Les 364 autres jours de l'année

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Ce 8 mars a été particulièrement riche en professions de foi féministes, en gestes symboliques et même en engagements, notamment celui de choisir des figures féminines historiques pour la prochaine série de billets de banque du Canada.

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Réglons tout de suite une chose (puisque le sujet est dans l'air ces jours-ci au Québec) : je suis féministe, du moins si je m'en remets à la douzaine de définitions trouvées sur des sites lexicologiques, militants ou philosophiques.

Je ne crois pas nécessaire de décliner mes états de service en la matière ni de commenter le « climat d'inquisition » décrié par Philippe Couillard, mais je précise que je ne compte plus le nombre de chroniques que j'ai écrites depuis bientôt 15 ans pour dénoncer le sort réservé aux femmes dans nos partis politiques, dans nos parlements et en général dans le milieu politique.

Je crois par ailleurs qu'on ne rappellera jamais trop que les femmes vivent encore quotidiennement des injustices, en politique comme ailleurs, et je pense que le 8 mars reste une date importante.

C'est l'hypocrisie et l'opportunisme entourant le 8 mars dans le monde politique qui m'indisposent. Il n'était même pas midi, mardi, lorsque j'ai décroché des réseaux sociaux, lassé par l'avalanche de phrases creuses, de bons sentiments et par la récupération politique crasse de la journée internationale des droits des femmes.

À force de trop en faire une seule journée par année on finit surtout par soulever un doute sur la sincérité de la démarche et par rappeler qu'on ne fait rien, ou pas grand-chose, les 364 autres jours de l'année.

Il faut dire que ce 8 mars a été particulièrement riche en professions de foi féministes, en gestes symboliques et même en engagements, notamment celui de choisir des figures féminines historiques pour la prochaine série de billets de banque du Canada.

C'est probablement le contexte particulier qui a provoqué ce déferlement. Il y a, bien sûr, toute la controverse autour des propos de Lise Thériault quant à son degré de féminisme.

Il y a aussi Justin Trudeau, qui a marqué les esprits, en novembre dernier, en nommant autant de femmes que d'hommes au sein de son cabinet. Le premier ministre libéral a répété qu'il est un « fier féministe ». On ne pourra pas l'accuser de récupération, mais ce n'est pas le cas de tous les partis politiques à Ottawa.

Les conservateurs, en particulier, se sont soudainement trouvé une fibre féministe insoupçonnée. Ce parti qui n'a présenté que 20 % de candidates aux élections d'octobre (dont seulement 9 sur 78 au Québec) et qui n'a fait élire que 17 femmes sur 99 députés a réservé toutes ses questions de mardi aux Communes à des élues. Beau geste, mais un peu tardif et d'une portée très limitée.

C'est aussi le parti qui, au pouvoir, a refusé le principe de l'équité salariale dans la fonction publique et qui a fait disparaître en catimini le Prix Thérèse-Casgrain du bénévolat pour le remplacer par le Prix du premier ministre. Le parti qui a tenté à maintes reprises de rouvrir le débat sur l'avortement avec l'appui, notamment, de la ministre de la Condition féminine de l'époque, Rona Ambrose, actuelle chef par intérim du PCC.

Manque de chance pour les conservateurs, le directeur général du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Babatunde Osotimehin, était de passage à Ottawa mardi pour critiquer le programme de santé maternelle à l'étranger lancé par l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper. Selon M. Osotimehin, ce programme réduisait les femmes à des « outils pour fabriquer des bébés ».

Interrogée par les journalistes sur ces conclusions de l'ONU et sur la pertinence de financer des soins, y compris l'avortement, pour les femmes à l'étranger, Mme Ambrose a tourné les talons et mis fin abruptement au point de presse.

Quelques heures plus tôt, Mme Ambrose s'était pourtant déclarée féministe sur Twitter. Féministe à sa manière, faut croire, pour reprendre une explication à la mode.

Facile de se dire féministe le 8 mars et de faire perdurer les inégalités institutionnelles ou de tolérer le sexisme ordinaire le reste de l'année.

Or, en politique, le sexisme ordinaire est encore aujourd'hui profondément enraciné.

On le voit, par exemple, lorsque le ministre Gaétan Barrette avait accusé la porte-parole péquiste en matière de santé, Diane Lamarre, de « ne pas savoir lire », il y a quelques mois. Hier, les propos du ministre Barrette envers Mme Lamarre ont atteint un sommet de virulence et de mépris.

Le sexisme ordinaire, c'est aussi de répéter, à propos de Pauline Marois, que la « madame ne passait pas », comme je l'ai entendu encore récemment au PQ. Dit-on de Pierre Karl Péladeau que le « gars ne passe pas » ?

Le sexisme ordinaire, c'est de traiter comme un fait divers politique amusant les insanités de Donald Trump, qui a reproché à une adversaire (Carly Fiorina) d'être moche et qui a traité une journaliste de Fox News de « bimbo ».

C'est d'affirmer qu'Hillary Clinton ne peut être commander in chief parce qu'elle est trop émotive (elle a versé une larme ou deux, au New Hampshire, il y a huit ans). Ou qu'elle ne peut être présidente parce qu'elle est trop opportuniste. A-t-on déjà dit cela de son mari, Bill ?

Quant à Lise Thériault, on peut épiloguer des jours durant sur sa définition plutôt molle du féminisme, mais si le sujet nous intéresse vraiment, ne devrions-nous pas plutôt lui demander quelles sont ses priorités à la tête du ministère de la Condition féminine ? Croit-elle que les femmes sont victimes de discrimination ? Que compte-t-elle faire pour lutter contre cela ?

On pourrait même commencer par les femmes autochtones, un sujet qu'elle devrait bien connaître.

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