L'Évangile à la rescousse

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L'ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, Nigel Wright.

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Généralement, lorsque quelqu'un évoque des passages de la Bible pour expliquer devant une cour de justice un comportement douteux, c'est soit que cette personne est illuminée, soit qu'elle est à court d'arguments probants.

Dans le cas de Nigel Wright, ex-chef de cabinet de Stephen Harper et témoin-vedette au procès du sénateur déchu Mike Duffy, je penche sans hésitation pour la deuxième hypothèse.

Résumé de l'affaire : Mike Duffy a touché des allocations de résidence auxquelles il n'avait pas droit, selon une interprétation des règles du Sénat, et devait donc rembourser 90 000 $ aux contribuables. Nigel Wright, alors chef de cabinet de Stephen Harper, a donc sorti son chéquier et a donné 90 000 $ à M. Duffy, qui a remboursé les allocations litigieuses. Au nom de son amitié pour Mike Duffy, avait expliqué M. Wright.

Pas de doute, Nigel Wright est un homme immensément généreux envers ses amis. Et humble, avec ça. S'il n'a rien dit de ce don, c'est que la Bible nous enseigne qu'il faut être discret lorsqu'on aide son prochain et ne pas se servir de sa générosité pour s'illustrer auprès de ses semblables. Wow ! Va falloir inscrire le nom de Nigel Wright sur la liste des saints à canoniser. À moins que ce ne soit plutôt sur la liste des habiles manipulateurs qui ont ce don de tricoter des histoires étonnantes pour se tenir au chaud lorsqu'il vente beaucoup.

L'avocat de Mike Duffy a tenté de démontrer, et plusieurs seront d'accord avec lui, que toute cette histoire cousue de fil blanc n'arrive pas à cacher le fait que le bureau du premier ministre, dont Nigel Wright était le chef, voulait tout simplement étouffer une histoire embarrassante.

Ce procès, suivi avec passion à Ottawa, soulève deux questions : 

1. Stephen Harper était-il au courant des manigances pour aider Mike Duffy à payer ses dettes ?

2. Cette affaire Duffy, qui revient à l'avant-scène, peut-elle nuire aux conservateurs ?

Réponse 1 : Je ne sais pas. Ce que je sais, par contre, c'est que la première responsabilité d'un chef de cabinet est de protéger son patron, quitte à le protéger de la vérité en ne lui disant pas tout. Difficile, donc, d'impliquer directement le premier ministre dans cette histoire. Cela ne l'exempte pas, toutefois, de la responsabilité d'avoir nommé Mike Duffy au Sénat, lequel a utilisé abondamment sa notoriété et sa crédibilité d'ex-journaliste vedette à des fins partisanes pendant des années et partout à travers le pays.

Réponse 2 : J'en doute. Les conservateurs comptent la base militante la plus solide, la plus fidèle, une base idéologique, et ces électeurs sont prêts à se boucher le nez pour appuyer leur parti même quand ça ne sent pas bon. M. Harper devrait toutefois se méfier du mal chronique typique des partis au pouvoir depuis longtemps : l'arrogance. Ces histoires sordides au Sénat pourraient inciter des électeurs conservateurs à rester à la maison.

Le procès Duffy aura au moins un effet positif pour Stephen Harper : il crée une distraction devant sa campagne qui ne va vraiment pas bien.

En ces deux premières semaines de campagne, on ne reconnaît pas Stephen Harper. Lui qui a toujours compensé son manque de charisme et ses performances ordinaires aux débats des chefs par un plan de match électoral rigoureusement exécuté avec discipline et précision n'arrive pas cette fois-ci à imposer le rythme et l'enjeu.

Il s'est d'abord pris les pieds dans les fleurs du tapis de l'économie, avouant à mots couverts que le Canada est en récession. Tentative de redressement avec le thème de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et même des lois antidrogue. Sans grand succès. Puis, cette semaine, la reprise du procès Duffy.

Au début d'une très longue campagne qu'il a lui-même souhaitée, M. Harper manque d'élan. Il improvise, cherchant à imposer un enjeu électoral. Ça me rappelle Paul Martin, en 2005, qui était au bout du rouleau et qui tentait de sauver la mise en sortant des lapins de son chapeau. Ça me rappelle aussi Pauline Marois, en 2014, qui avait misé sa réélection sur un déclenchement hâtif plutôt que sur un solide plan de campagne. Jean Chrétien, le plus grand joueur de poker électoral de l'histoire politique canadienne moderne, l'avait fait aussi en 1997 et en 2000, mais il jouait contre une opposition faible et il profitait d'une machine redoutable en Ontario et d'appuis solides au Québec et dans les Maritimes.

S'il naviguait avec aisance sur le courant conservateur lors des trois dernières élections, Stephen Harper doit cette fois affronter de forts vents de face.

Même les premiers ministres des provinces secouent sa galère. Au premier chef, Kathleen Wynne, en Ontario, qui fait ouvertement campagne contre les conservateurs et qui est en guerre ouverte contre M. Harper. Mais aussi Brad Wall, en Saskatchewan, qui critique la formule de péréquation, et Rachel Notley, en Alberta, qui n'apprécie pas du tout que le premier ministre fédéral se mêle de ses décisions fiscales.

Et maintenant, même les boîtes postales s'invitent dans la campagne, gracieuseté de Denis Coderre. Le maire de Montréal critique Postes Canada, bien sûr, mais ce faisant, il vise aussi le gouvernement conservateur, qui a appuyé la fin de la livraison du courrier à domicile.

En jouant du marteau-piqueur sur une dalle de Postes Canada, M. Coderre sait qu'il ébranle les colonnes du temple conservateur. Cela dépasse l'enjeu de la livraison du courrier. Denis Coderre mise beaucoup sur le 375e de Montréal, en 2017, et, clairement, il préférerait avoir à Ottawa un partenaire qui se soucie vraiment de Montréal, ce qui n'est évidemment pas le cas des conservateurs.

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