Le PQ devant ses contradictions

Vincent Marissal
La Presse

À un moment, hier après-midi, au cours du deuxième débat officiel des candidats à la direction du Parti québécois, le meneur présumé, Pierre Karl Péladeau, a lancé: «Le PQ, c'est le festival des bonnes idées», tellement les discussions autour du système de santé étaient consensuelles.

Très polie, cette rencontre au sommet n'avait de débat que le nom, mais le deuxième sujet à l'ordre du jour, l'environnement, aura permis d'assister à un autre festival, celui de la «patate chaude». La question de la prospection et de l'exploitation éventuelle du pétrole de l'île d'Anticosti a donné lieu à quelques reculs spectaculaires et à des petits pas de danse de côté.

Sur la scène de l'auditorium du cégep de Sherbrooke, trois des cinq aspirants chefs étaient ministres dans le gouvernement Marois (Alexandre Cloutier, Bernard Drainville et Martine Ouellet). Ils étaient là, et solidaires, lorsque l'ex-première ministre Pauline Marois a décidé d'engager le Québec dans les phases préliminaires de la prospection de pétrole à Anticosti. Depuis quelques jours, le front commun de l'ancien gouvernement sur cette question a volé en éclats: Alexandre Cloutier se dit maintenant résolument contre le pétrole de l'île d'Anticosti parce que son extraction nécessite la fracturation hydraulique et Martine Ouellet, qui était ministre des Ressources naturelles, est maintenant très réticente à aller de l'avant.

«Anticosti, ça prend un BAPE, c'est ce qu'on aurait dû faire. Nous avions du temps, c'est ma position depuis le début, et j'avais espoir de convaincre mes collègues», a expliqué Mme Ouellet.

En politique, on appelle cela se désolidariser des décisions prises et défendues collectivement au sein du précédent gouvernement. La question, évidemment, est: pourquoi n'avez-vous pas fait connaître publiquement votre opposition, pourquoi avec-vous avalé la couleuvre sans rien dire lorsque vous étiez dans ce gouvernement?

Bernard Drainville, lui aussi ancien ministre du gouvernement Marois, est plutôt dans le camp du «peut-être» Anticosti. Sa position: les Québécois ont mis 70 millions déjà dans cette aventure et ils ont le droit de savoir quelles sont les réserves de pétrole cachées dans ce coin et combien on pourrait en extraire. Cela se défend, mais M. Drainville veut se présenter comme le candidat vert de cette course et faire du développement durable son principal fer de lance en sevrant le Québec du pétrole.

Comment peut-on, à la fois, vouloir se libérer du pétrole tout en envisageant la possibilité de devenir... un grand producteur de pétrole? «Ce sera transitoire», se défend-il, notant, avec raison, qu'il faudra du temps pour abandonner le pétrole. Soit, mais une fois que l'exploitation sera lancée à Anticosti, une fois qu'on y aura mis des milliards, on voudra nécessairement en tirer profit. Bernard Drainville voudrait que le Québec soit sevré du pétrole en 2050, mais que fera-t-on des gisements d'Anticosti? À supposer que les réserves d'Anticosti soient aussi importantes que certains rapports préliminaires le laissent croire, à supposer qu'on y investisse des sommes colossales pour les extraire, à supposer que ça devienne payant, on arrête tout et on ferme parce qu'on est devenus verts? Un Québec propre-propre-propre sans pétrole, qui exporte son pétrole sale dans le reste du monde? Position bancale, pour le moins.

Pierre Karl Péladeau, lui, s'est dit résolument en faveur de l'exploitation du pétrole à Anticosti. «Le pétrole d'Anticosti est un atout majeur pour la souveraineté du Québec», a-t-il lancé. À condition, précise-t-il, que les normes d'acceptabilité sociale soient respectées. Comme les chevreuils ne se prononcent pas sur ces questions, l'acceptabilité sociale à Anticosti ne risque pas vraiment de freiner le forage et, éventuellement, l'exploitation.

Comme PKP n'a pas été ministre du défunt gouvernement Marois, ses positions, même si elles peuvent provoquer des débats, ne peuvent le rendre coupable de désolidarisation de ses collègues. Il a aussi laissé entendre clairement que contrairement à ses quatre rivaux, il n'est pas opposé au pipeline d'Énergie Est, à condition que le Québec tire des redevances du transport du pétrole de l'Alberta sur notre territoire.

Différence majeure par rapport au premier débat de Trois-Rivières, à la mi-mars, aucun des adversaires de M. Péladeau ne l'a clairement pris à partie. Au contraire, le «festival des bonnes idées» avait bien souvent des allures de «festival de la tarte aux pommes».

Il fait dire que M. Péladeau y a mis un peu de crémage pour adoucir sa personnalité jugée parfois un brin abrasive.

Au lieu de se lancer dans une diatribe sur l'immigration, comme il l'a fait il y a deux semaines à Québec, il a plutôt profité de son mot de clôture pour dire qu'il avait découvert qu'il est bien difficile de faire de la politique et qu'il avait beaucoup de respect pour ceux qui le font. Un acte d'humilité qui a surpris militants et journalistes.

Il s'est aussi montré plus précis sur certaines propositions et il a tué dans l'oeuf toute discussion sur son intérêt à voir le privé prendre plus de place en santé en déclarant dès le début du débat qu'il croyait fermement aux services publics de santé.

Cela prouve au moins deux choses: PKP est capable d'écouter les conseils qu'on lui donne et son nouveau directeur des communications, Steve Flanagan (ex-porte-parole d'Hydro-Québec), a encore la touche.

À quand le col roulé?




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