Et maintenant, une crise financière...

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Il y avait déjà l'ombre pesante de la récession, voilà que s'ajoute, en pleine campagne électorale, une débâcle des marchés financiers qui rappellera de très mauvais souvenirs aux investisseurs.

Pour Stephen Harper, la panique qui s'est abattue sur les principales Bourses, provoquant des chutes spectaculaires des indices, arrive au pire moment. Lui qui se présente comme le gardien de la stabilité économique, le voici aux prises avec un inquiétant ralentissement de l'économie canadienne et une chute des Bourses, donc des économies de millions de petits investisseurs.

Bien sûr, il serait injuste de faire porter la responsabilité des déboires économiques et financiers sur les seules épaules du gouvernement sortant, mais personne n'a jamais prétendu que la politique est un sport juste qui se pratique, comme le cricket ou le polo, dans le respect des règles de fairplay et de gentilhommerie. Ça cogne déjà dur en temps normal dans l'arène, ça devient du combat ultime en campagne électorale. 

Alors, sans surprise, les adversaires de M. Harper lui reprochent d'être la cause des maux économiques ou, à tout le moins, de n'avoir rien su faire pour nous les éviter. M. Harper a déjà vu ce film, lors de la campagne de 2008, et il a probablement peaufiné ses répliques, lui qui tenait alors le mauvais rôle. Devant des gens d'affaires de Toronto, le chef conservateur avait dit que la crise des marchés financiers inquiétait bien du monde, dont sa propre mère, mais qu'une chute boursière représentait de « très bonnes occasions d'achat » pour les investisseurs. Ses adversaires libéraux, néo-démocrates et bloquistes avaient sursauté d'indignation, dénonçant la froideur calculatrice et déconnectée de Stephen Harper.

Si vous avez suivi cette campagne (je ne vous blâmerai pas de n'y avoir jeté qu'un coup d'oeil discret ces dernières semaines, question de profiter de ce trop court été), vous aurez constaté que trois enjeux s'imposent : la personnalité/ crédibilité des chefs, l'économie/fiscalité et le besoin/désir de changement.

Voilà pourquoi je disais que les mauvaises nouvelles boursières arrivent au pire moment pour Stephen Harper. Lorsque l'économie se déglingue, il est difficile pour le premier ministre sortant de s'imposer comme le rempart inébranlable de la stabilité économique et de la croissance. Après des mois de battage publicitaire négatif, les conservateurs ont vraisemblablement réussi à semer un doute sur la compétence de Justin Trudeau dans l'esprit des électeurs, mais ils n'ont pas réussi à dépeindre Thomas Mulcair comme un dangereux socialiste qui ferait courir au Canada un risque insoutenable. Celui-ci, pour sa part, continue de taper sur le clou du changement. Pas très original, mais efficace. L'idée du changement, lorsqu'elle s'incruste dans le paysage électoral, se transforme presque toujours en virus fatal pour le gouvernement sortant.

De la flopée récente de sondages, d'études et d'analyses, vous aurez sans doute constaté que le NPD est largement en avance au Québec, que la course est très serrée en Ontario et que tout semble indiquer que nous nous dirigeons vers un gouvernement minoritaire, bleu ou orange.

Une étude de la firme Abacus Data publiée vendredi, et qui vous a peut-être échappé, démontre clairement que la détérioration de l'économie devrait inquiéter Stephen Harper, qui est à la traîne sur les principaux enjeux derrière son rival néo-démocrate.

Abacus Data sonde les Canadiens sur leur perception de l'état de l'économie depuis octobre 2013. Pour la première fois, ce mois-ci, cette perception est passée au négatif, 57 % contre 43 %, soit exactement le contraire de l'évaluation des répondants un mois plus tôt. Un revirement net.

Durant la même période, la proportion de Canadiens qui pensent que le Canada va dans la bonne direction a chuté de 41 à 36 % (la proportion de ceux qui pensent que nous allons dans la mauvaise direction est passée de 28 % à 33 %).

Question de perception, bien sûr, mais en politique, on dit souvent que la perception, c'est la réalité (les anglophones disent : reality is irrelevant ; perception is everything).

La perception, selon les résultats compilés par Abacus, c'est que Thomas Mulcair est vu par les électeurs comme le plus apte à prendre les meilleures décisions dans tous les secteurs étudiés. Tous, 14 sur 14, de la préparation du prochain budget fédéral aux politiques fiscales, en passant par le développement des pipelines et des sables bitumineux, les mesures contre l'extrémisme et le terrorisme, le chômage chez les jeunes et même les relations avec la Russie.

Sur ces 14 enjeux, Stephen Harper termine troisième, derrière Thomas Mulcair et Justin Trudeau. Pas étonnant que M. Harper dirige les points de presse et qu'il se pose lui-même des questions sur la « bonne performance » et les « bonnes décisions » de son gouvernement en ces temps économiques troubles.

De toute évidence, il constate que son message ne passe pas.

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