Si les sports de contact veulent survivre

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Yves Boisvert
La Presse

Que va-t-il rester du hockey dans 50 ans ? Du football ? De la boxe ?

Des poursuites record, des condamnations, des études scientifiques chaque fois plus inquiétantes... Pas une journée ne passe sans que les dangers des sports de contact ne soient soulignés.

C'est presque ridicule de s'interroger sur l'avenir du football au lendemain du 50e Super Bowl. L'événement ne fait que grossir chaque année. Ce sport est si profondément ancré dans la culture américaine qu'on ne l'imagine pas disparaître un jour. Même chose pour le hockey au Canada.

En même temps, on ne peut pas penser que ces sports peuvent continuer comme si de rien n'était. Parce que les organisations connaissent les dangers. Les joueurs aussi. Tout comme ces grands fournisseurs, pourvoyeurs et transporteurs de talents : les parents.

***

On n'accepte plus comme un risque du métier les conséquences d'un coup illégal à la tête ou dans le dos. Le jugement de 8 millions rendu la semaine dernière par la Cour supérieure du Québec n'est que le plus récent exemple de cette nouvelle conscience.

Quand on lit la description faite par le juge Daniel Payette de la mise en échec subie par le jeune Andrew Zaccardo, on la voit au ralenti. Il en décompose la mécanique pour illustrer qu'elle était intentionnelle, dangereuse... et fautive.

À première vue pourtant, en la visionnant, la séquence vidéo de quelques secondes ressemble à mille autres mises en échec illégales. De celles qui nous font dire « ouch » dans les gradins, mais qu'on oublie vite. Elle n'est pas particulièrement vicieuse à l'échelle de la violence du hockey.

Et pourtant, une ligne vient d'être tracée par ce jugement. Au-delà de ses conséquences financières possibles, cette décision peut avoir un effet majeur sur l'encadrement des mises en échec à tous les niveaux de jeu. Et sur la pratique du hockey.

Le concept d'obligation de protéger vient d'être énoncé avec force.

Être obligé de protéger celui qu'on a le droit de frapper, ça ressemble à une contradiction dans les termes. Si on est de la vieille école, sans doute. Celle qui disait : ceux qui jouent la tête baissée le font à leurs risques. Pourtant, une mise en échec « légale » n'a jamais été destinée à faire mal ou mettre en danger ; le but est censé être de récupérer la rondelle. Ça se fait en « protégeant » l'adversaire.

Cette vieille école doit mourir si le hockey et les autres sports de contact veulent survivre. C'est écrit dans le ciel et dans les jugements.

J'ajoute que la version sans contact de ces sports devrait prendre de plus en plus de place. Quel est le gain pédagogique ou sportif de la mise en échec dans une ligue de hockey scolaire ?

***

La science nous dit presque chaque jour que les commotions cérébrales sont plus nombreuses qu'on ne croyait dans les sports de contact. Elle nous dit aussi que les dommages à long terme au cerveau des commotions répétées peuvent être catastrophiques.

Lundi - un exemple parmi d'autres -, une étude ontarienne montrait une hausse marquée du risque de suicide chez les personnes ayant subi une commotion cérébrale.

En décembre, une étude de la Clinique Mayo montrait que les gens ayant pratiqué un sport de contact dans leur adolescence avaient de fortes probabilités d'avoir subi des dommages cérébraux.

On continue ?

***

Même Hollywood, avec Concussion, a fait entrer officiellement dans la culture populaire l' « encéphalopathie traumatique chronique », ETC pour les initiés. Le film raconte essentiellement ce que révélait le documentaire d'enquête de PBS League of Denial, en 2013. Quoi ? Que les coups à la tête et au corps répétés subis par les joueurs de football - en particulier les joueurs de ligne - finissent par détruire lentement leur cerveau. Que la ligue a été informée de la situation mais a surtout tenté de nier le problème, les enjeux financiers étant colossaux. C'est l'essence même du sport qui est mise en cause par ces révélations. Un recours collectif d'anciens joueurs a été réglé pour 1 milliard l'an dernier, mais d'autres procès sont en attente.

Ces découvertes sont relativement récentes chez les joueurs de football : il a fallu qu'on examine le cerveau de plusieurs joueurs après leur mort avant d'observer la prévalence de cette maladie. Mais depuis les années 20, on a observé les mêmes déformations du cerveau chez les boxeurs. On lui avait même donné le nom de « démence pugilistique ». Les symptômes : pertes de mémoire, problèmes de comportement, Parkinson... Maintenant, on appelle ça l'ETC.

***

On n'a pas besoin d'être neurologue pour deviner qu'un métier consistant à échanger des commotions cérébrales est hautement risqué. Tout le monde « sait » ça depuis longtemps au sujet de la boxe : on y joue sa vie. On ne peut pas vraiment dire aux boxeurs de protéger l'adversaire, l'idée étant de l'étendre au plancher...

Mais le football ? Un sport emmaillé au monde scolaire ? Le hockey, sport national ? Le message de la sécurité ne passe qu'à moitié. On ne veut pas trop l'entendre. C'est une vérité désagréable.

Ce que les scientifiques n'ont pas réussi à faire entendre, les tribunaux sont en train de le répéter autrement.

C'est le temps d'écouter, du hockey mineur jusqu'au sommet de la LNH, qui, par exemple, refuse encore de bannir les bagarres.

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