La trahison du zélote

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Il n'était même pas 10h hier matin que, déjà, Stephen Harper, avait dû encaisser la défection d'une députée de son caucus au profit des libéraux de Justin Trudeau en plus de remanier son cabinet pour trois postes importants: Affaires étrangères, Défense nationale et Emploi. Gros lundi matin au bureau.

Mais comme d'habitude, M. Harper a fait tout cela sans faire de bruit. Son remaniement, il l'a d'abord annoncé sur son compte Twitter et lorsque les journalistes ont appris la nouvelle, la cérémonie de prestation de serment chez le gouverneur général était déjà terminée. Le mépris chronique qu'affiche le premier ministre pour les institutions et les médias ne se dément pas, au contraire, et on peut vraiment se demander comment on pourra faire 35 jours de campagne électorale dans de telles conditions, en octobre. Enfin, on traversera le pont quand on sera rendu à la rivière, comme dirait Denis Coderre, mais la traversée risque d'être aride.

C'est, apparemment, ce style de leadership autocratique et rude qui a poussé la députée Eve Adams à quitter le navire conservateur pour rejoindre celui de Justin Trudeau. «Je ne me reconnaissais plus dans ce parti dirigé de façon mesquine et qui sème la division», a dit en substance la nouvelle recrue libérale.

Mme Adams était dégoûtée au point de traverser la Chambre des communes, un geste rare et toujours lourd de conséquences pour qui le fait? Il est permis d'en douter. Le fait qu'Eve Adams ait été à couteaux tirés avec la direction de son parti depuis des mois a certainement contribué aussi à sa réflexion. Plus encore, la décision du PCC de l'exclure en vue des prochaines élections ne lui laissait pas un grand choix si elle voulait poursuivre sa carrière de députée. Hier, le président du Parti conservateur a affirmé avoir informé Mme Adams par écrit, le 29 janvier, qu'elle n'était plus la bienvenue dans sa formation.

Le Parti reproche à Eve Adams d'avoir tenté de s'imposer dans une nouvelle circonscription voisine de la sienne et d'avoir utilisé des méthodes irrégulières pour ce faire. En avril dernier, Stephen Harper avait même demandé aux autorités du Parti de lancer une enquête sur les agissements de sa députée. Dans la foulée de cette affaire, le conjoint de Mme Adams, Dimitri Soudas, avait été remercié de son poste de directeur du Parti conservateur. Ancien attaché de presse, puis directeur des communications de Stephen Harper, de 2004 à 2011, M. Soudas était auparavant un indéfectible allié de M. Harper. Dire que le couple Adams-Soudas avait une raison d'être frustré contre le Parti conservateur et son chef relève de l'évidence.

Les motifs évoqués par Mme Adams sont toutefois douteux. Il y a quelques mois à peine, elle voulait absolument poursuivre sa carrière avec les conservateurs, au point de faire d'intenses démarches dans une circonscription et, soudainement, elle s'en détourne à cause du style de Stephen Harper? C'est cousu de fil blanc.

Rares sont les transfuges qui réussissent à survivre à leur prochain test électoral. Les électeurs les prennent le plus souvent pour ce qu'ils sont: des opportunistes. Le départ d'Eve Adams pourrait même être une bonne chose pour Stephen Harper (qui n'en voulait plus, de toute façon), mais l'ombre de Dimitri Soudas derrière sa conjointe est inquiétante pour les conservateurs. Qu'un chef de parti se fasse larguer ainsi par un de ses plus anciens et plus loyaux alliés (Dimitri Soudas pouvait même devenir zélote lorsqu'il défendait son patron) n'est certainement pas la marque d'un grand rassembleur. Après John Baird (parti dans de tout autres circonstances, il est vrai), il s'agit du départ d'un deuxième fidèle en deux semaines.

M. Soudas a écrit hier sur Twitter qu'il appuie sans réserve la décision de Mme Adams. Les libéraux affirment que M. Soudas n'aura pas d'autres responsabilités que de «poser des pancartes pour Mme Adams» mais si, d'aventure, il voulait partager avec les stratèges de Justin Trudeau quelques secrets conservateurs, je pense bien que ceux-ci prendront son appel.

Sorry, I don't speak French

Mis à part David Emerson, qui a été ministre des Affaires étrangères du Canada pendant cinq mois en 2008, je ne me souviens pas d'un chef de la diplomatie canadienne unilingue anglophone.

Stephen Harper avait le choix parmi quelques très bons candidats pour remplacer John Baird (Jason Kenney et Chris Alexander, notamment), mais il a choisi Rob Nicholson. Oh well, who cares...

Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, peut s'exprimer dans la langue de Molière, mais pas le nôtre. Un peu gênant, tout de même. Et les conservateurs qui continuent de se bercer d'illusions sur leur prochaine récolte électorale au Québec...

La nomination de Jason Kenney à la Défense est plus intéressante. Jeune ministre hyperactif (bilingue, lui), M. Kenney a des ambitions, il est efficace, très partisan et il aime bien être sous les feux de la rampe. Il risque d'être servi au cours des prochains mois avec la prolongation probable de la mission canadienne engagée contre le groupe État islamique.

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