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L'anguille chez Roche

Marc-Yvan Côté en 2008... (Photothèque Le Soleil)

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Marc-Yvan Côté en 2008

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La question revient avec la régularité de la marée depuis la réélection des libéraux à Québec: et si on avait su, aurions-nous voté pour eux?

Su quoi? Mais voyons, toutes ces histoires de corruption présumée, de copinage politique malsain et intéressé, de retours d'ascenseur, de prête-noms, bien sûr.

Vous voulez dire que vous n'auriez pas voté pour le PLQ si vous aviez su que Julie Boulet frayait parfois avec de généreux donateurs abonnés aux contrats publics? Idem si vous aviez su qu'elle a reçu des billets de hockey, vraisemblablement gracieuseté d'un entrepreneur?

Vous auriez reconduit le PQ au pouvoir si vous aviez su, avant le scrutin, que le cabinet de l'ex-ministre Nathalie Normandeau tripotait, selon l'UPAC, des appels d'offres pour favoriser une firme amie?

Vous auriez vraiment prolongé le très court purgatoire des libéraux dans l'opposition si vous aviez su que Roche et son ancien patron, l'omniprésent Marc-Yvan Côté, en menaient aussi large dans le financement du PLQ?

Permettez-moi d'en douter. On entend beaucoup, ces jours-ci, de «Ah, si j'avais su», mais dans le fond, vous le saviez déjà. Et puis, le retour en force du PLQ le 7 avril ne ressemble vraiment pas à une punition aux libéraux pour ses manigances répétées.

On entend aussi parler ces jours-ci de ce vil complot des médias qui ont sciemment retenu des informations afin de favoriser la réélection des libéraux. La vérité, c'est que les médias (dont La Presse) sont regroupés en un consortium qui réclame à grands frais devant les tribunaux la publication de renseignements tenus secrets en tout ou en partie et qu'ils publient après chaque petite victoire en cour.

Les électeurs qui affirment aujourd'hui ne «pas avoir su» étaient soit très distraits, soit coupés du monde réel depuis quelques années. Qui, par exemple, peut prétendre tomber des nues en entendant ces histoires de prête-noms impliquant des firmes de génie, Roche en particulier?

Le député de Québec solidaire Amir Khadir avait révélé le pot aux roses en octobre 2010, il y a près de quatre ans! M. Khadir avait alors démontré que les cadres et les employés de Roche (et de certaines filiales) avaient versé plus de 225 000$ au PLQ entre 2000 et 2009.

Les recherchistes de Québec solidaire avaient constaté que dans certaines firmes de génie-conseil, tout le monde donnait au PLQ, même les réceptionnistes. Tous ces gens agissaient de leur plein gré, par amour de la démocratie et sans se faire rembourser? Ben voyons...

Il suffit d'entendre le nom de Marc-Yvan Côté, le Bonhomme Sept Heures du financement libéral, pour avoir soudainement un petit doute. Combien de fois son nom a-t-il été cité dans des enquêtes de police ou journalistiques? Marc-Yvan Côté, c'est l'anguille chez Roche: il est tapi dans un coin, on sent sa présence, mais on n'arrive jamais à l'attraper.

Sauf une fois, il y a près de dix ans, devant la commission Gomery. M. Côté avait alors admis qu'il avait reçu puis distribué 120 000$ comptant pour la campagne du Parti libéral du Canada. Le chef du PLC à l'époque, Paul Martin, l'avait banni à vie de son parti, mais autrement, le «Beu de Matane», comme on le surnommait à l'époque où il était ministre de la Santé sous Robert Bourassa, s'en était plutôt bien sorti. Chose certaine, cet aveu honteux devant le juge Gomery ne l'a pas empêché de poursuivre ses activités politiques et d'utiliser ses contacts et son influence avec le PLQ de Jean Charest.

Quiconque a suivi un tant soit peu l'actualité politico-judiciaire ces dernières années aura compris que Bruno Lortie, ex-chef de cabinet de Nathalie Normandeau visé par une enquête de l'UPAC, est un proche de Marc-Yvan Côté. Sans oublier Sam Hamad, nouveau ministre du Travail de Philippe Couillard, qui jure ne pas avoir été soumis au régime des prête-noms à l'époque où il était vice-président chez Roche.

Un autre ancien vice-président de Roche, Gilles Cloutier, a quant à lui avoué en 2012 devant la commission Charbonneau avoir eu recours à des prête-noms, cadeaux et autres stratagèmes pour maintenir sa firme dans les bonnes faveurs du parti au pouvoir.

Dans la plupart des cas, les deux grands partis ont bénéficié des largesses illégales (et parfois aussi la défunte ADQ), mais c'est le PLQ, au pouvoir neuf des dix dernières années, qui en a profité le plus.

Autre signal d'alarme qui aurait dû vous mettre la puce à l'oreille: le DGE a révélé il y a un an que les employés des firmes de génie-conseil (5,99 millions), de construction (2,9 millions), de comptables (1,38 million) et d'avocats (950 000$) ont donné plus de 11 millions aux partis provinciaux entre 2006 et 2011, la part du lion allant au PLQ (7,3 millions). Le DGE n'a pu démontrer qu'une bonne partie de ces dons avaient été faits par des employés remboursés par leur firme (le stratagème le plus commun des prête-noms), mais personne n'est dupe.

D'autant que des histoires de prête-noms ont fait la manchette au cours des dernières années, notamment en août 2010, lorsque la firme Axor a dû payer une amende de 87 907$ pour avoir versé, au moyen de prête-noms, des dons illégaux aux partis politiques (113 500$ au PLQ, 34 000$ au PQ et 5000$ à l'ADQ).

Vrai, on apprend de nouveaux détails, mais la trame de fond et ses principaux acteurs étaient bien connus.

On peut refaire l'histoire, mais de toute évidence, bien des électeurs québécois ont oublié, se sont bouché le nez ou ont passé l'éponge le 7 avril dernier.




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