L'indignation, mais encore?

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Bien sûr, quand ils en font trop dans une sombre journée comme celle d'hier, on accuse les politiciens de faire de la récupération. En dire aussi peu, toutefois, comme l'ont fait hier Stephen Harper et Philippe Couillard, trahit sans aucun doute un malaise évident sur les questions de l'intégrisme religieux et de la cohabitation dans une société pluriethnique.

Tout est question de dosage dans le message. Encore une fois, c'est le maire de Montréal, Denis Coderre, qui a su le mieux parler à son monde. D'abord, il l'a fait en personne, et non seulement par voie de communiqué. Il a aussi appelé les Montréalais à se regrouper devant l'hôtel de ville, hier soir, en geste de solidarité avec les Parisiens. Bon, évidemment, à - 32° Celsius avec le vent, il n'y avait pas foule (il y avait aussi du monde au centre-ville devant le consulat de France), mais M. Coderre a bien joué la carte rassembleuse.

Dans les prochains jours, les médias de Montréal pourraient fort bien (devraient, à mon avis) prendre le relais et organiser conjointement un grand rassemblement populaire de solidarité à la mémoire des victimes de Paris et pour la défense de la liberté de la presse. Cela vaudrait certainement mieux que les querelles et les attaques stériles sur Twitter entre chroniqueurs qui s'accusent soit d'être trop naïfs face à la menace intégriste, soit d'être intolérants et alarmistes. Franchement, sans vouloir blesser l'ego de qui que ce soit, le problème dépasse largement le petit monde des commentateurs québécois, qui peuvent certes diverger d'opinion sur l'ampleur du phénomène et sur les moyens de le combattre mais qui sont unanimement horrifiés par cet attentat contre Charlie Hebdo et également attachés aux valeurs démocratiques.

Sur la pointe des pieds...

À Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a rapidement dénoncé cette attaque barbare par communiqué et ses ministres Steven Blaney (Sécurité publique) et Christian Paradis (Développement international) étaient très présents dans les médias.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a donné une conférence de presse à Ottawa et celui du PLC, Justin Trudeau, a lui aussi publié un communiqué.

En gros, le même message: on dénonce fermement, on offre les sympathies du peuple canadien, on affirme que la démocratie ne pliera pas devant les terroristes.

Idem à Québec, où le premier ministre Couillard a affirmé par communiqué que «nous ne céderons jamais au terrorisme».

Mais encore? Nous sommes ici dans la réaction, dans le repli, mais qu'en est-il de la prévention? Des plans d'action et des politiques contre l'intégrisme promises depuis des mois à Québec? Qu'en est-il des 90 jeunes Canadiens identifiés par les services de sécurité du Canada comme étant des musulmans radicalisés? Qu'en est-il du besoin de nous regrouper, de nous unir et d'éviter de singulariser une communauté en particulier, thème abordé hier soir par le président français François Hollande?

Après un tel événement, le risque d'amalgame dangereux (du genre musulman = terroriste) est bien réel, et l'émotion est généralement mauvaise conseillère. Les gouvernements doivent protéger la population, bien sûr, mais ils doivent aussi assurer la bonne cohabitation et empêcher les débordements de part et d'autre.

Le gouvernement Couillard, en particulier, devra prendre les bouchées doubles pour convaincre les Québécois de son engagement, lui qui promet depuis des mois de lutter contre l'intégrisme. Voici ce que disait Philippe Couillard, tout juste élu à l'Assemblée nationale, en décembre 2013: «À ceux qui viennent chez nous pour profiter de nos libertés, pour ensuite nous y attaquer, nous disons haut et fort: Vous n'êtes pas les bienvenus chez nous. Nous vous combattrons sans relâche.»

Il faudra d'abord ajuster le tir: pas seulement «ceux qui viennent chez nous», mais ceux qui sont nés ici et qui prennent la route de l'extrémisme. Il faudra aussi faire quelque chose, attaquer le problème de face. Les rencontres annuelles avec les leaders des communautés musulmanes font de belles photos, mais elles ne suffisent pas.

En campagne électorale, M. Couillard a promis d'agir vite sur ces fronts. On attend toujours le début d'une ébauche de quelque chose. En octobre dernier, M. Couillard disait vouloir annoncer son plan d'action «au moment approprié».

Évidemment, même la plus belle politique gouvernementale n'empêchera jamais un illuminé d'entrer avec une kalachnikov dans une salle de rédaction, mais le réflexe des libéraux de pousser ce problème sous le tapis depuis des années ne le fera pas disparaître.

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