Justin Trudeau garde le cap

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On se moque des selfies et des mises en scène ou on les critique. On déplore parfois le manque de clarté et on soupçonne une certaine légèreté dans le propos, mais il faudrait être pétri de mauvaise foi pour dire que Justin Trudeau ne connaît pas ses dossiers et qu'il surfe béatement sur son immense popularité.

Pendant la dernière campagne électorale, les électeurs ont découvert un chef doué pour la joute politique, qui savait où il allait. Une centaine de jours après la formation de son gouvernement, on aura noté, ici et là, quelques maladresses, mais on constate surtout que Justin Trudeau garde le cap avec assurance.

C'est la principale conclusion à laquelle je suis arrivé au terme de la longue rencontre éditoriale qu'il nous a accordée mercredi, dans notre nouvelle salle de rédaction.

Justin Trudeau n'a rien - mais absolument rien - d'un Donald Trump ou d'un Bernie Sanders, mais il projette la même image : je suis le changement, je suis le renouveau, je ne suis pas comme les autres politiciens et je suis parfaitement à l'aise dans ce rôle.

Vrai, il y a une bonne dose de candeur, chez Justin Trudeau, mais le fait qu'on confonde souvent cela avec de la naïveté un brin fleur bleue en dit plus long sur le cynisme ambiant que sur son caractère. Il est comme ça, Justin Trudeau : il aime les gens, qui pour la plupart le lui rendent bien ; il est positif ; il est souriant et chaleureux. Ça nous change de son prédécesseur et, à vrai dire, de toute la classe politique.

J'ai fait la connaissance de Justin Trudeau il y a longtemps. Bien avant qu'il ne devienne chef du Parti libéral. Avant même qu'il ne se lance en politique. Le selfie n'était pas encore inventé, mais j'ai vu des restaurateurs de Parc Extension et de Villeray prendre avec lui des photos, qu'ils développaient pour ensuite les accrocher dans l'entrée de leur modeste établissement.

J'ai vu Justin Trudeau, en jeans et en gros chandail de laine, serrer dans ses bras une vieille dame dans un boui-boui chinois du centre-ville où son père l'amenait parfois. Une autre fois, il sirotait sa Labatt 50 en mangeant du libanais, saluant de la main tous les clients qui le reconnaissaient.

Il y a deux choses qui ont changé depuis ce temps : il est devenu premier ministre, ce qui l'a propulsé au rang de vedette, et, surtout, il a fait ses devoirs, il a appris et il a assimilé rapidement une quantité impressionnante de données qui lui permettent aujourd'hui de parler avec assurance de sujets complexes.

Je n'ai jamais « acheté » l'image du Justin Trudeau, bel éphèbe éthéré, qui n'a hérité de son père que son nom de famille, si souvent mise de l'avant par ses adversaires et ses détracteurs, mais je dois admettre qu'il manquait, à ses débuts, de substance et de connaissances. Le chemin qu'il a parcouru depuis deux ou trois ans est impressionnant.

« La force de Justin, dit un de ses collaborateurs, c'est qu'il pose plein de questions. Il veut comprendre et il apprend vite. Il ne se contente pas de lignes de presse, il exige plus. »

Je me souviens de son dernier passage à La Presse, il y a près de trois ans, tout de suite après qu'il était devenu chef du PLC. Je lui avais notamment demandé quelle était sa position sur le fractionnement du revenu proposé par le gouvernement conservateur et j'étais sorti de cette entrevue avec l'impression qu'il ne savait pas exactement de quoi je parlais. On ne l'y prendrait plus aujourd'hui, comme nous l'avons constaté lors de cette rencontre. Il y a bien, parfois, quelques réponses préfabriquées (tous les politiciens en ont), quelques circonvolutions, quelques prudentes hésitations, mais dans l'ensemble, et sur une foule de sujets, il s'en tire très bien pour un jeune homme qui est chef de parti depuis moins de trois ans et premier ministre depuis à peine trois mois.

Justin Trudeau est un politicien atypique : il fonctionne par instinct plutôt que par calcul. Il dénonce l'« hypocrisie » du Canada, qui a fait pendant des décennies la leçon à d'autres pays sur les droits de la personne tout en bafouant les droits des autochtones ici ; il plaide pour un déficit (qui sera « fort probablement » plus important que prévu) pour relancer l'économie ; il avoue sans détour que « toutes nos décisions, tous nos défis seront difficiles ».

Négociations avec les provinces sur le financement de la santé ; négos avec les provinces sur l'environnement ; oléoduc Énergie Est ; taille du déficit ; mission contre le groupe État islamique... Justin Trudeau joue la carte de l'optimisme, mais il sait que la lune de miel ne sera pas éternelle. Mais si les 100 premiers jours sont garants des 1000 prochains, il maintiendra le cap, contre vents et critiques.

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