Chronique

Pour ne pas manquer le bateau cubain

En 2000, lors des funérailles de son père,... (PHOTO JEFF KOWALSKY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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En 2000, lors des funérailles de son père, l'ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau, Justin Trudeau a étreint le leader cubain de l'époque, Fidel Castro.

PHOTO JEFF KOWALSKY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

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Justin Trudeau a beaucoup voyagé à travers le monde depuis qu'il est devenu premier ministre, en octobre, mais curieusement, une destination naturelle pour lui ne figure pas sur son écran radar : Cuba.

L'annonce de la visite officielle de Barack Obama à Cuba les 21 et 22 mars, la première visite d'un président américain depuis 1928, a fait grand bruit dans la presse internationale et a lancé le signal du grand rapprochement entre les deux pays ennemis.

Le président français, François Hollande, s'est lui aussi posé quelques heures à Cuba en mai, où il a rencontré Fidel Castro. Idem pour le pape François, qui a fait une visite historique dans la grande île en septembre. À Ottawa, on précise qu'aucune visite officielle à Cuba n'est à l'horaire.

Longtemps isolé et ignoré, Cuba effectue un retour lent, mais historique dans la communauté internationale. La relative indifférence du Canada, qui jouit pourtant d'un statut particulier au pays de Fidel, qu'il n'a jamais lâché malgré les pressions américaines, est donc surprenante.

Résistant à tous les présidents américains depuis près de 60 ans, le gouvernement canadien, quelle que soit sa couleur, n'a jamais coupé les liens avec Cuba, même aux pires moments de la guerre froide, même lorsque les États-Unis ont adopté des lois extrêmement sévères contre quiconque ose faire des affaires avec le régime cubain.

Ces liens sont tellement serrés que c'est à Ottawa, dans le plus grand secret, qu'ont eu lieu ces dernières années les pourparlers entre représentants américains et cubains qui ont mené au dégel entre les deux pays.

Avec l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, on peut même maintenant parler de liens quasi familiaux. Le père de Justin Trudeau, l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, était un ami personnel de Fidel Castro, qu'il fréquentait régulièrement lors de vacances à Cuba. Fidel Castro a assisté, à Montréal, en 2000, aux funérailles de Pierre Elliot Trudeau.

Petit, Justin jouait avec les fils Castro pendant ces séjours au soleil. Son ami et leader parlementaire en Chambre, Dominic LeBlanc, est lui aussi proche des fils Castro, à qui il a rendu visite régulièrement ces dernières années.

Le défunt sénateur Jacques Hébert, proche de Pierre Elliot Trudeau, a quant à lui été traité pour un cancer à Cuba vers la fin de sa vie.

Les liens, manifestement, existent depuis longtemps entre le Canada, ses dirigeants actuels et Cuba. En 1998, Jean Chrétien avait fait des pressions au Sommet des Amériques pour l'inclusion de Cuba et il s'était rendu par la suite en visite officielle à La Havane.

Les relations commerciales aussi sont bien implantées. Les deux pays ont des échanges commerciaux d'environ 1 milliard par année (465 millions en exportation). Cela cause d'ailleurs des problèmes aux entrepreneurs canadiens qui brassent des affaires à Cuba, dont David Pathe, PDG de Sherritt international, qui exploite les ressources naturelles dans ce pays depuis des années. À cause des lois américaines (la loi Helms-Burton, notamment), M. Pathe est interdit d'entrée aux États-Unis en raison de ses liens d'affaires à Cuba. Mais malgré les risques de représailles, diverses entreprises canadiennes sont installées à Cuba dans les secteurs de l'hôtellerie, de l'agroalimentaire, du tourisme et des ressources naturelles.

Avec le dégel entre Washington et La Havane, les Américains vont retourner à Cuba et certains spécialistes, ici, craignent que le Canada ne perde son avantage historique. C'est le cas, notamment, du professeur de science économique de l'Université Carleton Arch Ritter, qui croit que « plusieurs exportateurs canadiens pourraient se faire tasser » par de plus gros acteurs américains, a-t-il dit récemment en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le retour des Américains est imminent et il sera remarqué. Une indication frappante : il y a quelques jours, les autorités américaines ont autorisé 110 vols quotidiens entre les États-Unis et Cuba dans les prochains mois. On s'attend par ailleurs à ce que le président Obama annonce la fin de l'embargo lors sa visite, fin mars.

Justin Trudeau, qui sera l'invité du président Obama à la Maison-Blanche, le 10 mars, ne pourrait devancer son hôte à Cuba sans le froisser, mais il aurait sérieusement intérêt à ajouter Cuba à ses destinations prochaines pour réaffirmer l'amitié Canada-Cuba et répondre présent pour la suite.

Les besoins de Cuba seront immenses en infrastructures, en tourisme (il est question de construire 4500 chambres d'hôtel par année), en environnement, en agroalimentaire, notamment.

Québec suit aussi avec attention l'ouverture prochaine de Cuba. On évoque une possible visite du premier ministre Philippe Couillard. On dit aussi que la directrice générale de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, Liza Frulla, veut développer un partenariat avec Cuba pour la formation des employés d'hôtels et de restaurants.

Les Québécois connaissent bien les plages de Cuba, mais ils ne réalisent peut-être pas l'ampleur des changements à venir au pays des Castro. Le gouvernement fédéral, lui, ne peut rester sur les lignes de touche.

AMIR KHADIR A VOTÉ NPD

En bref, un truc qui m'avait échappé, un aveu surprenant du député solidaire Amir Khadir, il y a quelques jours sur les ondes de CIBL : « J'ai voté NPD [en 2011] pour faire plaisir à ma femme. »

En gros, M. Khadir explique aux animateurs de C'est pas nous qui avons commencé qu'il a voté NPD pour ne pas « annuler » le vote de sa femme et parce qu'il pensait que Gilles Duceppe était en sûreté dans sa circonscription.

L'histoire ne dit pas, toutefois, pour qui il a voté en 2015...

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