Deux poids, deux mesures pour le Doc Mailloux

Le Doc Mailloux.... (Photo: François Gervais)

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Le Doc Mailloux.

Photo: François Gervais

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Yves Boisvert
La Presse

Coup de téléphone du Doc Mailloux lundi matin. Il m'appelle de l'hôpital de Louiseville.

À l'hôpital? Vous êtes donc malade, docteur, vu que vous n'êtes plus docteur?

J'ai retrouvé mon droit de pratique!

On vous a pourtant radié tant et plus du Collège des médecins, bouté hors de la profession, mis à l'amende, c'est tout juste si on n'a pas écrasé vos lunettes sur le trottoir de l'infamie médicale...

On a fait tout ça, c'est vrai... Mais l'énergumène a encore trouvé son droit d'exercer la médecine!

Un juge - un autre - a suspendu la semaine dernière l'effet de sa mise au rancart professionnel.

Pourquoi? Techniquement, c'est parce que le juge Marc St-Pierre, de la Cour supérieure, estime que le psychiatre a «fait valoir une apparence de droit sérieuse» pour sa contestation d'une énième tentative de radiation.

Entre les lignes, c'est parce que, depuis le début de cette affaire, le dossier pue la vendetta. Les gens de justice qui soupèsent les pour et les contre de l'affaire Mailloux parviennent régulièrement à ce constat: c'est trop. C'est disproportionné. C'est personnel.

Bref, c'est injuste.

Quiconque en effet regarde le traitement réservé à Mailloux et celui réservé aux charcuteurs de patients, aux incompétents dangereux et aux agresseurs sexuels ne peut qu'en arriver à une conclusion: ça n'a aucun sens.

Le syndic veut la peau de Mailloux, ce caillou dans la chaussure cirée de la profession médicale. Et comme, dans le milieu, les sentiments envers Mailloux varient de l'exaspération à la haine féroce, il n'y a plus personne pour calmer le jeu.

Heureusement qu'il y a des juges pour écouter ça sans s'énerver...

Le Tribunal des professions a confirmé en septembre une radiation de deux ans pour doses excessives d'antipsychotiques et propos radiophoniques déplacés. C'est cette radiation «finale» que le juge St-Pierre, de la Cour supérieure, vient de suspendre.

La thèse du psy, qui soutient que, une fois à la radio ou à la télé, ce n'est pas un médecin qui parle mais un animateur, ne tient pas. Il a une responsabilité en tant que professionnel et ne peut pas dresser des diagnostics à la va-vite, juger les parents d'une auditrice, traiter tout le monde de dégénéré. Le Collège a le droit de veiller à «la dignité de la profession».

Mais cette histoire de mégadoses est nébuleuse. Plusieurs patients de Mailloux, après sa radiation, ont vu leurs prescriptions «intempestives» renouvelées! D'autres psychiatres défendent cette approche.

Et pourtant, vérification faite, dans les 20 dernières années, aucun psychiatre n'a été accusé devant le conseil de discipline pour l'avoir fait. Voilà la source de son «apparence de droit» pour contester cette décision: le débat d'écoles de psy sur le sujet.

S'il n'y avait que ce dossier... Mais non! En octobre, le conseil de discipline a radié Mailloux pour cinq ans dans un autre dossier. Cette fois, c'est pour ses propos apparemment racistes à Tout le monde en parle, ses propos vraiment racistes sur la famille Jackson et pour sa participation à l'émission Les Bougon, où il simulait une fellation.

Je ne discute pas de sa culpabilité. Mais cinq ans? Cinq ans de radiation pour chacun de ces manquements.

OK, disons qu'il est coupable. Mais merde, cinq ans pour une simulation à la télé? Quand le syndic du Collège des médecins a recommandé une radiation de deux mois pour le Dr Claude Gauthier, qui avait de la porno juvénile dans son ordinateur et qui avait couché avec «au moins» deux patientes dépressives, mais en fait probablement six femmes?

Ça, c'est malade. Ça, c'est déviant. Ça, c'est dangereux pour «le public».

Cinq ans de radiation, c'est ce qu'on avait infligé à un chirurgien qui avait violé une patiente endormie après une opération.

Vous allez me dire que des propos inconsidérés sur les Noirs valent cinq ans également?

J'ai fait récemment la revue des décisions du conseil de discipline du Collège des médecins en matière d'agression sexuelle dans les 10 dernières années. Il n'y a qu'un mot pour résumer tout ça: complaisance. Des sanctions de quelques mois seulement pour des cas d'inconduite sexuelle répétée, avec plusieurs patientes. Tout ça avalisé par le conseil de discipline. Jusqu'à ce que, enfin, l'été dernier, le conseil refuse une recommandation de deux mois (deux mois!) pour le cas Gauthier et inflige trois ans - «seulement» trois ans.

Et ces mêmes gardiens de la déontologie se mettent en chasse derrière Mailloux comme s'il était l'homme le plus dangereux de la profession?

Le Collège a englouti près de 1 million de dollars dans cette aventure.

Il est peut-être temps qu'on y mette fin avant que le syndic se ridiculise davantage.

Mailloux, on en dira ce qu'on voudra, mais comme il dit, il a «ramassé les restants de société», les malades profonds dont on ne veut nulle part. Il n'en a tué aucun, violé aucun. Il a même sauvé des vies. Oui, madame.

C'est un fameux emmerdeur. Il y a lieu de le rappeler à l'ordre.

Mais quand le syndic aura la même diligence envers les incompétents et les agresseurs de patientes, il aura un début de crédibilité pour essayer d'écraser les lunettes du Doc Mailloux.

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