La guerre aux médias, yes sir!

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Vous vous souvenez de cette vieille pub de Club Med où l'on voyait des vacanciers en extase sur une plage magnifique pendant 15 secondes au son du célèbre «ver d'oreille» Haut les mains, après quoi la phrase «Imaginez une semaine» apparaissait à l'écran?

Nous sommes évidemment dans un tout autre registre, mais c'est l'image qui m'est venue, mercredi, après les 15 secondes surréalistes pendant lesquelles le président désigné Donald Trump s'en est pris à un reporter de CNN : imaginez quatre ans!

Donald Trump nous a habitués depuis quelques mois à des réactions incongrues, voire carrément vulgaires, comme de se moquer d'un reporter handicapé ou d'insulter une intervieweuse. Sa charge contre Jim Acosta lors de sa première conférence de presse depuis son élection a repoussé encore un peu les limites de l'inconcevable.

Jugeant que CNN (entre autres) diffuse de «fausses nouvelles», M. Trump a refusé net de prendre les questions de son reporter. Cela a donné lieu à une belle foire d'empoigne qui ne laisse présager rien de bon pour les années Trump.

Faudra s'y faire, apparemment. Donald Trump a l'épiderme mégasensible, il tweete ses états d'âme jour et nuit et il se contrefiche de la réaction des médias.

Son chef de cabinet, Reince Priebus, et sa porte-parole, Hope Hicks, ont prévenu les médias le mois dernier que des changements seraient apportés dans les relations du président et de son équipe avec les médias, notamment lors des points de presse à la fameuse Briefing Room, salle mythique adjacente à la Maison-Blanche où se déroulent les conférences de presse.

Cette salle plutôt modeste et même quelconque revêt pour les médias américains une importance capitale. Elle ne compte que 49 places, très convoitées par les grands médias qui se voient assigner leur siège dans une des rangées selon leur importance. (CNN, d'ailleurs, est dans la première rangée.) C'est là que se tient le daily White House briefing (point de presse quotidien) mené par le porte-parole du président, une tradition qui remonte aux années 70. Mais les traditions, bof, M. Trump n'y croit pas trop et son chef de cabinet a laissé entendre que cet exercice quotidien pourrait fort bien disparaître.

«Il y a plein d'autres façons de faire aujourd'hui», a déclaré M. Priebus lors d'une entrevue radio, laissant entendre que l'administration Trump pourrait fort bien se passer des médias. Donald Trump entretient une haine profonde envers la majorité des grands médias, et sa sortie contre CNN en est la plus récente illustration.

Au Canada, nous sortons à peine de l'ère Harper, qui aura été marquée par une détérioration profonde des relations entre le premier ministre et les médias, mais jamais à ce point. M. Harper entretenait envers les médias une grande indifférence, voire un certain mépris, mais on ne l'a jamais vu s'engueuler avec un reporter, se moquer physiquement de l'un d'eux ou traiter une journaliste de «bimbo».

Avec M. Harper, c'était de l'«indifférence active», notamment lorsque les journalistes étaient gardés à bonne distance derrière des barrières et des agents de la GRC. Stephen Harper laissait à ses militants, qui assistaient très souvent à ses points de presse, le soin d'invectiver les journalistes et même parfois de les menacer physiquement. Pour poser une question, il fallait aussi être inscrit sur une liste et c'est le personnel du premier ministre qui choisissait les heureux élus, qui n'avaient qu'une seule question (quatre, au total). M. Harper avait par ailleurs rayé l'Amphithéâtre national de la presse, là où il ne mettait pratiquement jamais les pieds.

La Tribune de la presse à Ottawa et les autres journalistes qui couvraient M. Harper ont souvent débattu de la meilleure façon de répliquer, envisageant même le boycottage, mais cette solution n'a jamais été appliquée. Les reporters se sont plutôt ajustés, notamment en posant des questions deux-pour-un (plusieurs sujets dans la question) ou en demandant au premier ministre de répondre dans l'autre langue officielle, ce qui ne comptait pas vraiment dans les quatre questions. Vous auriez dû voir les «caucus» de journalistes avant les points de presse, tous agglutinés pendant de longues minutes dans l'autocar de campagne ou sur le tarmac, débattant ardemment en anglais et en français de la meilleure stratégie pour le point de presse à venir.

Jean Chrétien, lui, aimait la joute oratoire avec les journalistes et s'il pouvait être parfois cassant, ses points de presse, nombreux, se caractérisaient par leur longueur plutôt que par leur acrimonie.

Récemment, le bref passage de Pierre Karl Péladeau sur la scène politique québécoise a obligé les médias à s'adapter à un style plus décapant. M. Péladeau était très craintif des journalistes, qu'il jugeait hostiles, et plusieurs points de presse ont viré à l'affrontement. Il tentait de limiter les questions, et les journalistes faisaient alors des points de presse à relais, le suivant reprenant la question du précédent. Surréaliste, ça aussi.

À Québec et à Saguenay, les maires Régis Labeaume et Jean Tremblay, tout-puissants dans leur fief, ont quant à eux pris à partie des journalistes publiquement et en ont même mis à l'index, refusant net de répondre à leurs questions et à leurs demandes d'entrevue.

On est loin, là encore, de Donald Trump, mais en cette époque post-factuelle et de populisme extrême, il y a tout de même un risque, un jour, que des politiciens arrivent à la conclusion qu'ils ont plus à gagner qu'à perdre de déclarer la guerre aux médias.




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