Le PQ perd un gros morceau

De toute évidence, Bernard Drainville n'avait plus le... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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De toute évidence, Bernard Drainville n'avait plus le coeur à l'ouvrage, estime notre chroniqueur, et il savait très bien qu'il ne garderait certainement pas son poste de leader parlementaire à l'automne.

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J'ai appris le départ de la vie politique de Bernard Drainville hier midi, en même temps qu'Alexandre Cloutier, avec qui je dînais dans un resto du Vieux-Montréal.

« Bernard Drainville quitte la scène politique ? », a-t-il demandé à un de ses attachés, qui venait de lui annoncer la nouvelle au téléphone.

Il a raccroché, puis a marqué une pause. « Attends, là, je pense que je vais prendre une autre gorgée d'eau », m'a-t-il dit, visiblement secoué, avant d'ajouter : « Ça, c'est une mauvaise nouvelle pour le PQ. Une très mauvaise nouvelle. Bernard est un parlementaire redoutable, le genre de parlementaire dont un parti a besoin. »

Mine de rien, le Parti québécois (PQ) a perdu, depuis octobre, deux de ses meilleurs acteurs parlementaires, Bernard Drainville et Stéphane Bédard, ainsi que le nouveau chef qu'il venait tout juste de s'offrir, Pierre Karl Péladeau. Du coup, le PQ ne compte plus que 28 députés (sur 125) à l'Assemblée nationale, soit seulement 8 de plus que la Coalition avenir Québec et beaucoup moins que les 71 libéraux.

Alexandre Cloutier et Bernard Drainville se sont affrontés l'an dernier lors de la précédente course à la direction du PQ, une course qui, comme toutes les courses, a laissé des cicatrices. Les deux hommes entretenaient une relation cordiale, mais froide.

N'empêche, M. Cloutier, comme tous ses collègues de l'Assemblée nationale, reconnaissait les qualités politiques - un « naturel », dit-on en politique, comme dans le monde du sport - exceptionnelles de Bernard Drainville.

Dès son arrivée en politique, en 2007, M. Drainville a séduit bien des péquistes, jeunes comme vieux, avec son ton populaire (parfois même populiste), hérité de son enfance dans la ferme de ses parents, dans un milieu agricole tricoté serré, à l'Île-Dupas.

On l'a rapidement identifié comme un candidat potentiel à la direction du Parti québécois, mais sa course s'est essoufflée en 2015, laissant Alexandre Cloutier se faufiler en deuxième place. M. Drainville avait alors fait le choix stratégique de se retirer de la course et d'appuyer Pierre Karl Péladeau. Les partisans de M. Cloutier n'avaient pas apprécié cette manoeuvre, qui assurait de facto une victoire au premier tour à M. Péladeau, qui a récompensé M. Drainville en le nommant leader parlementaire. Frustré de devoir céder son fauteuil de leader, un poste prestigieux assorti d'une bonification salariale appréciable, Stéphane Bédard a décidé de rentrer dans ses terres après 17 ans à l'Assemblée nationale.

Le triple jeu est donc complet : PKP, Bernard Drainville et Stéphane Bédard sont maintenant retirés, et Alexandre Cloutier est généralement donné favori pour devenir le prochain chef du PQ. Ce dernier a accusé le coup hier, toutefois, parce qu'il sait que son parti a besoin de députés aguerris et populaires comme Bernard Drainville pour se relancer en vue des prochaines élections. Le prochain chef du PQ sera élu en octobre prochain, au beau milieu de la session parlementaire et à deux ans du prochain scrutin. Il lui faudra rapidement retomber sur ses pattes, former son équipe et préparer la prochaine campagne.

De toute évidence, Bernard Drainville n'avait plus le coeur à l'ouvrage, lui qui n'en a jamais manqué au cours de ses neuf ans de carrière politique. Il savait aussi qu'il ne garderait certainement pas son poste de leader parlementaire (le bras droit parlementaire du chef) avec le nouveau chef, quel qu'il (ou qu'elle) soit.

Un retour dans les médias, après presque une décennie en politique, qui plus est dans le marché très chaud de Québec, représente sans contredit une voie de sortie idéale pour Bernard Drainville.

Je parie qu'on le (re)verra à la télé avant longtemps aussi, dans un rôle d'analyste ou même d'animateur. Le bonhomme a une bonne bouille, les idées claires et tranchées, le verbe haut et imagé.

Il est pour le moins ironique de constater qu'il prendra le micro de Nathalie Normandeau, ex-ministre libérale abruptement éjectée du FM93 après avoir été accusée de fraude, lui qui a dirigé les réformes du financement des partis politiques, de septembre 2012 à avril 2011, comme ministre dans le gouvernement Marois.

On identifie beaucoup Bernard Drainville à la charte des valeurs québécoises défendue par le gouvernement Marois (qui est restée au stade de projet de loi), mais son réel héritage politique aura été les réformes du financement politique, notamment l'abaissement des dons à 100 $ maximum et la fin des allocations de « transition » aux députés démissionnaires (adoptée par le gouvernement Couillard). Ironiquement, le dernier député qui aura touché cette allocation aura été... Stéphane Bédard.

Le départ de Bernard Drainville signifie par ailleurs qu'il y a maintenant deux élections partielles à venir : Saint-Jérôme (Pierre Karl Péladeau) et Marie-Victorin (Bernard Drainville). Reste à voir si le premier ministre Couillard aura l'élégance d'attendre que le PQ ait eu le temps de se choisir un nouveau chef avant de les déclencher.

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