Raté, monsieur Couillard

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Yves Boisvert
La Presse

En politique, prendre la bonne décision trop tard, c'est comme prendre deux mauvaises décisions.

Philippe Couillard n'a pas réagi aux révélations d'Enquête sur Sam Hamad entre jeudi soir et samedi midi. Y en a, des heures, dans une journée politique...

Pendant tout ce temps-là, il a laissé son président du Conseil du trésor s'expliquer seul. Comme on a vu, il est difficile d'expliquer ce qu'on ne comprend pas...

L'inaction et le silence du premier ministre parlaient assez clairement. Ça voulait dire : y a rien là, on s'énerve pour rien, il n'y a pas matière à suspendre un ministre.

Samedi midi, sur le perron de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, en sortant de funérailles nationales, voici M. Couillard qui nous annonce le retrait temporaire de M. Hamad le temps que le commissaire à l'éthique enquête. Il redit sa confiance en M. Hamad.

Pourtant, aucune nouvelle information ne nous est parvenue entre la diffusion de l'émission Enquête et samedi. L'enquête du commissaire a été annoncée vendredi. L'opposition et les commentateurs ont mis de la pression sur le premier ministre. Et finalement, M. Hamad « décide » de se retirer temporairement... mais c'est le premier ministre qui l'annonce.

Ce n'est rien, deux jours. Et pourtant, ces deux jours nous disent que le premier ministre a d'abord balayé du revers de la main cette « vieille histoire ». Mais comme l'histoire ne disparaissait pas, il a « décidé » de demander à Sam Hamad de « décider » de se retirer.

Dans un hold-up, est-ce que le caissier « décide » de remettre l'argent ? Sans doute, mais s'il « décide » autrement, c'est risqué...

***

On dirait qu'au bureau du premier ministre, on n'a pas encore compris que la « marque » libérale est malade, qu'on y accole le mot « corruption », même si c'est écrit « nouvelle administration ». L'arrestation par la police de Nathalie Normandeau et de Marc-Yvan Côté remonte à moins de trois semaines !

Il ne s'agit pas pour le premier ministre de condamner sans procès Sam Hamad. Il s'agissait de dire : à la lumière des allégations, vu nos exigences éthiques élevées, j'ai demandé à Sam Hamad de se retirer le temps que la lumière soit faite sur les faits.

Ce n'est pas détruire la présomption d'innocence. C'est affirmer clairement que le gouvernement ne tolère aucun accroc à l'éthique, vu les abus révélés par la commission Charbonneau, etc. Et que le message doit être envoyé au public comme aux membres du gouvernement.

L'occasion était belle. Philippe Couillard l'a ratée.

***

Parlant de présomption d'innocence, les faits révélés ne prouvent aucun crime. Ils soulèvent de sérieux problèmes éthiques et juridiques - un geste peut être illégal sans être criminel, ça dépend quelle loi on décide de violer !

Que voit-on à l'oeuvre dans les courriels qui remontent à 2008 ? La même maudite vieille machine à financer la politique illégalement : un dirigeant (Marc-Yvan Côté) embauché par une entreprise prometteuse pour ses contacts ; un politicien qu'on sollicite sans passer par les canaux de lobbyisme légal ; des contacts avec le politicien pour obtenir de l'information et qu'il fasse pression ; le sentiment de devoir « faire une contribution significative » à son cocktail de financement.

On voit dans des bouts de phrases de Marc-Yvan Côté ce je-ne-sais-quoi qui suggère une conscience vaguement coupable. Il est question de « protéger notre ami » (Hamad), de lui parler sur « un téléphone régulier »... Ah, rien pour condamner quelqu'un. Juste cet environnement un peu gluant qu'affectionnent les tireurs de ficelles et les transporteurs d'enveloppes de cash, comme le fut jadis M. Côté de son propre aveu.

***

Premier Tech, la société d'horticulture et d'agriculture pour laquelle Marc-Yvan Côté sollicitait Sam Hamad, est un authentique « fleuron » économique du Bas-Saint-Laurent. Personne ne pense que le soutien d'Investissement Québec ou d'autres filiales de l'État n'était pas approprié. Le fédéral comme Québec l'ont aidée à se développer.

Ce n'est pas non plus un crime ou un accroc à l'éthique pour un ministre de plaider pour un dossier économique. Sam Hamad dit qu'il croyait en Premier Tech. La question n'est pas là.

La question est de savoir comment s'obtient l'accès à ceux qui décident. Ce que laissent supposer ces courriels de Marc-Yvan Côté et d'autres dirigeants de la société, c'est que cet appui se faisait au prix du financement politique de Sam Hamad.

L'excuse du ministre suspendu selon laquelle ce n'est pas à lui de vérifier si son interlocuteur est inscrit au registre des lobbyistes ne tient pas. C'est comme dire : je paie mes travaux en cash, ce n'est pas à moi de vérifier si mon entrepreneur paie taxes et impôts. Eh, ce lobbyiste-là n'avait même plus le droit d'être un libéral fédéral !

Dans ses réponses, M. Hamad a montré qu'il ne comprend pas au moins l'esprit des lois qu'on a votées à la pelletée depuis cinq ans pour hausser les normes éthiques.

Par le délai qu'il a mis à écarter celui qui tient les cordons de la bourse de l'État, le premier ministre a montré qu'il ne comprend pas à quel point les Québécois sont écoeurés de ça.

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