Même chef, même recette, même résultat ?

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Il y a quelques semaines, une candidate-vedette pressentie par le Bloc québécois, et à qui l'ex-chef Mario Beaulieu offrait une circonscription pour la troisième fois, a consulté Pierre Karl Péladeau sur le sujet. Le verdict est tombé, lapidaire : « Es-tu folle ? Ne va pas là ! »

Le Bloc rasait alors les pâquerettes dans les sondages (à peine 15 % chez les électeurs francophones) et son destin semblait se résumer à attendre que les électeurs le débranchent pour de bon, aux élections d'octobre. M. Péladeau avait déjà exprimé publiquement des doutes sur la pertinence du Bloc québécois (avant de corriger le tir) et sa présence furtive, il y a quelques semaines, à l'investiture de Mario Beaulieu comme candidat officiel dans La-Pointe-de-l'Île, avait été perçue comme un manque flagrant d'intérêt.

Que dirait aujourd'hui le chef du PQ à cette candidate pressentie, maintenant que Gilles Duceppe reprend les commandes du Bloc ? Le retour du vieux renard change la donne, c'est une évidence, mais jusqu'à quel point le Bloc peut-il espérer un retour en force ? Même chef, même recette, même résultat ?

Gilles Duceppe a présidé, il y a quatre ans, à une des pires débâcles électorales de l'histoire politique moderne (juste derrière celle subie par les conservateurs de Kim Campbell en 1993). Ce n'était pas de sa faute. C'est tout simplement que, pour une majorité de Québécois, le Bloc québécois avait atteint sa date de péremption.

Qu'est-ce qui a changé, à ce point, depuis quatre ans dans le paysage politique canado-québécois, qui puisse laisser croire à M. Duceppe qu'un retour en force est possible ?

Certains souverainistes croient qu'un nouveau vent souffle avec l'arrivée de PKP à la tête du PQ. On constate un regain d'intérêt, certes, mais la chose est commune après une course à la direction et les chiffres dans les sondages, tout comme les résultats dans les deux partielles de lundi, ne démontrent certainement pas l'émergence d'un mouvement du fond.

Dès la campagne de 2008, Gilles Duceppe savait qu'il étirait la sauce en faisant campagne, encore et encore, sur la « défense des intérêts du Québec ». En 2011, les Québécois ont décroché et le plancher s'est dérobé sous les pieds du Bloc. Dans les jours suivant cette dégelée, Gilles Duceppe disait (au Devoir) que les souverainistes auraient tort de n'y voir qu'un accident de parcours.

Les défis sont nombreux pour le Bloc (argent, recrutement, organisation), mais la « raison d'être » du Bloc québécois, sa pertinence, reste, plus que jamais, son principal problème. Un problème existentiel. Avec M. Duceppe, le Bloc a un meilleur vendeur, mais le produit reste le même.

S'il veut réussir, Gilles Duceppe devra démontrer que le NPD de Thomas Mulcair, son principal adversaire, n'a pas su défendre les « intérêts du Québec » depuis quatre ans. Difficile, toutefois, de dire que le NPD a bafoué les intérêts du Québec en dénonçant les abus au Sénat, en s'opposant au péage sur le nouveau pont Champlain, en promettant de rétablir le financement à Radio-Canada, en se battant pour le maintien de la livraison du courrier à domicile, en dénonçant le forage à Cacouna, en exigeant des contrats du fédéral pour le chantier maritime de Lévis ou, plus généralement, en s'opposant à l'intrusion grandissante des services secrets dans la vie des citoyens au nom de la lutte contre le terrorisme.

Il existe toutefois, dans la ligne de défense du NPD, des failles que voudra sans doute exploiter Gilles Duceppe. La division au sein du caucus néo-démocrate sur la disparition du registre des armes d'épaule, notamment, ou l'appui du NPD au projet d'oléoduc Énergie Est. Encore que, sur ce dernier point, M. Duceppe devra accorder ses violons avec ceux de PKP, plutôt favorable à ce projet.

Le « nouveau » chef du Bloc pourra aussi talonner Thomas Mulcair sur son ouverture à discuter « des demandes traditionnelles du Québec », ouverture manifestée à Philippe Couillard en mai 2014.

À condition que les Québécois aient de l'appétit pour la chose constitutionnelle, ce dont je doute.

Un autre retour remarqué...

C'est la semaine des retours dans la famille souverainiste. En plus de Gilles Duceppe, l'ancien député péquiste et ex-chef d'Option nationale Jean-Martin Aussant a fait sensation lors des funérailles de Jacques Parizeau en prônant la « fin des exils ».

La dernière fois qu'un politicien s'est mis sur la carte en pleurant son « père » à ses funérailles, c'était Justin Trudeau, en 2000. Aucun lien entre Pierre Elliott Trudeau et Jacques Parizeau, pas plus qu'entre Justin Trudeau et Jean-Martin Aussant, si ce n'est que la disparition du patriarche ouvre parfois la porte à leur successeur naturel. La suite, évidemment, dépend du successeur.

Les caméras ont capté une scène forte, mardi en l'église Saint-Germain d'Outremont : Jean-Martin Aussant, applaudi à tout rompre après son hommage à M. Parizeau, qui passe juste devant Pierre Karl Péladeau et une bonne partie du caucus du Parti québécois. Après l'enterrement, un mariage en vue ?

Dire que Jean-Martin Aussant veut revenir au Québec et reprendre du service en politique, c'est comme dire qu'il fera noir la nuit prochaine. C'est une évidence. La question n'est pas de savoir s'il reviendra, mais bien plus quel rôle il jouera et quelle place le nouveau chef du PQ est prêt à lui donner.

M. Aussant, comme son père spirituel à qui il a rendu hommage mardi, a un atout dont le PQ peut difficilement se passer : il « pogne » avec les jeunes, un segment de l'électorat qui, de l'aveu de plusieurs leaders souverainistes, a tourné le dos au PQ.

Avec la disparition de Jacques Parizeau et le retour de Gilles Duceppe ces derniers jours, le constat est criant : le mouvement souverainiste a besoin de renouveau, à sa base comme à sa tête.

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