Le ras-le-bol

Yves Boisvert
La Presse

Pour résumer ce sondage, on pourrait dire que le Québec en a marre. Ce n'est pas si surprenant. Que ceux qui n'ont jamais changé de poste de radio dans le dernier mois en entendant les mots «conflit étudiant» ou «grève» ou «CLASSE» lèvent la main...

Attendez un peu que je compte... Oh, quand même. Vous êtes plus de 50, j'espère que vous avez un permis pour vous rassembler et que votre itinéraire a été envoyé aux autorités...

Mais la majorité n'est tout simplement plus capable. Plus capable des images répétitives des manifs de soir, des leaders étudiants abonnés aux chaînes d'info continue, des déclarations ministérielles sur le même et unique et obsédant sujet, jour après jour, heure après heure...

Au point d'appuyer largement la loi spéciale. Et de contester majoritairement jusqu'au droit de grève des étudiants, si on se fie à ce sondage.

Ça, j'avoue, ça me surprend. On sait depuis longtemps que l'opinion publique appuie la hausse des droits de scolarité. Mais on sait depuis plus longtemps encore que les Québécois n'aiment pas la querelle. Ou la manière forte.

Alors, une loi spéciale, immédiatement dénoncée comme excessive... J'aurais cru que cela aurait refroidi l'opinion.

Eh bien, on dirait que non.

Voilà où en est rendu l'écoeurement général. Les deux tiers des répondants y sont favorables - les trois quarts en région!

***

Ça ne rend pas bonne cette loi spéciale. Il suffisait de décréter la suspension des trimestres et de fermer les cégeps pour l'été, le temps de calmer le jeu. Pourquoi aller se mêler en même temps de réglementer le droit de manifester et inventer une série de mesures pénales dans la précipitation?

Plusieurs dispositions sont très contestables. D'où vient cette nécessité de donner un avis de huit heures? À Victoriaville, ça se comprend. Mais à Montréal?

Le droit de manifester, même exercé de manière répétitive et lassante, est fondamental.

Et puis, pourquoi aller se mêler de légiférer là-dessus quand la Ville de Montréal vient de voter son propre règlement? Mauvaise idée. Cela dit, ceux qui comparent cette loi aux mesures de guerre sont ignorants de leur histoire ou très, très fatigués. L'habeas corpus n'est pas suspendu, ni le droit à un procès juste! Ça n'en demeure pas moins une loi concoctée dans l'urgence et l'exaspération, dont certains morceaux ont une validité douteuse et une utilité plutôt nulle.

***

Qu'importent les opinions syndicalistes, politiques et médiatiques: le gouvernement a l'appui de la majorité! Un appui de plus en plus fort, à mesure qu'on s'éloigne de Montréal.

C'est dans la métropole que presque toutes les grèves et manifs ont lieu. Mais on en tolère mieux les débordements. Un nouvel exemple du clivage politique Montréal-région apparaît dans toutes sortes de dossiers...

On ne dirait pas que ça aide vraiment les libéraux et ça ne sauvera probablement pas Jean Charest politiquement (voir le sondage sur les intentions de vote en page A14).

Mais voyez comment François Legault se profile: il appuie la loi, mais prend ses distances du gouvernement. Il choisit ses mots prudemment... Pendant que Pauline Marois garde son carré rouge.

Les prochaines élections auront effectivement beaucoup à voir avec le conflit étudiant, mais peut-être pas entre ceux qu'on croit...

Quant on lit que 85% des gens disent ressentir un malaise (profond, disent 58%) devant l'accumulation des images de manifestations «qui impliquent de la violence», on voit que le thème de la loi et de l'ordre a en ce moment une résonance politique au Québec qu'il n'a pas eue depuis très longtemps.

Et ça non plus, on ne l'avait pas vraiment vu venir.




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