Le parti de la marmotte

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Ça doit être de saison, mais en lisant les déclarations de certains péquistes critiquant la performance de leur chef ou commentant l'état de leur parti, j'ai eu l'impression que le Parti québécois s'apprête à revivre le jour la marmotte.

Le PQ est réputé dur envers ses chefs. Il en a eu six en 20 ans, la plupart éjectés sans ménagement ou partis après une défaite ou de guerre lasse. En comparaison, le Parti libéral du Québec a eu trois chefs.

La grande différence entre le PLQ et le PQ, c'est que le premier reste toujours discipliné, même dans les moments tendus ou carrément difficiles. Jean Charest, s'il avait été chef du PQ, n'aurait pas survécu aux années difficiles.

Question de culture politique. Il y a quelques jours à peine, les députés et ministres libéraux maugréaient en silence en attendant que leur chef annonce finalement le remaniement ministériel tant attendu. Pendant des semaines, des ministres ont rongé leur frein en silence, se faisant un sang d'encre à cause de l'incertitude qui pesait sur leur sort. Pourtant, avez-vous entendu un seul de ces élus se plaindre ou lancer un appel pressant à son chef ? Non. Ce n'est pas dans les pratiques de la maison, au PLQ. On serre les rangs. On prend son mal en patience.

Au Parti québécois, par contre, on tolère moins longtemps les insuccès, les ratés et les périodes de disette. Sans surprise, on commence donc à entendre des murmures dans les rangs à propos de la performance du chef, Pierre Karl Péladeau.

Il y a eu l'ex-député Yves-François Blanchet, qui reproche à son parti d'être incapable de jouer son rôle d'opposition. Difficile d'être en désaccord avec cette lecture. Le PQ s'est retrouvé, durant tout le mois de janvier, dans l'ombre de son chef. Un mois perdu. Un caucus pré-session raté. Une opposition exsangue. Un chef fragilisé. Mauvais, très mauvais début d'année.

Puis, il y a eu la lettre ouverte de Pierre Céré, très critique lui aussi du PQ et de Pierre Karl Péladeau. Prévisible et marginal, diront certains, M. Céré étant un ancien adversaire de PKP dans la course à la direction et le représentant de la gauche assumée au PQ. Peut-être, mais il y a dans sa lettre des éléments de réflexion que le PQ aurait tort de rejeter du revers de la main.

Et puis, il y a eu cette semaine Jean-François Lisée, le Talleyrand du PQ, qui, après des mois d'une étonnante discrétion, revient en force juste au moment où son chef traverse une période cahoteuse.

Lundi, en conférence de presse, M. Lisée a admis que son parti vit des moments difficiles, tout en accordant son appui à Pierre Karl Péladeau. «Un homme que l'on soutient est un homme qui tombe», disait Talleyrand...

«C'est sûr que l'impression que ça donne, actuellement, n'est pas complètement fausse. On traverse une période de turbulences», a commenté M. Lisée, ajoutant qu'à l'interne, tout baigne et que les troupes sont mobilisées derrière PKP. Ce n'est pas l'écho qui est parvenu à mes oreilles ces derniers jours. 

Il n'y a pas de révolte en vue à court terme, mais plusieurs députés commencent à s'impatienter. Le chef est en train de devenir une distraction, pas le rassembleur tant espéré.

M. Lisée voulait aussi passer un message en «félicitant» son chef d'avoir laissé tomber la stratégie des mises en demeure contre ses rivaux politiques.

Le député de Rosemont n'est pas le seul député du PQ à être soulagé. Au sein du caucus, le recours aux mises en demeure (ou les menaces d'y recourir) avait créé un malaise évident. On n'a pas vu, d'ailleurs, de députés se porter à la défense de leur chef sur ce front.

La mauvaise nouvelle pour Pierre Karl Péladeau, c'est que ce janvier horribilis a laissé des marques sur son aura et soulevé de profondes questions sur sa capacité de diriger, de rassembler, de gouverner et, plus simplement, de faire de la politique.

La bonne nouvelle pour Pierre Karl Péladeau, c'est que la tempête des paradis fiscaux, qui a frappé fort, est maintenant largement dissipée. Laisser Québecor répondre constitue pour le chef péquiste la meilleure stratégie. Et la seule, en fait.

M. Péladeau pourra aussi faire valoir qu'il a été élu chef il y a moins de dix mois, que les élections sont dans plus de deux ans et qu'il jouit encore d'un fort appui chez les militants.

À l'horizon, deux défis de taille se dressent toutefois. Primo, à court terme, l'élection partielle dans Chicoutimi (pour remplacer Stéphane Bédard). En 2014, Bédard a conservé son siège avec une mince majorité de 1600 votes, et chaque jour qui passe avant que Philippe Couillard ne déclenche cette élection permet aux libéraux de labourer le terreau électoral.

Secundo, à moyen terme, Pierre Karl Péladeau doit donner une direction à son parti et une mission à son caucus. Pour le moment, le PQ est devenu le PKP Show et, manifestement, cela ne le mène nulle part.

Le chef du PQ reproche souvent au gouvernement Couillard de ne pas avoir de plan d'affaires pour relancer l'économie. Mais a-t-il, lui, un plan politique pour mener une opposition efficace et cohérente, pour relancer son parti et, surtout, pour lui redonner sa pertinence ?

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