Morte d'avoir été amérindienne

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Yves Boisvert
La Presse

Elle s'appelait Makayla. Elle avait 11 ans et elle morte lundi. Morte de leucémie.

Mais morte surtout parce qu'un juge a inventé un droit constitutionnel des parents des Premières Nations à refuser des traitements médicaux pour leurs enfants.

Un jugement scandaleux, mal fondé, qui met en danger la vie de tous les enfants autochtones au Canada - comme s'ils n'avaient pas assez de problèmes comme ça.

Makyala, une jeune Mississauga d'Ontario, était atteinte de ce cancer du sang. Elle avait entrepris une série de traitements de chimiothérapie l'été dernier. Des traitements difficiles qui devaient durer plusieurs semaines. Mais des traitements qui sont les seuls connus.

Au mois d'août, les parents ont décidé de retirer Makayla du programme de traitements, estimant qu'on était en train de l'empoisonner. Pour eux, d'ailleurs, la mort de leur enfant est attribuable aux traitements de l'été dernier.

Eux avaient plutôt opté pour des traitements ancestraux et «alternatifs».

Les médecins de l'Hôpital McMaster pour enfants de Hamilton, très inquiets, ont alerté la Cour supérieure de l'Ontario pour forcer la continuation des traitements. Selon les médecins, les chances de survie de l'enfant étaient de 90 à 95% avec la chimiothérapie. D'autres avancent 75%. Quoi qu'il en soit, ce traitement a un long historique de succès.

***

C'est là qu'est intervenu le juge Gethin Edward. Devant une preuve médicale aussi convaincante, il semblait peu douteux que le juge allait faire primer le droit à la vie de l'enfant.

Au fond, l'affaire est exactement comme celles des témoins de Jehovah qui refusent les transfusions sanguines pour leurs enfants pour des motifs religieux. Les tribunaux, jusqu'à la Cour suprême, tranchent systématiquement en faveur du droit à la vie de l'enfant. Un adulte peut bien refuser un traitement médical vital s'il le veut, mais il ne peut imposer son choix à ses enfants, même au nom de la religion.

N'était-ce pas la même chose ici? En fait, non, c'était encore plus clair. Au moins, le témoin de Jehovah peut faire valoir un droit garanti dans la Charte canadienne: la liberté de religion.

Dans le cas des parents de Makayla et de la bande qui défendait leur choix, ils invoquaient l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Que dit-il? Que «les droits existants - ancestraux ou issus de traités - des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés».

De cet article très large sont issus de très nombreuses revendications autochtones et tout un corpus de jugements. Que ce soit sur les droits de pêcher le homard au Nouveau-Brunswick, le saumon en Colombie-Britannique, de chasser dans le parc des Laurentides, de réclamer des droits miniers ou territoriaux, etc. Il s'agit généralement de reconnaître un titre de propriété concédé par les Européens dans les siècles passés, ou des usages remontant au temps précolonial.

Mais un droit des parents à la médecine ancestrale pour leurs enfants? On n'avait pas encore plaidé ça. Le juge Edward se fonde sur une affaire où un pêcheur autochtone a été acquitté de pêche illégale: l'homme exerçait un droit ancestral de commercer le poisson. De la même manière, dit-il, la médecine traditionnelle autochtone remonte à la nuit des temps, bien avant l'arrivée des Européens. La preuve: une légende des Six Nations citée par le juge, qui parle de la Femme du Ciel, en fait mention. Il n'y a pas de doute non plus que ces coutumes de soins font partie intégrante des pratiques de la nation en question.

Le juge en conclut donc que les parents ont le droit d'entreprendre ces traitements ancestraux et rejette la demande de traitements forcés de l'hôpital.

***

La conclusion est d'autant plus révoltante qu'il n'est question nulle part du droit à la vie de cet enfant - tout aussi garanti dans la même Constitution.

La question ici n'est pas de savoir si les Premières Nations ont «droit» aux traitements ancestraux. Ou s'il faut respecter les coutumes, les traités ancestraux. La question est de savoir si l'on peut faire fi d'une preuve de danger de mort imminent pour un enfant pour faire prévaloir le droit à ces traitements ancestraux.

Le plus ironique, c'est que l'essentiel des traitements de l'enfant ont été administrés dans un centre «holistique» floridien, nullement autochtone.

Chaque adulte est libre de choisir et de refuser ses traitements. Mais un enfant de 11 ans devrait avoir le droit, dans ce pays, d'être protégé par la justice quand on met sa vie en danger.

Pour le juge Edward, ça ne s'applique pas aux enfants des Premières Nations.

Tout ceci est de la négligence criminelle légalisée, enrobée de bons sentiments.

Quelle tristesse. Quelle bêtise. Quelle honte.

Pour joindre notre journaliste yboisvert@lapresse.ca

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