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La machine Lisée

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Jean-François Lisée est une machine. Une machine à idées et une machine à écrire. Le titre de son dernier livre est Le journal de Lisée, mais il aurait tout aussi bien pu s'intituler Le catalogue de Lisée, comme l'indémodable catalogue Sears, qui sort à peu près au même moment et qui propose de tout pour tous.

Dans le jargon journalistique, que connaît très bien M. Lisée, on dit aux scribes trop enthousiastes qu'ils doivent «se ramasser», c'est-à-dire mettre de l'ordre dans leurs idées et faire le tri entre l'essentiel et l'accessoire. De toute évidence, le député de Rosemont ne s'est pas astreint à cette discipline. Il s'est «lâché lousse», si bien que j'ai fini de lire son bouquin en me rappelant que, parfois, trop, c'est comme pas assez.

L'ancien chef de cabinet de Jacques Parizeau, Jean Royer, un ancien collègue de Jean-François Lisée, disait de lui: «Il a dix idées par jour. Le problème, c'est de trouver la bonne!»

Lorsqu'on en est rendu à proposer la création de cafés-bistrots de l'indépendance (où les jeunes se rencontreraient avant de faire du porte-à-porte), c'est qu'on ratisse vraiment large.

Chez ses ex-collègues ministres du gouvernement Marois, on dit de M. Lisée qu'il ne lâche jamais le morceau, même quand on lui dit 10 fois qu'il se trompe. Et qu'il a la fâcheuse habitude de commenter tout, tout le temps, surtout les dossiers des autres.

Dans ce monde politique plutôt beige qui manque sérieusement d'imagination, on ne reprochera pas à un élu d'avoir «trop» d'idées, mais Jean-François Lisée aurait eu avantage, me semble-t-il, à mettre un peu d'ordre dans ses innombrables plans et propositions.

Réglons tout de suite une chose: non, il n'annonce pas sa candidature dans Le journal de Lisée... mais c'est tout comme. En fait, après nous avoir exposé l'ensemble de ses propositions, parsemées de réflexions, de chiffres et de statistiques, il remet son choix, de plonger ou non, entre nos mains. En gros, M. Lisée nous dit: «Voyez, je suis prêt, je suis préparé, j'ai tout ce qu'il faut pour devenir chef du PQ, alors dites-moi que vous m'aimez, et j'y vais.» Ratoureux, va.

On constate rapidement à la lecture du Journal de Lisée qu'il reste du journaliste en lui. Et beaucoup, beaucoup de conseiller politique aussi.

On savait déjà qu'il marinait secrètement le projet de voter contre le projet de charte de son collègue Bernard Drainville si celui-ci n'était pas amendé pour permettre aux employés de l'État existants de garder leurs symboles religieux. Mais il y a plus: on apprend aussi que M. Lisée avait suggéré à Pauline Marois, tout juste élue première ministre à la tête d'un gouvernement minoritaire, de nommer François Legault ministre de l'Économie, Jacques Duchesneau, ministre de l'Intégrité, au moins un autre caquiste au conseil des ministres et Françoise David aux Affaires sociales. La suggestion est restée lettre morte, ce qui semble avoir vivement déçu son auteur.

Ce Journal de Lisée fait la recension des nombreuses idées, projets et plans élaborés par l'auteur, mais rejetés par Mme Marois et son entourage. Toutes ces propositions ne sont pas aussi spectaculaires (et surprenantes, disons-le) que celle d'un gouvernement de coalition PQ-CAQ-QS. On peut même se demander pourquoi la première ministre Marois n'a pas donné suite au projet de main tendue aux immigrants élaboré par Diane De Courcy (alors ministre de l'Immigration) et Jean-François Lisée. La chose était pleine de bon sens, facilement réalisable et elle aurait, comme le dit son auteur, adouci le projet de charte de la laïcité jugé trop dur par certains.

Ce n'est pas le seul reproche que fait M. Lisée à ses anciens collègues et à son ancienne chef. Il lui reproche notamment une entrevue chez Paul Arcand, en pleine campagne électorale, dans laquelle elle disait que le gouvernement trouverait des jobs dans le privé aux employés de l'État congédiés pour port de symboles religieux. Dans le car de campagne, le lendemain, Jean-François Lisée raconte avoir dit à Mme Marois que les éducatrices de CPE congédiées n'iraient pas toutes travailler chez MacDonald's. Bonjour, l'ambiance.

Quant aux raisons de la défaite historique du 7 avril, M. Lisée analyse le tout froidement, concluant notamment que les jeunes ont boudé le PQ. Il affirme aussi, ce qui reviendra certainement sur le tapis lors de sa course à la direction, que le PQ ne peut plus faire cavalier seul sur le front souverainiste. Des alliances seront inévitables, avance-t-il.

Et PKP? Il était contre sa venue au PQ pendant la campagne de 2014. Pas pour des raisons de compétence, dit-il, mais parce qu'il croyait qu'il valait mieux le garder comme une carte maîtresse dans sa manche et lui demander de faire son «coming out» souverainiste à la veille d'un éventuel troisième référendum sur la souveraineté. Il va jusqu'à dire, ce qui est un brin présomptueux, que PKP aurait accepté de bonne grâce de passer un tour et de rester en réserve de la République.

On sent aussi, dans les introspections de l'auteur, un découragement certain eu égard à la santé de l'option souverainiste, en particulier la désaffection des jeunes.

Où cela mène-t-il Jean-François Lisée, à la veille d'un très probable lancement de campagne à la direction?

Son hyperactivité cérébrale, un brin de suffisance et les nombreuses critiques envers le gouvernement au sein duquel il jouait un rôle important ne le rendront pas, selon moi, plus populaire parmi ses collègues députés et les militants du PQ.

Il écrit lui-même que le premier test de leadership est de savoir comment on réagit pendant les grands débats. Mûrir, en secret, le projet de démissionner en geste de désolidarisation de son gouvernement ne sera pas, je pense, perçu très positivement par ses collègues députés.

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