Psychanalyse (à 0,05$) de Régis Labeaume

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Yves Boisvert
La Presse

Ah, ça, monsieur le maire, ce n'est pas du jeu. On embauche un type à gros prix pour psychanalyser la belle ville de Québec en entier, et nous, on ne peut même pas vous étendre cinq minutes sur le divan médiatique?

Faut être en contact avec ses émotions, pourtant. Quitter un tant soit peu le cortex cérébral de la logique pour aller dans le cerveau limbique, comme dirait Clotaire.

 

Pas moyen, avec Régis Labeaume. On lui demande s'il s'est senti floué par le docteur Rapaille? Il se renfrogne.

Êtes-vous tous devenus des psychanalystes? demande-t-il aux journalistes.

Maintenant que vous posez la question, je dois avouer que j'ai été extrêmement séduit par la méthode Rapaille et j'ai décidé de me partir ma petite entreprise de psychanalyse des politiciens municipaux. On compte 1139 municipalités au Québec, plus les conseils d'agglomération, les MRC et autres créatures. Il doit bien y en avoir quelques-unes de névrosées dans le tas, non? Je sens un besoin.

Sur mon site internet, on pourra lire un CV lumineux: «Au terme de recherches auprès des enfants et des animaux (j'ai été moniteur dans un camp d'écologie), Yves Boisvert a mis au point une approche tout à fait révolutionnaire, etc.»

Il faudrait des graphiques avec des triangles et des flèches pour bien faire comprendre ma théorie. Mais au fond, la psychanalyse, on a vu comment ça fonctionne, Clotaire nous l'a expliqué.

* * *

Tu commences par faire parler les gens. Un bon psychanalyste ne parle presque jamais. Il hoche la tête. Il fait mine d'écouter. Il dit «hu-hum», ou «continuez, monsieur le maire» ou, le classique, «pourquoi vous dites ça, monsieur le préfet?» ou encore «qu'entendez-vous par nid-de-poule?».

Dans la psychanalyse de l'école rapaillienne, au début, tu n'écoutes pas vraiment. Les maires parlent souvent de compteurs d'eau et de zonage, et ce n'est pas super intéressant. Mais surtout, et c'est Clotaire qui le dit, au départ, on n'a accès qu'au cortex du sujet. Il ne se livre pas. Il utilise la pensée formelle. Il dit des choses comme: «S'il y a une erreur, elle provient de M. Rapaille lui-même. La justesse des informations dans un curriculum vitae doit être inattaquable et c'est là que M. Rapaille a failli et mis les partenaires dans une situation insoutenable vis-à-vis de la population de Québec.»

Il n'y a rien à faire avec ça.

L'art consiste à passer au cerveau limbique, siège des émotions. Avec des questions comme «comment vous sentez-vous par rapport à...».

Et ultimement, il s'agit d'accéder au cerveau reptilien, celui des instincts primitifs, de la survie et de la reproduction de l'espèce. Là, tu tiens quelque chose de profond. L'empreinte municipale, pour ainsi dire. Le code, oui, le Code municipal. Tiens, ça me rappelle les articles 935 et suivants sur les règles à suivre pour accorder des contrats municipaux, y compris à des professionnels, les appels d'offres, etc. Ça n'a pas l'air de s'appliquer aux psychanalystes municipaux, c'est très bon pour moi, ça.

* * *

Tout ça a l'air bien facile, mais on ne s'improvise pas psychanalyste municipal, non, madame! Attention aux fumistes!

Prenons un cas pratique au hasard, celui de Régis Labeaume, tiens. Il est très intéressant en ce qu'il passe directement du cortex au cerveau reptilien. D'abord, il explique les choses calmement, tout est bien ordonné. Pourquoi l'embauche, pourquoi la résiliation du contrat.

Vous tentez d'accéder au limbique? Il se rebiffe. Vous insistez? Il se sent menacé. Grr! Il mord avant d'être mordu. Journaliste colonisée! Expert à cinq cennes! Poltrons!

Hier, bon garçon, il a présenté ses excuses à Isabelle Porter, du Devoir, qui avait eu l'audace de faire commenter l'embauche de Rapaille par un expert britannique.

Mais la question que pose la psychanalyse municipale est la suivante: pourquoi? Qu'est-ce qui déclenche la colère chez ce type autrement agréable?

À un conseiller municipal qui le taraudait, il a déjà dit: «Mon hostie, m'a t'en câlisser une dans le front.» Plus reptilien que ça, tu le fais! D'un manifestant antiguerre, il a dit que ce n'était pas ses idées qui étaient minables, mais l'individu lui-même. D'Alain Simard, qui a changé les dates des FrancoFolies, il a dit qu'il voulait se mettre un quart de million de plus dans les poches.

N'oublions pas ses origines politiques. Il est né, vraiment, d'un succès inattendu - le 400e. On le lui a attribué, non sans quelques raisons. Il en a conçu une vision politique grandiose de lui-même. Il porte le succès, il est le succès. Il se rêve et il rêve sa ville. Fini, la Vieille Capitale! Québec se tourne vers l'avenir! «Je veux vous entendre parler de vos rêves, surtout s'ils sont fous», a-t-il déjà dit aux gens de Québec.

Magnifique, le rêve. Freud ne disait-il pas que le rêve est la réalisation déguisée des désirs refoulés?

Malheur, donc, à ceux qui veulent le ramener au niveau des ponts et chaussées. À la réalité. Ceux-là ne le contredisent pas, ils remettent en question son existence politique même. Ils le tuent.

Veuillez maintenant faire parvenir cinq cents à l'adresse postale de La Presse. Merci.

 




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