Mères porteuses... mais bénévoles

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Yves Boisvert
La Presse

Acceptons la réalité des mères porteuses... Mais seulement si elles sont bénévoles.

C'est la position angélique du Conseil du statut de la femme.

Au nom du réalisme, le Conseil suggère que la loi reconnaisse le phénomène, pour le sortir de la clandestinité. Mais à une condition : que la mère porteuse le fasse par pur « altruisme ».

Levez la main, mesdames, si ça vous intéresse... Pas toutes en même temps, s'il vous plaît ! J'ai peine à compter...

Il y a quelque chose de répugnant en effet à louer son utérus, n'est-ce pas ? Ça reviendrait à « mettre son corps sur le marché » et à « s'acheter un enfant », disait hier le professeur Alain Roy, spécialiste du droit de la famille.

À ce compte-là, l'adoption internationale devrait aussi se faire à titre gratuit. Je partage instinctivement cette répugnance, mais dans cette logique puritaine, n'est-ce pas « s'acheter un enfant » que de verser des milliers, sinon des dizaines de milliers de dollars, à un orphelinat ou à une agence du bout du monde ? Est-ce qu'un échange d'argent rend l'acte immoral ? Ne faut-il pas défrayer... Et compenser ? Où tracer la ligne financière ?

Le plus drôle dans cet avis vertueux du Conseil du statut de la femme est qu'il est rédigé sur la base d'une « éthique féministe ».

Il me semble pourtant que tout travail mérite salaire. Et que de porter l'enfant d'un autre, c'est un sacré travail, c'est donner de soi sacrément. Ça devrait se payer, non ? Je veux dire : si on accepte que des gens fassent ça, pourquoi les contraindre à une abnégation presque religieuse ?

Me semble qu'il y a quelque chose de pas féministe du tout à dire aux femmes : vous pouvez le faire, mais seulement par générosité. Ça me semble en fait le comble de l'asservissement corporel. Votre grossesse pour autrui n'est acceptable que si vous n'êtes pas payée. Quelque chose comme le recyclage du mythe de la maternité mystique, que les féministes ont tant dénoncé... 

*** 

Actuellement, le Code civil du Québec stipule que les contrats de mère porteuse sont nuls de nullité absolue. Ce qui signifie qu'on ne peut pas aller en cour pour réclamer son argent... ou « son » bébé après une entente de mère porteuse qui tourne mal.

D'autres provinces ont une loi plus souple, mais le fédéral a adopté une loi qui criminalise la rémunération des mères porteuses. En 12 ans, une seule poursuite a été intentée, bien que les sites soient nombreux. Mais des peines de prison allant jusqu'à cinq ans sont prévues dans la loi !

Résultat : ça se fait semi-clandestinement. Ou dans un autre pays.

Il n'est donc pas inutile de revenir sur le sujet pour tenir compte de la réalité. Mais on ne règle rien si on dit aux mères porteuses qu'elles ne peuvent toucher de l'argent. Même celles qui le font par pur « altruisme », si une telle chose existe, devraient avoir droit à autre chose qu'un remboursement de frais sans risquer l'illégalité. On en viendra forcément à une situation semi-légale plutôt que semi-clandestine : hypocritement, on fera croire que les contrats sont à titre gratuit.

C'est un peu comme dire : tenons compte de la réalité, la prostitution a toujours existé, elle existera toujours, permettons-la, mais sans argent - oui, bon, on pourrait rembourser quelques frais, une partie du loyer, les condoms, l'électricité, mais pas plus ! Il s'agit du commerce du corps, après tout !

Une loi qui ne tient pas compte de la réalité, comme la loi fédérale actuelle, est condamnée d'avance. Elle devrait être modifiée, le Conseil a raison.

Elle ne devrait pas être remplacée par une solution sortie d'un monde imaginaire où les gens agissent sans intérêt. Ou inspirée d'un catholicisme refoulé qui voudrait nous convaincre que l'argent salit nécessairement les rapports humains.

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