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CEIC: pas trop de prudence, S.V.P.

N'allez pas me faire croire que c'est la vidéo «maudite» qui a fait sortir de... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

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Yves Boisvert
La Presse

N'allez pas me faire croire que c'est la vidéo «maudite» qui a fait sortir de leur réserve les numéros 1 et 2 du gouvernement.

C'est évidemment l'entrée en scène de leur ancien collègue Guy Chevrette dans une histoire assez cheap de politique d'asphalte.

Soudain, la première ministre en appelle à la «prudence» de la Commission. Elle qui buvait comme du petit-lait les aventures de la Commission quand Lyne Beauchamp était nommée au passage. Ou quand on voyait Pierre Bibeau recevoir une valise de cash. Ou cette semaine encore, quand il a été question de Michelle Courchesne. Elle n'avait «aucun commentaire» mais trouvait ces détails typiques des libéraux...

Soudain, on passe du côté péquiste, et les moqueries laissent place à la présomption d'innocence... L'enthousiasme, à la prudence...

Et voilà le vice-premier ministre, François Gendron, doyen de l'Assemblée nationale, qui en rajoute: la manière de procéder de la Commission «l'indispose». Ah bon? C'est nouveau?

«Je souhaiterais qu'on fasse davantage attention», ajoute-t-il.

Voilà qui est carrément déplacé. Le pouvoir exécutif n'a tout simplement pas le droit de s'immiscer dans le fonctionnement d'une commission d'enquête. Il ne doit pas donner l'impression de le faire non plus.

Encore une fois, c'est Bertrand St-Arnaud, l'excellent ministre de la Justice, qui a rappelé tous ses collègues à l'ordre. La Commission «est maître des témoins qu'elle appelle, elle est maître dans sa façon de procéder, et moi, comme ministre de la Justice, je ne commenterai ni les témoignages ni la façon dont la commission Charbonneau se déroule». Merci!

Ça ne veut pas dire que la Commission soit au-dessus de la critique. Ça veut dire que la critique ne peut pas venir des membres du gouvernement. Point.

Il n'y a pas de quoi demander une démission. Et c'est le PQ qui a prolongé de 18 mois le mandat de la Commission. Mais c'est assurément un faux pas.

J'entendais le commentateur Jean Lapierre se scandaliser de la présentation de cette fameuse vidéo filmée en 2004 lors d'une soirée promotionnelle de Roche au Stade olympique.

C'est sûrement désagréable pour Mgr Turcotte ou Yvon Deschamps ou Jean Béliveau, tous des gens au-dessus de tout soupçon, de se voir à la Commission. Mais cette vidéo avait déjà été présentée à Radio-Canada dans un reportage de l'émission Enquête. Et surtout, personne n'a insinué quoi que ce soit de négatif à leur sujet, et aucun individu sain d'esprit n'y verra quoi que ce soit de répréhensible. La pertinence de cette vidéo était de montrer les liens entre l'entreprise et le milieu politique. Et le témoin a dit comment il utilisait certaines vedettes de bonne volonté pour attirer les faveurs de politiciens. C'est tout.

Hier, plusieurs se demandaient s'il ne fallait pas revoir la manière de procéder des commissions d'enquête. Les faire fonctionner à huis clos? Attendre les conclusions?

Du calme, s'il vous plaît!

Les commissions d'enquête sont publiques pour une raison très simple: elles sont faites pour exposer des systèmes... au public. Bien sûr qu'elles affectent des réputations. Si elles le font inconsidérément, comme dans l'épisode raté du 357C, elles se le font dire. Il y a également des recours judiciaires si elles dérapent.

Il faut pourtant accepter ce compromis: la preuve s'étale devant nous sans être totalement testée. Et des gens seront affectés, parfois injustement. Ça ne veut pas dire qu'on peut tout laisser passer. Les gens affectés peuvent contre-interroger les témoins. Faire valoir leur point de vue.

L'exemple du contre-interrogatoire robuste de Michel Massicotte, hier, pour le compte de Roche, est très éloquent. C'est ainsi, dans un processus de type judiciaire, qu'on établit les faits et qu'on redresse les torts: on teste le témoin, on le met en contradiction, on présente l'autre versant de la réalité.

C'est donc ce que doit faire le PQ, comme Guy Chevrette, comme le PLQ, comme quiconque estime qu'on a laissé un témoin mentir ou exagérer.

C'est d'ailleurs ainsi qu'on a traité Martin Dumont: rudement, et avec raison. (En passant, qui dira aujourd'hui qu'il a déliré sur l'essentiel?)

Bien sûr que la Commission doit être prudente. Mais pas jusqu'à l'insignifiance! Trop longtemps ce monde politique aujourd'hui ébranlé a compté sur le silence et la prudence absolue.

On n'a pas besoin d'une Commission rendue stérile, ensommeillée... «par manque d'imprudence», comme chantait l'autre.




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