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Le juge Carol St-Cyr a condamné l'ancienne lieutenante-gouverneure... (PHOTO JEAN-MARIE VILLENEUVE, LE SOLEIL)

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Le juge Carol St-Cyr a condamné l'ancienne lieutenante-gouverneure Lise Thibault à 18 mois d'incarcération pour fraude et abus de confiance.

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Yves Boisvert
La Presse

Le juge Carol St-Cyr n'est pas tombé dans le panneau de la sensiblerie, et c'est une bonne nouvelle.

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Le juge Carol St-Cyr a condamné l'ancien lieutenant-gouverneur Lise Thibault à 18 mois d'incarcération pour fraude et abus de confiance.

Photo Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

Après des années d'abus de fonds publics et d'abus de confiance, Lise Thibault s'est essayée dans un nouveau genre : l'abus de handicap et de grand âge.

Jouant sur son état de santé « fragile », ses 76 ans et sa condition physique, l'ex-reine imaginaire voulait une peine « dans la collectivité ».

Comme, selon son avocat, elle est déjà recluse pour éviter de croiser le regard du public, une peine purgée à domicile serait... pas de peine du tout.

La peine d'un an et demi (plus 300 000 $ de remboursement) sera donc purgée en prison. Non pas parce qu'elle est un danger public. Ni parce qu'elle risque de récidiver. Ou qu'elle a un lourd passé judiciaire.

Mais simplement parce que dans ces cas, les tribunaux doivent dire clairement la gravité du geste. Le dénoncer.

La femme a détourné « au moins » 430 000 $ d'Ottawa et de Québec en dépenses personnelles et n'a jamais donné le moindre indice d'une prise de conscience.

Il est vrai qu'on a vu bien pire. Il est vrai qu'elle n'a pas tout engrangé ; elle a même distribué de l'argent à travers sa fondation.

Mais l'opération a duré 10 ans et elle a tout fait pour masquer la vraie nature de ses dépenses. Si on lui refusait des dépenses d'hébergement pour ses filles, elle récrivait la note de frais et déguisait l'événement.

Bref, c'était dans la durée, c'était prémédité, et ça émanait d'une personne dont on attend très officiellement une « haute moralité ».

Cette trahison-là est plus grave que celle d'un fraudeur ordinaire.

La «punition» médiatique

Un des grands classiques au moment d'infliger la peine d'une personne connue est la théorie de la punition médiatique.

Évidemment, plus vous êtes connu, plus les médias risquent de se régaler de vos déboires. C'est parfois injuste, c'est souvent exagéré.

Mais quand on fourre le public aussi joyeusement, pour ainsi dire, on est un peu malvenu de se plaindre d'attirer l'attention.

Comme le dit bien le juge, si les médias en ont remis, c'est bien parce qu'elle-même a sombré dans le grotesque en allant plaider une immunité absolue à titre de représentante de la reine.

C'est Lise Thibault qui s'est ridiculisée par cet argument du XVe siècle, c'est elle qui a étiré jusqu'à l'absurde les débats, c'est elle qui a tout fait pour retarder au maximum le jour de son inévitable condamnation. Ça ne vous mérite pas une remise de peine en plus !

« [Mme Thibault] ne peut à la fois utiliser les moyens juridiques auxquels elle a droit et en même temps se plaindre du sort que les médias lui font subir. », a dit le juge St-Cyr.

Mieux encore : elle a plaidé comme « facteur atténuant » son aveu de culpabilité.

Les juges, en effet, tiennent compte de la collaboration des accusés, quand ils évitent de longs procès et font en même temps preuve d'une forme de prise de conscience, sinon de remords, en admettant leurs torts, serait-ce pour la galerie.

Mais elle ? !

Lise Thibault a plaidé coupable... après 33 jours de procès ! Et après cinq ans d'avocasseries pathétiques ! On ne va quand même pas la féliciter de hisser le drapeau blanc en plein milieu d'un contre-interrogatoire où elle coulait...

L'avis d'appel est déjà déposé - à ses frais, bien qu'elle ait voulu faire payer ses honoraires par le public. Elle retarde donc encore un peu son entrée en prison. Mais avec un jugement aussi bien ficelé, ses chances sont minces.

Elle aura au moins exposé la vétusté de cette fonction, dont elle a avalé près des deux tiers des coûts pour tout le Canada. Et à la rapprocher le plus possible de l'insignifiance, à défaut de changer de constitution.

Elle a aussi exposé la difficulté chronique des tribunaux à rejeter rapidement les requêtes loufoques et dilatoires, sous prétexte qu'on a le droit de les présenter.

Mais on ne la remercie pas, on le savait déjà.

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