PKP: la fougue, mais encore?

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Le dernier convive vient d'arriver, le banquet peut commencer. Et il promet, avec l'entrée officielle de Pierre Karl Péladeau, d'être animé.

Tout le monde savait que PKP ferait le saut et on s'entend généralement pour dire, y compris au Parti québécois, qu'il est en ce moment le meneur présumé de cette jeune course.

Seulement voilà, la course en question sera longue et les débats au PQ prennent rarement des allures d'un après-midi peinard au salon de thé.

Pour bon nombre de péquistes, Pierre Karl Péladeau est le seul - peut-être même le dernier espoir pour les militants les plus âgés - à pouvoir mener le Québec à la souveraineté et ils auront sans doute été ravis de l'entendre dire, hier, que c'est là son «unique objectif» en politique. (Cela dit, les libéraux aussi sont ravis et ils ont probablement déjà fait graver cette phrase sur du marbre en vue de la prochaine campagne électorale).

D'autres pensent que PKP apporte quelque chose qui manquait cruellement au projet souverainiste: une très grosse pointure du monde des affaires qui cautionne une option jugée nuisible à l'économie par les bonzes de Québec inc. Même Jean-François Lisée, adversaire de PKP dans cette course, admet dans son dernier livre que l'entrée en scène du patron de Québecor avant un référendum aurait eu un effet boeuf pour le Oui.

On verra comment M. Péladeau articule son plan vers un éventuel prochain référendum, mais son engagement non équivoque à placer la souveraineté devant toute autre priorité plaira certainement aux péquistes «pressés». Les réseaux sociaux ne reflètent qu'une partie de l'opinion publique, mais on remarque déjà sur Twitter et Facebook la présence de fervents souverainistes visiblement très excités par l'arrivée de PKP dans le décor politique.

Avantage Péladeau, donc, en ce début de course à la direction du PQ. Cela dit, partir en tête ne garantit pas toujours la victoire et, surtout, ce n'est pas un ticket automatique pour le pouvoir aux prochaines élections. Je me souviens, il y a près de 10 ans, d'un certain André Boisclair, qui cartonnait à 52% dans les intentions de vote générales avant les élections.

Chose certaine, les adversaires de M. Péladeau semblent décidés à ne pas jouer un rôle de spectateur ou de faire-valoir dans cette longue course et ils sont tous (sauf Pierre Céré, qu'on connaît peu) aguerris, talentueux et rompus aux débats dans la famille péquiste. Bernard Drainville, Jean-François Lisée, Alexandre Cloutier et Martine Ouellet ont tous subi l'épreuve du feu et ils savent qu'à ce jeu, PKP pourrait avoir l'épiderme sensible. Si le député de Saint-Jérôme ne supporte pas qu'un journaliste l'appelle sur son portable, je me demande comment il pourra garder son calme lorsqu'il subira le tir groupé (sort inévitable de tout meneur dans une telle course) de ses adversaires, en débat, notamment.

«Si l'élection avait lieu cette semaine, je suppose que Pierre Karl gagnerait. Mais, l'élection a lieu en mai. Donc, on aura le temps de revenir sur terre, de débattre, de démontrer sa capacité, son caractère, son personnage, ses idées», a indiqué hier Jean-François Lisée. Le député de Rosemont, comme les autres aspirants chefs, a noté au passage que PKP s'est montré ouvert au privé dans la santé. «Est-ce qu'il peut aller plus loin? demande M. Lisée. [Et] sur toutes ces questions de calendrier référendaire. Aussi, sur l'économie, l'économie sociale, la sociale démocratie?»

Bernard Drainville, lui, veut savoir ce que M. Péladeau pense des projets de pipelines traversant le Québec et de la laïcité, notamment. Il se présente aussi comme un gardien de la social-démocratie, un thème qui reviendra souvent hanter M. Péladeau, présumé plus à droite que ses adversaires.

En toile de fond de la campagne de PKP, aussi, son refus de se départir de ses actions de Québecor et son lourd bilan (14 lock-out) qualifié d'antisyndical par ses détracteurs.

Dans une course à la direction d'un parti, il y a toujours un risque à taper trop fort sur le meneur, mais dans le feu de l'action, des candidats qui savent qu'ils n'ont plus rien à perdre sont parfois tentés de sortir l'artillerie lourde. Les candidats soutenus par des organisations syndicales, généralement hostiles à PKP, leur seront redevables.

Au-delà de son plan de match référendaire, qui reste à être défini, deux inconnues planent lourdement sur la campagne de Pierre Karl Péladeau: où loge-t-il sur les grands enjeux sociaux et comment résistera-t-il à la pression d'un monde politique impitoyable?

En conversation privée, deux de ses collègues députés le décrivaient récemment comme «charmant, mais instable et imprévisible». Pas exactement les qualités recherchées chez un leader politique.

On jugera l'aspirant chef Péladeau à ses performances, à ses réactions et à ses propositions, mais pour le moment, sa très brève expérience politique a surtout été marquée par une entrée fracassante, par un fouillis d'idées mal fagotées et par quelques mouvements d'humeur spectaculaires.

Les péquistes ont toujours aimé les chefs fougueux, mais ce serait insulter les Lévesque, Parizeau, Bouchard ou Landry que de dire qu'ils n'avaient que ça.

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