste policier a écrit une lettre de huit pages qu'il a envoyée à la Sûreté du Québec. Le JdeM a obtenu cette lettre et hier, les noms des deux ministres «suspects» étaient révélés.

Pour être bien clair, aucune nouvelle preuve n'a été apportée au dossier de cette supposée enquête supposément interrompue. Ce qui est nouveau, ce sont les deux noms qu'a fournis le syndicaliste policier.

Jusqu'ici, on cherche encore le boeuf, comme disent les Anglais. Jusqu'ici, tout ce qu'on a, c'est une lettre de M. Francoeur à la SQ... qui tente de soutenir ses propres déclarations imprudentes à la radio...

On disait quoi?

Ah! oui, les faits. C'est quoi, les faits?

***

Les faits, ben, les faits... en fait, on sait pas c'est quoi, les faits.

Faut pas blâmer M. Francoeur. Comprenez que M. Francoeur n'est pas un enquêteur et plus tellement une police. Il est président de syndicat depuis 12 ans. Il n'a enquêté sur rien dans cette histoire. Pas grave, il connaît des policiers! Des milliers!

M. Francoeur dit avoir «cinq sources». Quatre de ces sources, avance-t-il, affirment que les deux ministres libéraux ont participé à un cocktail de financement pour le PLQ au 1000 de la Commune - édifice à condos de luxe du Vieux-Montréal. Là, un «influent promoteur immobilier» aurait offert un don au PLQ en échange d'un avantage - ce qui serait un crime.

«Il serait question de développement et/ou de dézonage de terrains en retour de contributions au Parti libéral du Québec», écrit-il à ses collègues de la SQ.

Bon. Déjà, un promoteur qui s'adresse à des ministres du gouvernement du Québec pour un problème de zonage - qui relève du municipal -, ou bien il est mal conseillé, ou bien c'est un cocktail trop arrosé, ou bien il est désespéré. Mais on n'était pas là, ni vous ni moi, donc on s'en remet aux cinq sources de M. Francoeur qui disent ça à 80%.

Les deux ministres étaient Fournier et Bachand. Fournier nie les faits, mais se souvient de ce cocktail. Léger détail, ce n'est pas Bachand qui était là, c'était le défunt Claude Béchard.

Woup...

Bachand ou Béchard? Va savoir. Un moment donné, les noms, dans un cocktail... Pfff... Peut-être Bouchard? Bouffard? Bouchon? Bouffon? On sait pas, on sait pas, on n'y était pas. Un jour, le gouvernement menace de légiférer contre les pantalons de clowns que les policiers portent parfois comme moyen de pression; le lendemain, M. Francoeur fait ces allégations à la radio. Il y a tellement de hasards dans la vie...

***

Il reste encore la chose la plus grave à éclaircir. Est-ce que, comme l'a affirmé M. Francoeur, «aussitôt que les enquêteurs s'approchent d'un élu provincial, l'enquête leur est retirée par les boss»? On rappelle que Nathalie Normandeau, ex-vice-première ministre, subira bientôt son procès en cour criminelle. Mais si c'est vrai qu'on a interrompu une enquête policière visant deux ministres, bien entendu, c'est à dénoncer avec force. C'est gravissime. C'est de l'entrave à la justice.

Mais où est la preuve? Où sont ces «intervenants du système judiciaire» qui sont les sources de M. Francoeur? Ceux qui disent que les libéraux jouiraient d'une sorte d'impunité?

À ce jour, aucune nouvelle pièce au dossier n'a été apportée. Qu'une entrevue de M. Francoeur... et sa propre déclaration à la police.

La SQ annonçait hier qu'une escouade mixte était sur ce dossier, impliquant trois corps policiers.

Il faut maintenant que le résultat de cette enquête soit rendu public quand elle sera achevée, quel qu'en soit le résultat. On ne pourra pas se contenter d'une fin en queue de poisson. Ou bien des accusations sont portées, ou bien on nous explique pourquoi il n'y en a pas.

En attendant, quoi qu'on pense de MM. Fournier et Bachand, il y a une évidente injustice dans cette espèce de procès public dans lequel ils ne peuvent pas se défendre. L'accusateur n'a que du ouï-dire anonyme à fournir. S'il était un policier responsable, ce n'est pas à la radio qu'il l'aurait dit, mais à... la police. Pour que l'enquête ait lieu, que les preuves soient amassées. J'ai déjà dit que toute la démarche est irresponsable et pue la manoeuvre syndicale. Mais maintenant, il faut vider le sujet...

Et pour plus tard, je suis bien d'accord avec M. Francoeur sur au moins ceci : que la Directrice des poursuites criminelles et pénales et le commissaire de l'Unité permanente anticorruption soient nommés par l'Assemblée nationale, et non par le gouvernement.

Si c'est bon pour la présidente de la Commission des droits, afin de préserver son apparence d'indépendance, c'est bon pour ces deux institutions encore plus fondamentales.




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