« Vraies affaires » et antiadhésif

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Le premier ministre Philippe Couillard lors de son passage à La Presse, hier.

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Comme si la semaine n'avait pas été suffisamment éprouvante pour son gouvernement, Philippe Couillard s'est présenté devant l'équipe éditoriale de La Presse vendredi matin juste au moment où Statistique Canada publiait les très mauvais chiffres mensuels du marché de l'emploi pour mars au Québec.

Lorsque j'ai amorcé ma question sur le sujet en lisant les chiffres de la dépêche toute fraîche, M. Couillard m'a lancé, avec un geste d'impatience : « Je les ai vus », sur le ton de : « Pas besoin d'en rajouter, merci. »

Le premier ministre savait fort bien, en acceptant l'invitation de La Presse, qu'il devrait répondre à des questions sur l'éthique de son parti, sur Sam Hamad, sur la suite à donner au rapport Charbonneau. Il savait aussi qu'il serait question d'économie, le terrain préféré des libéraux.

Voilà qui résume bien la situation des libéraux arrivés au pouvoir il y a tout juste deux ans : l'économie stagne et les vieux problèmes éthiques qui ont tant pesé sur le gouvernement Charest reviennent hanter celui de Philippe Couillard.

Cette longue entrevue (qui a commencé 15 minutes plus tôt que prévu, ce qui est rare) a aussi fait ressortir le principal handicap de ce gouvernement : il papillonne d'une priorité à l'autre sans arriver à définir clairement sa véritable priorité et à élaborer un message cohérent et fort.

C'est pour ça que les chiffres de Statistique Canada tombaient si mal pour Philippe Couillard, qui a promis la création de 250 000 emplois en cinq ans lors de la campagne électorale, il y a un peu plus de deux ans. C'était le premier engagement d'une très longue liste dans son programme électoral.

Le Québec a perdu 22 500 emplois à temps complet en mars et il n'en a gagné que... 300 au cours des 12 derniers mois. À ce rythme-là, jamais on n'atteindra les 250 000 prédits par le PLQ, qui promettait il y a deux ans un « effet libéral » pour relancer l'économie du Québec.

« Je ne me décourage pas », a dit M. Couillard, reconnaissant qu'il s'attendait à une bien meilleure performance en mars.

En campagne, les libéraux ont misé sur le retour à l'équilibre budgétaire, sur les baisses d'impôt et sur la création de ces 250 000 emplois d'ici 2019. C'est ce qu'ils appelaient « les vraies affaires ». Après deux ans au pouvoir, ils ont effectivement atteint l'équilibre budgétaire, mais les contribuables n'ont pas profité d'une baisse d'impôt et la création d'emplois est famélique. Une bonne performance économique ferait aujourd'hui office d'antiadhésif pour le gouvernement Couillard, mais les seules « vraies affaires » qui collent ces temps-ci, ce sont les histoires de corruption, de complot, de financement louche et de relations douteuses.

Il a été abondamment question de l'épisode Sam Hamad dès le début de notre rencontre éditoriale, mais M. Couillard a très vite rejeté tout blâme dans la gestion de cette crise. Il a répété qu'il faut être équitable envers tout le monde, tout en admettant que le départ de M. Hamad avait « coloré » la situation.

Lorsque mon collègue Denis Lessard lui a fait remarquer qu'il avait laissé son ministre s'envoler vers la Floride, M. Couillard a brusquement changé de sujet en affirmant qu'il « n'est pas utile d'aborder la question sous cet angle ».

On lui a demandé par la suite s'il envisageait de retourner de l'argent perçu par son parti des mains de collecteurs peu scrupuleux. Réponse : peut-être, mais il faudra d'abord démontrer que cet argent a été perçu illégalement. Il n'y aura donc pas de remise volontaire, comme l'avait fait le Parti libéral du Canada dans la foulée du scandale des commandites.

M. Couillard s'est surtout employé à nous démontrer que son parti a changé, ajoutant vouloir retourner aux racines de cette grande institution qu'a été le Parti libéral du Québec.

Referait-il les choses de la même manière ? lui a-t-on aussi demandé à propos de Sam Hamad. « Je regarde vers l'avenir », a-t-il lancé.

Comment expliquer que votre parti ne récolte plus, selon les récents sondages, que 20 % d'intentions de vote chez les francophones ? Qu'est-ce qui a cloché au cours de vos deux premières années au pouvoir ?

« Je ne vois rien qui peut expliquer cela », répond du tac au tac le premier ministre.

Et au sujet du projet de loi contre les discours haineux, un projet qui passe mal, Philippe Couillard répond : « Il n'a pas été bien compris », avant d'ajouter : « Peut-être parce que nous ne l'avons pas bien expliqué. »

Cela résume bien la grande faiblesse de la première moitié du mandat de Philippe Couillard : le décalage entre le gouvernement et la population.

Les libéraux, par ailleurs, ne semblent pas comprendre que malgré leur victoire majoritaire d'avril 2014, ils sont toujours en « probation », et qu'ils n'ont pas le luxe de prendre à la légère des histoires de manquement à l'éthique.

Un exemple parmi d'autres : hier, au terme d'une semaine difficile, la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, a déclaré à l'Assemblée nationale que l'objectif de financement de 150 000 $ fixé pour d'anciens ministres était des « peanuts » en comparaison de ce qui se fait en Ontario, par exemple. Vraiment pas le genre de choses à dire en ce moment...

Pour relancer son gouvernement, Philippe Couillard a identifié quelques pistes : un projet éducatif, le développement des transports en commun à Montréal et à Québec, une nouvelle politique économique, une utilisation accrue des trois leviers économiques du Québec (Hydro-Québec, Caisse de dépôt et Investissement Québec), nouveau règlement pour l'affichage des noms de commerce, conversion aux énergies renouvelables, etc.

Ce ne sont pas les idées et la connaissance des dossiers qui manquent à M. Couillard. C'est un plan : prioriser quelques projets porteurs (trop, c'est comme pas assez) et s'y tenir ; développer une stratégie de communication et s'y tenir.

À la lumière de l'affaire Hamad, il est évident, aussi, que ce gouvernement a besoin d'une équipe de gestion de crise mieux branchée sur l'opinion publique.

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