La vraie UQAM se lève

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Yves Boisvert
La Presse

Hier encore, le petit gang encagoulé est entré dans des pavillons de l'UQAM, a fait du bruit, intimidé et cassé au moins une fenêtre.

Ça doit être la faute du recteur.

Ah, ce vilain Robert Proulx. Un homme qui a choisi «la répression» plutôt que «le dialogue», déplore le député Amir Khadir.

Certes, M. Khadir «réprouve la violence» et n'aime pas le saccage de l'UQAM. Mais pour lui, la responsabilité incombe avant tout à ce sombre administrateur, qui a commis «erreur sur erreur».

Le syndicat des profs de l'UQAM, qui s'est rangé derrière la minorité d'étudiants en grève, a même demandé la démission du recteur. Rien que ça!

Ils sont des tenants de la théorie du «sanctuaire», voyez-vous. On ne doit sous aucun prétexte laisser entrer la police dans une université, une tradition qui remonterait au Moyen Âge.

Tout ceci est évidemment de la fumisterie intellectuelle. Si les universités d'il y a 800 ans voulaient être à l'abri de l'État, ce n'était pas pour laisser les vandales y détruire le mobilier et empêcher la transmission du savoir. C'était pour enseigner librement.

«Si sanctuaire il y a, c'est celui de la pensée», écrivait hier Lise Bissonnette, présidente du C.A. de l'UQAM, en soutien au recteur.

Ce n'est donc pas la police qui viole ce sanctuaire, ce sont les personnes encagoulées qui ont substitué «le hurlement à la parole», pour reprendre l'expression de Mme Bissonnette.

***

Que sait Amir Khadir du dossier des neuf étudiants menacés d'expulsion? Qui est-il pour dire que cette mesure n'est pas justifiée ?

Si le recteur a commis des erreurs, c'est bien d'avoir laissé les intimidateurs pourrir le climat dans certains départements de sciences sociales. Et c'est de ne pas avoir sévi avant, puisque tout ceci germe depuis des mois.

Maintenant qu'il applique les règlements disciplinaires en plein conflit, il a l'air de faire des sacrifiés, alors qu'il ne fait que son devoir.

Il met «de l'huile sur le feu», se lamente le député Khadir. Au contraire, il a laissé flamber, justement de peur de se faire accuser d'oppression!

Il a fallu des jours pour utiliser l'injonction.

Quel dialogue voulez-vous avoir avec des gens qui se donnent le droit non seulement de fermer leur département, mais de fermer les autres, majoritaires, qui ont voté contre la grève?

En cas de violation de domicile, est-ce que M. Khadir suggère la thérapie de groupe plutôt que le 911?

Qu'est-ce que ce génial exécutif syndical défend, au juste? Certainement pas l'excellence universitaire. Certainement pas la libre discussion et transmission des idées. Certainement pas la science.

***

Heureusement, une autre UQAM, la meilleure, la «vraie» sans doute, a pris la parole puissamment hier.

En quatre jours, 184 profs se sont réunis virtuellement et ont signé une lettre pour désavouer leur propre bureau syndical.

Ils rappellent que le mercredi 8 avril, plusieurs actes de violence et de vandalisme ont été commis mettant en cause l'intégrité physique et académique de l'établissement. Appeler la police aurait été exagéré? Ne rien faire l'aurait été bien davantage!

Ceux-là se soucient de la réputation de l'UQAM. Ceux-là veulent dire que l'UQAM, ce n'est pas «ça», ce climat de violence «insupportable».

Comment le syndicat peut-il se prononcer contre la décision de sécuriser l'université?

«La tempête financière qui agite et met en péril l'avenir des universités québécoises ne se réglera pas par le saccage de l'UQAM», écrivent-ils.

Devant une pareille lettre de désaveu, m'est avis que c'est la présidente du syndicat des profs qui devrait démissionner.

La voilà, l'huile sur le feu: ce bureau syndical qui appuie moralement les personnes encagoulées foutant le bordel, qui donne un semblant de légitimité intellectuelle aux intimidateurs.

Ces 184 profs, eux, savent le mal qui est fait à l'UQAM en ce moment. Il dépasse de loin le coût du vandalisme et de la sécurité.

C'est un coût de réputation. Une réputation patiemment construite après des années 70 turbulentes. Et à laquelle ils sont attachés viscéralement.

L'école de gestion ne veut plus porter le nom «UQAM». Les étudiants sérieux, ou les étudiants étrangers qui paient 10 000$ par année, auront-ils le goût de ne jamais savoir si leur session sera étirée, comprimée, annulée parce qu'une poignée de comiques s'est trouvé un «sanctuaire» ?

Les meilleurs vont voter avec leurs pieds sans faire de bruit. La spirale de la médiocrité va commencer. Les fonds de recherche et autres seront touchés. Après quoi le syndicat des profs accusera le recteur, sans doute.

C'est ça, qui est grave, c'est ça qui est en cause. Pas le droit inaliénable de fermer la gueule aux profs de tous les départements.

Il était temps que cette «vraie UQAM», qui méprise tout autant les compressions budgétaires, se lève et fasse honte à son syndicat.

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