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L'hélico a fait son temps

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Yves Boisvert
La Presse

Voilà donc les trois évadés de retour à la maison, avec la cote S5 et des repas froids pour un bout...

Pour montrer que «le gouvernement agit», on ne manquera pas d'envisager l'installation de fils d'acier au-dessus de la cour des prisons.

Pensez donc: deux évasions en hélicoptère en 15 mois!

C'est drôle, je pense exactement le contraire. La morale de cette histoire, c'est que les évasions en hélicoptère... ça ne fonctionne pas. Pas longtemps.

Les premiers, il y a 15 mois, ont été capturés quelques heures seulement après leur évasion. Les trois fugitifs d'Orsainville, eux, ont eu droit à deux semaines de cavale. Mais ce n'est pas vrai qu'on s'embarque pour le Costa Rica en volant de nuit de la prison de Québec avec un hélicoptère vert. C'est très repérable, très bruyant, très encombrant, ces jouets-là. Et après... faut se cacher.

N'atterrit pas dans une cour de prison n'importe quel pilote, au fait. Bien hâte de savoir quel expert était aux commandes de l'appareil.

Avant de se pencher sur des mesures compliquées et coûteuses, il faudrait d'abord savoir qui a relâché la sécurité et pourquoi, vu que le complot était connu. L'intelligence, comme on dit chez les espions, c'est toujours la meilleure défense.

Pour les évasions, faudra trouver autre chose. C'est dommage, parce que vraiment, l'hélico, ça fait rêver.

Des sous-marins, alors?

Courrier des canards

Il n'était pas midi et j'avais déjà 100 courriels, majoritairement de protestation, pour ma chronique sur «l'affaire des canards». Pour un samedi, c'est beaucoup...

Deux éléments viennent brouiller notre jugement dans cette histoire. L'amour des animaux. Et la haine de la moto.

Je vous rappelle les faits essentiels. Vers 19h30 un 27 juin, une dame circule sur l'autoroute 30. Elle aperçoit une famille de canards égarée sur le pavé. Elle immobilise son véhicule en plein milieu de la voie de gauche - donc sur l'autoroute proprement dite, pas sur l'accotement. Elle descend. Court après les animaux pour les emmener et leur sauver la vie. Elle n'y parvient pas. Une bonne trentaine de secondes s'écoulent. Quand elle retourne à sa voiture, une motocyclette a foncé dedans. Le chauffeur et sa fille sont morts.

La dame a été déclarée coupable par un jury, vendredi, de négligence criminelle causant la mort et de conduite dangereuse causant la mort.

J'ai dit que c'était un verdict parfaitement raisonnable, probablement le seul possible.

«C'est un ACCIDENT!» me dit une lectrice outrée.

Pas tout à fait, madame. Oui, dans le sens que c'est un événement soudain et imprévu... mais il est prévisible qu'en se GARANT (moi aussi j'écris gros des fois) sur l'autoroute, on peut... causer un accident mortel. Tout le monde sait ça. Une personne moyennement prudente ne ferait pas ça.

«Mais alors, si cette pauvre dame était tombée en panne?» demande un autre lecteur. Une panne est décidée par le moteur, on n'y peut rien. Elle n'aurait jamais été accusée.

«Imaginons que c'est un enfant qu'elle ait voulu sauver», suggère un autre.

Il est évident que si une vie humaine est en jeu, cela change complètement la donne. Ce ne serait pas une bonne idée de s'immobiliser en pleine route, mais on peut imaginer que ce ne serait pas de la négligence criminelle. Faut voir... «les circonstances».

«J'aurais fait la même chose!» m'écrit Hélène.

C'est votre choix, madame, mais j'aimerais beaucoup connaître vos itinéraires et vos déplacements pour les prochaines semaines, afin d'éviter ces routes et si possible d'alerter les automobilistes.

«Moi j'arrête souvent pour les animaux!» me dit un autre.

Moi aussi, monsieur. Mais elle n'a pas freiné brusquement pour un orignal ou une marmotte. Ce n'était pas un geste spontané. Elle a stationné l'auto.

«Qui sait si cette moto n'aurait pas eu un accident plus loin?» Voilà une hypothèse gratuite. Le conducteur de la moto ne suivait pas de près l'automobile: elle a passé plus de 30 secondes en dehors de sa voiture!

Il y a aussi le désormais classique «pendant ce temps-là Guy Turcotte tue ses enfants et s'en tire!»

Faut-il donc que les policiers cessent de distribuer des contraventions jusqu'à la fin du deuxième procès Turcotte? À l'échelle des horreurs judiciaires, ça ne fait pas le poids, j'avoue. Mais à ce compte-là, fermons aussi les prisons jusqu'à ce que Turcotte soit condamné... Les vols, les fraudes, c'est de la petite bière!

D'autres vont plus loin dans la philosophie judiciaire: pendant ce temps, me dit Mme Mandeville, la MMA, les fabricants de boissons gazeuses ou de produits chimiques dangereux ne sont pas accusés de «négligence criminelle». Encore là, une grande injustice passée ou présente doit-elle empêcher la police de faire enquête sur les «petites» affaires?

Je signale pour finir que Mme Emma Czornobaj était défendue par un excellent avocat, Marc Labelle, le même qui a défendu Lise Thibault. Et c'est un jury de gens ordinaires qui était chargé de dire si son comportement montrait un «écart marqué» par rapport à ce qu'une personne raisonnable aurait fait.

Je sais que le Code criminel parle d'un maximum d'emprisonnement à vie, mais c'est purement théorique. Oubliez ça s'il vous plaît. Il n'y a aucun minimum et je vous prédis une peine pleine de clémence et de compassion pour tout le monde.

Un père et sa fille sont morts sans raison cette journée-là, en passant.




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