Retour à la maison

Le Géorgien Amiran Papinashvili (en blanc) a éliminé... (Photo Toru Hanai, REUTERS)

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Le Géorgien Amiran Papinashvili (en blanc) a éliminé le Canadien Sergio Pessoa sans trop de peine.

Photo Toru Hanai, REUTERS

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Yves Boisvert
La Presse

(RIO DE JANEIRO) Avec ce terrible hiver brésilien qui nous est tombé dessus samedi, il faisait bon se mettre à l'abri dans l'aréna Carioca numéro 2, siège des compétitions de judo.

Il faisait tellement chaud, c'est pas mêlant, on se serait cru à Sotchi pendant les Jeux d'hiver.

Il y avait sur le tatami le Montréalais Sergio Pessoa, pour qui c'étaient les deuxièmes Jeux. C'était surtout un retour aux sources. C'est ici, au Brésil, qu'il a appris le judo. Son père Sergio était champion du pays et avait représenté le Brésil aux Jeux de Séoul en 1988, dans la même catégorie des moins de 60 kg.

À 4 ans, il apprenait ses premières prises dans un club de São Paulo. Mais à 16 ans, toute la famille a émigré au Canada et s'est retrouvée à Kedgwick, Nouveau-Brunswick. Ce sympathique village forestier de 993 habitants est peu renommé pour ses champions d'arts martiaux. Qu'importe, Sergio père a continué à entraîner Sergio fils, jusqu'à ce que la famille déménage à Montréal.

Toujours est-il que samedi, devant toute la famille, montée de São Paulo, Sergio portait les couleurs du Canada.

À peine ai-je eu le temps de m'asseoir à côté d'un groupe de Géorgiens fins connaisseurs que le combat était terminé. Le Géorgien Amiran Papinashvili a éliminé Sergio sans trop de peine.

Le judoka de 27 ans a juste entendu sa tante, elle aussi championne, mais surtout sa première entraîneure : « Tu peux garder la tête haute, Sergio ! »

Ça l'a touché. Mais ne lui demandez pas comment le combat a fini, il a oublié toute la dernière minute. « Il va falloir que je regarde la reprise, je me suis frappé la tête très fort. » Il a vu plus d'étoiles qu'il y en a sur le drapeau brésilien. Il est quand même venu parler aux journalistes... des deux pays.

Les Géorgiens, puissance en judo, ont un style unique, a-t-il expliqué. Dans un corps à corps, leur déhanché est foudroyant... « J'ai essayé d'augmenter le rythme pour lui faire faire des fautes, mais ça n'a pas fonctionné. » Il est d'ailleurs allé s'entraîner en Géorgie pour percer le mystère de cette technique. « Si tu veux gagner, tu dois t'adapter à tous les styles. »

***

Bien sûr qu'il voulait aller plus loin. Mais la victoire cette année, c'était de participer à... « ses » Jeux. Au mois de mai, c'était loin d'être acquis.

Dans ce métier, voyez-vous, on se blesse plus souvent qu'à son tour. Si je compte bien, il a subi quatre opérations aux genoux depuis sept ans.

« Demandez à n'importe quel athlète de haut niveau, pour se rendre au sommet il faut accepter la souffrance. J'en ai connu et je suis fier de ce que j'ai accompli. »

Au printemps, donc, personne dans l'équipe canadienne ne le voyait se qualifier.

« Mon père a été là pour moi. Il m'a remonté le moral. Il m'a dit : "Ne pense pas à ce que tu vis en ce moment, pense à ton objectif : Rio !" »

Il n'était pas question de concourir sous les couleurs du Brésil. « Ici, c'est la maison, mais le Canada me soutient, je vis au Canada. »

Alors, ça fait drôle de dire que cette défaite hâtive le force à retourner à la maison. Il y était déjà.

Maintenant, il pense à Tokyo 2020 : « Je n'ai pas atteint mon meilleur niveau ». Il pense surtout aller visiter sa grand-mère, qui deviendra arrière-grand-mère à l'automne, vu que Sergio sera père. On ne sait pas si sa fille s'intéressera au judo, mais on vous informe qu'elle s'appellera Camila, « un joli nom brésilien ».

AIMEZ-VOUS NOS JEUX ?

L'autre soir, des employés tout en bleu royal de « Rioluz », la compagnie d'électricité, s'affairaient autour d'un poteau. L'un d'eux s'interrompt et vient me voir. Je traduis ce que j'ai compris de mes rudiments de portugais et de gesticulation : « Et puis, comment vous trouvez ça ? C'est bien, Rio, hein ? C'est pas dangereux, c'est tranquille, n'est-ce pas ? »

Je n'ai pas fait d'enquête d'opinion scientifique, mais tout m'indique que la ville commence à être contente de ses Jeux qu'on avait dits horribles avant même l'ouverture.

Manifestement, un grand nombre de Cariocas ont à coeur la réputation de leur ville, passée dans le tordeur des médias internationaux. Ils sont très soucieux de faire bonne impression pour que le touriste revienne à la maison de bonne humeur après avoir fait la fête comme jamais.

On en profite pour faire un peu d'échange culturel et d'informations.

- Ah, vous venez du Canada ! Et l'hiver, c'est comment chez vous ?

- C'est pareil comme votre hiver, madame, sauf que nous, on l'a en été.

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