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Blues post-campagne

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Plusieurs ont trouvé la soirée électorale bien longue, le 7 avril dernier. Si le blues post-campagne accable bien des Québécois, c'est du côté des militants péquistes qu'il frappe le plus fort.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Marissal
La Presse

Dans le milieu journalistico-politique, on appelle cela le post-partum.

C'est classique: après une campagne électorale, les journalistes politiques sentent comme un vide. Normal, après avoir carburé à l'adrénaline 12 heures par jour, 7 jours sur 7 pendant 35 jours aux quatre coins du Québec, de sentir soudainement un certain vague à l'âme en tentant de s'intéresser à une annonce sur la politique forestière.

À entendre les commentaires autour de moi depuis près d'un mois, il semble bien que les journalistes ne soient pas les seuls à subir le blues post-électoral.

En vrac, quelques commentaires entendus: «Je ne suis pas heureux du résultat, mais je ne pouvais plus voter pour mon parti»; «Je suis bien contente de ne plus entendre parler de charte, mais je ne peux pas croire que les libéraux redeviennent majoritaires après si peu de temps»; «Le PQ a perdu le pouvoir, mais les souverainistes, eux, ont perdu leur rêve»; «On n'est pas satisfaits du résultat, mais au moins, on va avoir la paix pendant quatre ans»; et cette perle de dépit: «On dit que les Québécois n'ont pas de mémoire, mais dans le fond, c'est plutôt qu'ils n'ont pas de choix.»

Les Québécois viennent de passer à travers une période politicosociale ardu, et à voir l'état des finances publiques, le marasme, comme le temps maussade de ce printemps pourri, ne semble pas pressé de disparaître.

Il faudrait avoir bon moral pour affronter la cure vers l'équilibre budgétaire, mais il semble au contraire, un mois après le scrutin qui a porté au pouvoir un nouveau gouvernement majoritaire, que tout le monde est insatisfait au Québec.

Les souverainistes sont abattus, les fédéralistes, comme toujours, longent les murs, les libéraux sont inquiets et nerveux à cause de l'UPAC et de la commission Charbonneau, les progressistes sont orphelins, bref, personne n'y trouve son compte.

Ce sentiment vient peut-être du fait qu'au Québec, on est assez doué pour se fabriquer des crises, mais assez peu pour les régler.

Prenez le printemps 2012, qu'on a appelé «printemps étudiant«ou «printemps érable» et qui a mis fin au règne des libéraux de Jean Charest. On croit avoir parlé d'éducation, mais au fond, on n'a parlé que d'argent. On a changé le gouvernement qui attirait des milliers de gens dans les rues (surtout de Montréal), mais celui qui lui a succédé s'est empressé de noyer le poisson avec des comités, des chantiers et de vagues promesses qui, finalement, n'auront fait que pelleter par en avant des problèmes encombrants.

Deux ans plus tard, le printemps 2014 devait être celui de la Charte de la laïcité, des valeurs québécoises et de l'identité québécoise. On croit avoir parlé de cohabitation, mais au fond, on n'a parlé que de nous, la majorité blanche, francophone et catholique, sinon de rite, du moins de culture. On a cru parler du vivre-ensemble et de cohabitation, mais c'est à peine si on a prononcé le mot immigration durant la dernière campagne.

Le PQ en a parlé à 5 jours du vote, promettant notamment 13,5 millions en 3 ans pour la francisation des immigrants et l'accélération du processus de reconnaissance des diplômes obtenus à l'étranger.

La CAQ, comme en 2012, a proposé de diminuer le nombre d'immigrés parce que, disait François Legault, nous n'avons pas les structures pour les accueillir en ce moment.

Du côté du PLQ, la position de Philippe Couillard en matière d'immigration consistait essentiellement à critiquer le projet de charte du PQ. On parle pourtant ici de deux choses distinctes: politique identitaire et politique d'immigration. Sur le site du PLQ, le mot immigration est introuvable dans la longue section des engagements. Étonnant, lorsqu'on pense que le Québec accueille chaque année environ 50 000 immigrants.

PQ: une autre introspection

Si le blues post-campagne accable bien des Québécois, c'est du côté des militants péquistes qu'il frappe le plus fort.

Les hautes instances du PQ entament samedi à Laval, à huis clos, une autre intro-spection post-débâcle, la pire vécue par le parti depuis 1970.

On cherchera des coupables (on en trouvera, assurément), on critiquera les stratégies électorales, mais pour le PQ, qui n'est pas un parti comme les autres, cette lourde défaite n'est pas une défaite comme une autre. Encore une fois, le PQ se retrouve devant la lancinante question de sa raison d'être.

Dans une chronique publiée samedi dans Le Journal de Montréal et dont on a pu lire un extrait vendredi, Jacques Parizeau affirme que «le Parti québécois devra se transformer radicalement». Soit, mais lorsque le plus lourd boulet d'un parti figure en toutes lettres à l'article un de son programme, cela pose problème pour la transformation radicale.

M. Parizeau suggère aussi que «le pays à construire sera différent de celui auquel on aspirait il y a 20 ou 30 ans» et que «le parcours pour y arriver ne sera probablement pas le même non plus».

Jacques Parizeau parle de parcours et de destination, mais la dernière campagne électorale a démontré que les Québécois ne veulent même plus entendre parler du véhicule.

Et puis, avant même de parler de retracer la route vers la souveraineté, le PQ devra tenter de retrouver celle qui mène au pouvoir.

M. Parizeau croit que le PQ est à la croisée des chemins. Certains diront que ça ressemble plus à un cul-de-sac qu'à un carrefour.




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